France 3 : le grand déménagement volontaire vers l’inconnu (ou vers le chômage, au choix) ?
Ah, la musique grinçante des couloirs de France 3… Plus de JT régionaux, plus de reportages de proximité, plus de « la France des territoires ». Non. Juste le bruissement nerveux des cartes de presse qui tremblent et le bruit sourd des calculatrices de la direction.
La lettre de l’audiovisuel a lâché la bombe et posé la question. La direction n’a même pas eu la décence de démentir : un plan de 1 000 départs volontaires. Plus de 10 % des 8 720 ETP du groupe, selon les chiffres un peu plus précis qui circulent. On ne pinaille pas sur les virgules quand on parle de casse globale.
« Volontaires », bien sûr. Comme si, après des années de compressions, de polyvalence forcée, de matinales filmées aujourd’hui menacées et de budget de création en chute libre, les salariés allaient se bousculer pour signer en disant « merci Delphine». La pyramide des âges est « favorable », paraît-il. 196 quinquas et plus de 65 ans, 1 149 entre 60 et 64, 1 762 entre 55 et 59. Autant de « volontaires » potentiels qui n’attendent que le chèque pour quitter le navire avant qu’il ne prenne l’eau définitivement. Pratique. Juste un point assez notable, c’est que de l’argent, il n’y en a plus.
On n’ose même pas parler de licenciements secs : trop vulgaire, trop visible. Le départ volontaire, c’est plus chic. Ça fait moderne, responsable, presque écologique. On recycle les vieux et on garde les plus dociles…et puis on lance des procédures disciplinaires ici et là pour gagner du temps.
Pourquoi au juste ? Pour sauver 70 à 90 millions d’euros par an à partir de 2028. Pendant que le ministère de la Culture propose de tailler dans la création, le sport et les programmes de flux (histoire de faire hurler les producteurs), la direction de France Télévisions préfère trancher dans la chair. Moins de gens, moins de salaires, moins de problèmes. Pas question pour autant de tailler dans les gros salaires !
Les programmes ? On verra bien. L’information de proximité ? On a déjà « ICI », non ? Les antennes régionales qui peinent déjà à tenir la charge avec des effectifs en érosion silencieuse depuis des années ? Elles se débrouilleront. Ou elles disparaîtront doucement, comme tout ce qui n’est pas rentable dans l’audiovisuel public transformé en centre de coûts.
On imagine déjà la suite. Les réunions « d’information » où l’on explique que c’est pour le bien de l’entreprise, pour préserver l’avenir, pour ne pas toucher davantage aux programmes. Les tracts syndicaux qui crient au massacre. Les managers qui tournent en rond en murmurant « on n’a pas le choix ». Et les salariés qui, entre deux plateaux, calculent s’ils ont assez d’années pour partir « correctement » ou s’ils devront rester pour porter le double de charge. Parce que les postes partis, on ne les remplace pas. On redistribue. On « optimise ». On automatise un peu. On polyvalence encore plus. Et on continue de parler de « service public » avec un sérieux digne des meilleurs communiqués.
France 3, c’était censé être la télévision des régions, celle qui allait sur le terrain, celle qui ne se contentait pas des plateaux parisiens. Aujourd’hui, on discute sérieusement de supprimer un dixième des troupes pour équilibrer des comptes que l’État lui-même ne veut plus vraiment financer.
On a transformé un outil de démocratie locale en variable d’ajustement budgétaire…et le plus beau ? Personne n’a encore officiellement acté le plan. On « étudie l’hypothèse ». On « n’a pas démenti ». On laisse planer. Parce que l’incertitude, c’est déjà une forme de management.
Alors, chers « volontaires potentiels », préparez vos dossiers pour dans 2 ans. Aux autres : serrez les dents. Le spectacle continue. Avec moins de monde derrière la caméra mais toujours autant de discours sur l’excellence du service public !


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