C’est
ne tout cas ce que se demandent à présent, bon nombre d’observateurs du secteur
à commencer par Télérama qui, cette semaine ironise sur le
soi-disant projet dont beaucoup disent en coulisses qu’il sert des intérêts de
quelques-uns mais absolument pas ceux du Chef de l’État.
« L'exécutif voudrait-il mettre France Médias « en marche »
pour la présidentielle de 2022 ? En tout cas, il ne s'y prendrait pas autrement »
conclut ainsi le magazine télé dans une enquête sans fioriture « Pour l'audiovisuel public, l'avenir c'est l'ORTF ? »
Si 2022 est bien en filigrane dans certains esprits, il peu
probable que ce qu’Emmanuel Macron qualifiait de bigbang, se
limite avec la reconstitution de l’ORTF démantelé en 1974 et une 3ème
coupure pub dans les films diffusés sur les chaînes du Privé quasiment où bon
leur semble, soit très porteur pour un éventuel second mandat…La dispendieuse
usine à gaz (le tout pouvant évidemment dépasser les 5 milliards /an) que le
binôme Riestero-Philippien veut faire passer à marche forcée, pourrait bien être
le sparadrap du capitaine Haddock qu’Emmanuel Macron trainera jusqu’en
2022 !
Certains autres en ont pleinement conscience et s’en servent à dessin pour leur plan de
carrière de dans 2 ans et quelques !
Le
blog CGC Média vous propos de découvrir, des extraits de l’excellent dossier de
Télérama « Pour l'audiovisuel public, l'avenir c'est l'ORTF ? » :
« Suppression de France Ô et France
4, regroupement de Radio France, France Télévisions et l'Ina par France
Medias... La réforme de l'audiovisuel préfigure-t-elle une future “BBC à la française”,
comme l'annonce le gouvernement ? Ou un contrôle politique renforcé, assorti de
mesures drastiques d'économies ? De toutes parts, les inquiétudes se font jour.
« La télé de la honte », avait
lancé Emmanuel Macron en début de mandat au sujet du service public. Avec la
nouvelle loi sur l'audiovisuel, qui doit [devait ! ndlr]
être présentée fin novembre au conseil des ministres et discutée au Parlement
début 2020, ce sera la télé de quoi ? Le gouvernement y va franco. Une «
société mère », baptisée France Médias, chapeautera l'ensemble du service
public
— France Télévisions, Radio France, France Médias Monde (France
24, RFI) et l'INA — dès 2022, avec un(e) superpatron(ne) qui décidera de tout,
ou presque. Une BBC à la française, pour l'exécutif.
Plutôt « une machine à faire des économies et à supprimer encore
des postes », selon les syndicats, qui pourrait se doubler d'une tentative de
reprise en main politique : France Médias rappelle beaucoup l'ORTF, qui
contrôlait l'information sur les chaînes et radios publiques dans les années
1960. Officiellement, il s'agit pourtant de donner à l'audiovisuel public une
taille critique pour mieux affronter la concurrence des plateformes et
l'adapter aux nouveaux usages liés au numérique. Le budget de la création sera
préservé, promet la rue de Valois, et Netflix et consorts devront même y
contribuer. Au passage, le gouvernement n'oublie pas de (bien) servir les
chaînes privées, TF1 et M6 en tête. À France Télévisions et à Radio France, où
d'importants plans d'économies sont déjà lancés, une nouvelle période de vaches
maigres s'annonce. Alors, monsieur Macron, une télé de quoi ?
Les amateurs de pubs vont apprécier : une troisième coupure
sera autorisée dans un même film, là où il y en avait déjà deux aujourd'hui.
Et la durée d'au moins vingt minutes entre chaque écran disparaît. Les
spots pourront faire la promotion d'une nouvelle enseigne près de chez soi ou
d'un nouveau resto près du boulot — ça s'appelle la publicité adressée —, et
aussi, grande première, des films de cinéma. Pendant les rencontres
sportives, il y aura de la pub sur une partie de l'écran.
En libéralisant un peu plus le secteur, le gouvernement fait un
beau cadeau aux chaînes privées, qui vivent de la réclame. Certaines
dispositions seront prises par décret dès janvier prochain, pour une
application en 2021 — une fois les difficultés techniques aplanies. Prière
de ne pas faire la fine bouche : les durées autorisées de pub sur les
chaînes privées (pas plus de neuf minutes par heure en moyenne sur une journée,
et un maximum de douze minutes sur une heure donnée) restent les mêmes,
rappelle-t-on au ministère. Sauf que ce sera plus intense aux heures de grande écoute.
La chaîne spécialisée dans l'animation et les programmes
jeunesse et celle tournée vers les Outre-mer vont être supprimées. Pour
faire des économies [Foutaises !, ndlr]. A priori, oui. Fini les jours
interdits ! Partant du principe que les abonnés aux plateformes type Netflix
ont accès à des films quels que soient le jour et l'heure, la règle en vigueur
depuis 1990, rendue obsolète par les nouveaux usages, disparaît. Alors que les
chaînes ne pouvaient diffuser « que » cent quatre-vingt-douze films par an,
elles pourront en proposer deux cent quarante-quatre.
