Jérémie Patrier-Leitus : le porte-parole qui va enterrer Édouard
Voilà donc Jérémie Patrier-Leitus promu porte-parole d’Édouard Philippe. On croit rêver. Ou plutôt cauchemarder. Le Figaro annonce officiellement qu'Édouard Philippe qui a été pendant 38 mois Premier ministre d'Emanuel Macron, vient de choisir le député du Calvados pour parler à sa place.
Autrement dit, qu’il a décidé de coller à sa candidature le visage même de celui qui sorti tout droit de six mois de polémiques à l’Assemblée sur l’audiovisuel public dans le cadre d'une commission d'enquête, a tout fait pour la saborder.
Patrier-Leitus n’apporte ni rupture ni ancrage populaire. Il apporte uniquement cette séquence médiatique, acquise en s’agitant devant les caméras. Chaque fois qu’il parlera au nom de Philippe, on verra non pas un candidat d’ouverture, mais un produit du système qu’une bonne partie du pays regarde avec méfiance. Le défenseur en chef de l’existant audiovisuel public promu voix d’un prétendu renouveau : l’incohérence est totale.
Philippe qui dégringole dans les sondages, a donc décidé dans sa réflexion de choisir précisément celui qui incarne le mieux le réflexe techno-médiatique, le visage de l’entre-soi parisien qui va lui coller au dos comme un boulet jusqu’en 2027.
Patrier-Leitus n’est pas un accident. C’est un symptôme. Celui d’un Édouard Philippe qui croit encore que la présidentielle se gagne dans les salons de la presse et les plateaux de France Télévisions. En nommant l’une des deux têtes d’affiche de la commission sur l’audiovisuel public, Philippe offre à ses adversaires un cadeau permanent : le portrait d’un camp qui défend bec et ongles le service public audiovisuel donc Ernotte et Veil tout en en vivant médiatiquement. Pendant que le RN clame haut et fort sa volonté de privatiser, Patrier-Leitus reste le député qui a passé des mois à défendre l’existant, à polémiquer, à essayer de se faire remarquer. Chaque fois qu’il ouvrira la bouche, on entendra non pas le discours de Philippe, mais le rappel que le candidat « raisonnable » a choisi comme voix un produit direct de la machine médiatique qu’une partie du pays déteste.
Philippe a déjà le handicap d’être le Premier ministre de Macron pendant les gilets jaunes, le covid et tout le reste. Il n’avait pas besoin d’ajouter un porte-parole qui symbolise l’élite parlementaire-médiatique, celle qui s’agite six mois en commission pour essayer vainement d'en tirer une notoriété personnelle.
On imagine déjà les clips, les montages, les « avant/après ». Le député Horizons qui s’étripera sur les plateaux avec le ciottiste, puis qui se retrouve soudain à expliquer pourquoi Édouard Philippe est l’homme de la rupture ! Personne n’y croira. Parce que Patrier-Leitus n’est pas la rupture. Il est la continuité sous stéroïdes médiatiques. Il est le visage de ceux qui pensent que l’important, c’est d’être « très médiatique », d’avoir « monté sa cote » grâce à des auditions conflictuelles, et d’être ensuite récompensé par un poste de porte-parole.
Philippe vient de commettre une erreur de casting classique des centristes qui se croient malins : ils choisissent le type qui a brillé dans le microcosme, pas celui qui parle au pays. Résultat : chaque apparition de Patrier-Leitus rappellera que le candidat d’Horizons s’entoure de ceux qui ont fait carrière dans le débat sur France Télé et Radio France, plutôt que dans le débat sur le pouvoir d’achat, l’insécurité ou l’immigration. C’est du suicide politique en direct.
Quand Édouard Philippe perdra en 2027, on pourra dater le début de la fin à cette nomination. Le jour où il a décidé que le meilleur visage pour le représenter était celui d’un pro de la polémique audiovisuelle publique !


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