jeudi 16 novembre 2017

Télérama s'interroge sur "le plan plus si secret du gouvernement pour tout faire péter dans l'Audiovisuel public"».



Il y a 48 heures, le blog CGC Média publiait un article intitulé « L’ORTF est mort, vive l’ORTF ! » 

Le même jour, Aude Dassonville avec Richard Sénéjoux pour Télérama en publiaient un autre « ORTF, le retour ? » sous-titré « Audiovisuel public : le plan plus si secret du gouvernement pour tout faire péter ». 

Nous ne résistons pas à la joie de vous faire découvrir cette enquête qui fait bien évidemment référence à la "Contribution ministérielle aux travaux du CAP 2022" daté du 3 novembre 2017.

"Un document interne au ministère de la Culture, révélé par “Le Monde”, montre la volonté de l’exécutif d’envisager une réforme de l'audiovisuel public sans tabou. Le débat est lancé.

Et si l’audiovisuel public se trouvait à la veille d’un nouveau big bang ? Si l’on se fie au document de travail du ministère de la culture révélé par Le Monde hier après-midi, le moins que l’on puisse dire est que le gouvernement envisage l’avenir de France Télévisions, de Radio France, de France Médias Monde et de l’INA sans aucun tabou. Création d’une holding commune qui regrouperait toutes ces sociétés, suppression de France Ô, mutation de France 4 et du Mouv’ en médias numériques, etc. 

Cette compilation d’idées est tellement explosive que la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, a annoncé son intention de porter plainte contre X. 
Raison invoquée : ce document, encore provisoire, n’avait pas vocation à être connu en l’état… Voire. En juin dernier Libération avait publié des options de réforme du code du travail d’un genre radical, elles aussi censées restées confidentielles. Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, avait alors porté plainte, avant de faire adopter, sans grande opposition, les ordonnances réformant le code du travail. De là à penser que la technique qui consiste à annoncer un tremblement de terre pour préparer les esprits à une grosse secousse ne soit pas utilisée pour chambouler l’audiovisuel public, il n’y a qu’un pas. Après tout, d’autres gouvernements l’ont déjà utilisée avant. 


Pour beaucoup, les pistes de réforme qui figurent dans cette « contribution au Comité action publique 2022 » (destinée à trouver comment réduire les dépenses de l’État) ne sont pas nouvelles. 
Ressusciter l’ORTF ? Un vieux fantasme, surtout à droite. Priver Mouv’ de ses trente-deux fréquences hertziennes ? Mathieu Gallet en avait l’intention, au cas où la relance de cette antenne musicale destinée aux jeunes n’aurait pas les effets escomptés. « Reconfigurer les orchestres » de Radio France (au motif qu’au nombre de deux il y en aurait un de trop), l’idée n’est pas neuve et à manier avec des pincettes : elle avait contribué à mettre le feu à la Maison ronde en 2015 et s’en était suivie la plus longue grève de l’histoire de la radio française. Depuis, le sujet était traité dans la sérénité… Basculer France 4 sur le numérique ? La BBC l’a fait avec sa propre chaîne jeunes depuis début 2016.

« Personne ne peut se dire surpris des orientations contenues dans ce document de travail, reconnaît Laurent Vallet, le président de l’Institut national de l’audiovisuel. Il suffit de se reporter au programme du candidat à la présidentielle Emmanuel Macron pour s’en convaincre. » Problème : tout le monde n’est manifestement pas convaincu, à commencer par les dirigeants des chaînes et des radios publiques, qui n’ont eu de cesse de dire tout le mal qu’ils pensaient notamment du désir de regroupement de leurs sociétés respectives. Engager le processus d’une fusion, c’est « être absorbé pendant au moins dix ans par les enjeux sociaux qui concernent dix-huit mille personnes », nous confie l’un d’eux. « Le coût social que représenterait l’alignement des accords d’entreprise serait énorme », assure un deuxième. Auteures pour la Commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée d’un rapport plutôt sensé et juste sur l’audiovisuel public, les députées LREM (La République en marche) Frédérique Dumas et Béatrice Piron se prononçaient elles aussi farouchement la semaine dernière contre toute fusion. Seuls les sénateurs semblaient trouver qu’un regroupement des quatre entreprises à l’horizon 2020 était souhaitable… 

Nouvelle redevance 

Jusqu’à lundi dernier au moins, l’avis de Mathieu Gallet, de Delphine Ernotte, de Marie-Christine Saragosse et de Laurent Vallet sur l’avenir de leurs entreprises semblait compter un peu. Le Premier ministre, Edouard Philippe, leur avait demandé de réfléchir au périmètre et aux missions du service public, ou encore aux coopérations qu’ils pourraient mettre en œuvre – ce qu’ils ont fait, remettant le produit de leurs cogitations au ministère de la Culture pas plus tard qu’hier. Nul doute que chacun aura pris soin de ne pas émettre d’idées trop opposées à celles du président de la République. Gageons aussi que les uns et les autres auront su rappeler les économies déjà consenties par leur entreprise, et les investissements opérés dans la numérisation de leurs médias respectifs. Surtout, ils auront insisté sur leur capacité à créer des synergies et des collaborations : France Télévisions et Radio France ont déjà mis sur pied la chaîne et le site Franceinfo (auxquels sont associés France Médias Monde et l’INA), et une nouvelle coopération entre les deux entreprises est en cours de construction dans le domaine de la culture. Les deux entreprises n’échapperont sans doute pas au rapprochement de France 3 et de France Bleu. Évoquée il y a quelques jours (Le Figaro du 26/10) par Gérald Darmanin, le ministre de l’Action et des Comptes publics, « la fusion ou du moins une mutualisation » des deux réseaux n’a pas déchaîné l’enthousiasme – prudente, Françoise Nyssen a parlé de « vocation à coopérer » des deux sociétés. Dans une interview au JDD il y a dix jours, Mathieu Gallet se contentait d’évoquer le rapprochement de « certaines implantations immobilières » et la mise en place d’une « offre numérique d’information locale » commune...


Enfin, ils auront dessiné les contours d’une nouvelle redevance – non plus liée à la détention d’un téléviseur, un objet bientôt obsolète, mais à l’universalité de l’accès à la télévision et à la radio. Bientôt, d’ailleurs, on ne parlera plus que de ça, et si le projet de holding se confirme, les spéculations sur le mode de désignation de son futur dirigeant (mais aussi son profil, voire son identité) iront bon train. Le chantier le plus urgent, pourtant, ne réside-t-il pas plutôt dans le renforcement de l’audiovisuel public face à la concurrence internationale des Google-Amazon-Facebook-Netflix ? Coïncidence : Médiamétrie dévoile, ce mardi, une étude qui montre que plus d’un téléspectateur sur cinq utilise un service de SVOD – Netflix en tête – et qu’ils y trouvent leur compte… Dans sa note produite avec Terra Nova (le laboratoire d’idées proche d’Emmanuel Macron) il y a quelques jours, Mathieu Gallet insistait d’ailleurs sur les défis mondiaux auxquels le secteur est confronté. Delphine Ernotte lui emboîte le pas cet après-midi : dans une tribune publiée par Le Monde, la présidente de France Télévisions propose opportunément de lancer, en 2018, des « états généraux de l’audiovisuel » autour d’« un projet numérique d’ambition européenne ». De fait, son entreprise est souvent pointée, en off, comme la moins bien préparée aux défis des nouveaux usages des téléspectateurs… malgré un budget de 2,8 milliards d’euros."

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