Pas sûr, toute fois, qu'elles le fassent, les soirées cinéma ne
sont pas forcément rentables.
Pour faire des économies, bien sûr. Mais à quel prix ? En
supprimant France 4, le ministre de la Culture Franck Riester ferme une chaîne
qui avait (enfin) trouvé son identité et son public, et assurait en partie
la bonne santé d'un secteur, l'animation, dont tout le monde s'accorde à reconnaître
le dynamisme et la qualité des productions. Alors que Disney, notamment,
s'apprête à lancer sa plateforme en France début 2020, on comprend mal la
logique à l'œuvre, qui consiste à éparpiller à nouveau l'offre jeunesse sur
France 2, France 3 et France 5, ainsi que sur une nouvelle plateforme, Okoo
, qui sera lancée le 9 décembre. Tant pis pour les petits Français qui ne disposent
pas encore d'un haut débit satisfaisant... ou même d'un abonnement Internet. [La télé
des plus fortunés…pour les moins riches, prière de circuler ! ndlr]
« Il y a un consensus pour dire que c'est une connerie », assure
un professionnel.
Franck Riester, pourtant, ne fléchit pas. « S'il reculait sur
France 4, seule France Ô serait condamnée, décrypte un observateur. Un trop
mauvais signal à envoyer aux ultramarins... »
Les plateformes de streaming devront réserver un pourcentage de
leur chiffre d'affaires réalisé dans l'Hexagone au financement de séries et de
films français.
La loi vise d'abord à créer, autant que faire se peut, des
groupes audiovisuels susceptibles de tenir la dragée haute aux mastodontes du
marché. Les nouvelles obligations imposées aux plateformes devraient bénéficier
à la création française. Netflix et Amazon, et bientôt Apple+ (le 1er
novembre), Disney et Cie seront obligées de proposer aux télé spectateurs
français au moins 30 % de fictions européennes — sur ce point, la loi ne fait
que transposer une directive européenne.
Mais elles devront aussi consacrer un pourcentage de leur
chiffre d'affaires réalisé dans l'Hexagone au financement de séries et de films
français.
C'est là que le sujet devient brûlant. En effet, le ministre a
fixé un taux plancher de 16 %, ce qui ne convient ni aux chaînes, qui trouvent
cette obligation faite à leurs concurrents trop indolore, ni aux producteurs
indépendants, à qui la moitié de ces investissements devra pourtant revenir.
Les professionnels ont plusieurs mois pour se mettre d'accord (on vous passe
les subtilités des négociations relatives aux droits d'exploitation des
œuvres), faute de quoi un décret s'imposera à eux. Et si ces nouveaux services
sont pris en flagrant délit de non-respect de leurs contraintes respectives,
des sanctions pouvant aller — en théorie — jusqu'à l'interruption de service s'appliqueront.
Après avoir hurlé à la « berlusconisation » de l'audiovisuel français, Pascal Rogard,
le patron de la Société des auteurs (SACD), a arraché des garanties : le droit
d'auteur « à la française » sera respecté.
En marge des discussions sur le projet de loi, Gérald Darmanin a
annoncé à la dernière minute que la contribution à l'audiovisuel public allait
passer de 139 à 138 euros dès 2020. Une bonne nouvelle ? Pas si vite. Car si le
ministre de l'Action et des Comptes publics a pu se féliciter de rendre 1 euro
de pouvoir d'achat aux Français, c'est parce que le gouvernement a entrepris de
raboter le budget de l'audiovisuel public... ce qui a entraîné un trop-perçu de
redevance. Résultat, pour le gain négligeable d'une baguette de pain par an et
par foyer s'acquittant de la taxe d'habitation, ce sont environ 25 millions
d'euros qui feront défaut au service public. À la mise en place de la société
mère France Médias, en 2022, on approchera donc les 75 millions d'euros de manque
à gagner. On parie que si l'argent vient à manquer, on demandera à
l'audiovisuel public de serrer les dents plutôt qu'à l'État de desserrer les
cordons de sa bourse.
Depuis déjà plusieurs mois, l'audiovisuel public est au régime
sec, avec des plans d'économies ultra musclés : France Télévisions doit faire
400 millions d'euros d'économies d'ici à 2022 ; Radio France, 60 millions.
Parmi les plus sévères qu'ait jamais connus le service public. La trajectoire
budgétaire est assurée jusqu'en 2022, tente de rassurer Bercy. Et après ? C'est
l'inconnu. La fin du recouvrement de la redevance via la taxe d'habitation
pourrait rebattre les cartes. Gérald Darmanin rêve de la supprimer et
d'intégrer le budget de l'audiovisuel public à celui de l'État. Bref, réduire
ses ressources à une simple ligne budgétaire, modifiables à tout moment et au
bon vouloir du pouvoir en place. Ce qui marquerait un réel recul démocratique. Sur
le papier, il s'agit de rassembler les forces pour mieux affronter les géants
anglo-saxons du streaming. Mais France Médias devrait aussi (surtout ?) servir
à faire des économies.
« Dès que Franck Riester a été nommé au ministère, on a su que
cette affaire de holding était pliée », regrette
un haut cadre de l'audiovisuel public. Jusque-là, les patrons de France
Télévisions, de Radio France, de France Médias Monde et de l'INA avaient su
faire front commun pour convaincre la tutelle de fonctionner en « mode projet
», façon France Info la chaîne (dont les audiences, rappelons-le, restent bien
en deçà de ses concurrentes), et demeurer maîtres chez eux.
Las, le 1er janvier 2021, France Médias sera créée et regroupera
tout le monde, à l'exception notable d'Arte et de TV5 Monde — la chaîne
franco-allemande a fait valoir son statut particulier.
Sur le papier, il s'agit de rassembler les forces pour mieux
affronter les géants anglo-saxons du streaming. [Ben
voyons ! ndlr] « Il faut bâtir des coopérations éditoriales
fortes », claironne Franck Riester. Espérons qu'elles seront plus originales
que celle qui consiste à faire de la radio filmée en diffusant les matinales de
France Bleu sur les antennes de France 3... Mais France Médias devrait
aussi (surtout ?) servir à faire des économies, comme le redoutent les
syndicats (lire ci-dessous). Il faut trouver « des leviers d'optimisation des
fonctions support », a lancé le ministre. Traduction : réduire les coûts par
exemple au sein des services informatique, de régie publicitaire, de formation
et au sein du parc immobilier. Avec, à la clé, d'éventuels rapprochements, regroupements,
voire fusions... « Alors que l'on prône agilité et souplesse, on crée un machin
qui va tout alourdir, commente un haut cadre du service public. Ce
raisonnement économique est vraiment daté. »
Ils essaient déjà de digérer les plans de suppression de postes
annoncés il y a quelques mois : deux mille à France Télévisions, et entre deux
cent soixante-dix et trois cent quatre-vingt-dix à Radio France, d'ici à 2022.
Pour l'heure, on recense environ cinq cents candidats au départ [Chiffres
France Télés repris par CGT/FO/CFDT, ndlr], dont trois cents pour France 3 — fin
2019, près de soixante personnes auront déjà quitté la chaîne publique, souvent
sous forme de retraite anticipée.
La création de France Médias ? « C'est quelque chose de
mortifère, estime Raoul Advocat, élu SNJ à France Télévisions. Ça nous rappelle
ce qui s'est passé ici au mitan des années 2000. Création d'une holding, ajout
d'une strate administrative, regroupement, création de l'entreprise unique en
2009, fusion d'entités... « au bout, une casse sociale, avec un bon
millier d'emplois perdus en moins de dix ans !»
…
Ne dites pas à Franck Riester que la création de France Médias
est calquée sur le calendrier de l'élection présidentielle, ça l'agace. [Bien évidemment
mais seulement en imaginant qu’Emmanuel Macron ne puisse pas être candidat à
sa propre succession !ndlr] «
Le nouveau mode de nomination des dirigeants par leur conseil d'administration,
et non plus par le CSA, est une garantie d'indépendance », jure-t-il.
Qu'on en juge : sur les neuf membres qui éliront le (la)
président(e) de France Médias en 2022, on trouvera trois représentants de
l'État et six personnes qualifiées, dont deux nommées par... l'État, deux autres
par le Parlement et les deux dernières par le conseil d'administration. Bref,
cinq votants sont déjà acquis au pouvoir, un autre issu de l'Assemblée
nationale, donc de la majorité.
Et hop ! Et ce(tte) superpatron(ne) aura le lourd pouvoir de
répartir les 3,7 milliards d'euros de la redevance entre France Télévisions,
Radio France, France Médias Monde et l'INA. Leurs pdg actuels deviendront de
simples directeurs exécutifs, avec une marge de manœuvre réduite.
D'autant qu'ils seront eux-mêmes nommés par... le (la)
président(e) de France Médias (qui les proposera ensuite pour validation à leurs
conseils d'administration respectifs) le 1er janvier 2023.
Et re-hop ! « Le pdg de France Médias n'aura aucune
responsabilité éditoriale sur les antennes », tente de rassurer Franck Riester.
« Sauf qu'il aura l'argent et le pouvoir de nomination, donc il aura tout ! »
rétorque un observateur. Une structure totalement pyramidale qui rappelle la
funeste ORTF, symbole de la mainmise de l'État sur les télés et radios
publiques des années 1960-1970.
L'exécutif voudrait-il mettre France Médias "en marche" pour la
présidentielle de 2022 ? En tout cas, il ne s'y prendrait pas autrement. »
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