France Télés: à Quadrans l’eau n’est plus potable mais la communication, elle, coule à flots.
France Télévisions face à une anomalie dans l’eau du robinet : la direction prend des précautions, mais oublie de répondre à la question que tout le monde se pose.
Il y a des communications internes qui veulent rassurer et puis il y a celles qui, à force de vouloir rassurer, finissent surtout par susciter des interrogations. (*)
Mardi 13 octobre, la direction de la communication interne de France Télévisions informe les salariés du bâtiment Quadrans qu’une analyse de l’eau potable, effectuée le 8 octobre, a révélé une non-conformité sur l’un des critères contrôlés.
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La suite est pour le moins instructive : la consommation d’eau est interdite dans le bâtiment, le restaurant et la cafétéria ferment dès midi jusqu’au lundi 19 octobre, et des bouteilles ainsi que des bonbonnes d’eau doivent être livrées dès le lendemain.
Autrement dit, la direction estime que la situation justifie des mesures suffisamment sérieuses pour bouleverser le quotidien des salariés. Pourtant dans le même temps, elle explique que l’organisme de contrôle n’exclut pas une erreur d’analyse et qu’une seconde étude doit permettre de trancher.
L’eau est donc suffisamment suspecte pour être interdite, mais pas suffisamment documentée pour que les salariés sachent exactement pourquoi.
Voilà qui mérite quelques explications.
L’art de communiquer sans dire l’essentiel
Quel est le critère qui n’est pas conforme ? Une bactérie ? Un paramètre chimique ? Une concentration anormale ? Un problème lié aux canalisations du bâtiment ? Un dépassement minime ou une anomalie plus préoccupante ?
Le communiqué ne le précise pas.
Il ne donne ni la valeur mesurée, ni le seuil de référence, ni le nom du laboratoire, ni les éléments permettant d’apprécier la portée sanitaire du résultat. Il ne dit pas davantage si l’anomalie concerne un robinet, un étage, une installation particulière ou l’ensemble du bâtiment.
Il ne s’agit pas d’affirmer qu’un danger grave existe : les informations disponibles ne permettent pas de le conclure.
Mais elles ne permettent pas non plus aux salariés de comprendre ce qui motive précisément l’interdiction.
La direction évoque une éventuelle erreur d’analyse. Très bien…mais une hypothèse d’erreur ne constitue pas un résultat rassurant. Tant que la contre-analyse n’est pas connue, l’incertitude demeure.
Enfin, la direction estime qu’il faut interdire la consommation d’eau par précaution, elle doit pouvoir expliquer clairement la nature du doute, les mesures prises et les conditions dans lesquelles les salariés seront informés.
Une fermeture de six jours : pourquoi, et sur quelle base ?
Le restaurant et la cafétéria ferment jusqu’au lundi 19 octobre. Cette décision peut parfaitement se justifier si l’eau utilisée pour préparer les repas, laver les aliments ou nettoyer les équipements présente un risque potentiel.
Mais le communiqué ne fournit pas les éléments permettant de comprendre pourquoi cette fermeture doit durer aussi longtemps, ni si d’autres mesures auraient pu permettre de maintenir une activité de restauration dans des conditions sanitaires sûres.
Il ne précise pas non plus les modalités d’information du personnel chargé de la restauration, ni les mesures prises pour garantir la sécurité sanitaire des aliments.
Pour info, les salariés de la cantine de Quadrans ont eu pour instruction de jeter toute la nourriture ! C’est quand même que le danger et le risque seraient réels et importants, pour ne pas dire impactant pour la santé des gens. Sauf qu’ils ont mangé à la cantine entre la date du « mauvais test » et hier midi quand ils ont décidé de tout interdire !
Quel est le risque encouru ??? C’est grave ce qui se passe !
L’eau en bouteille dès demain : et d’ici là ?
C’est peut-être le détail le plus concret du communiqué.
L’interdiction de consommer l’eau prend effet dès le mardi 13 octobre, à midi. Les bouteilles et bonbonnes ne doivent être livrées que le lendemain.
La question est simple : quelle solution est prévue entre ces deux échéances pour les salariés présents dans le bâtiment ?
L’employeur doit mettre à leur disposition de l’eau potable et fraîche. Cette obligation ne disparaît pas parce que l’eau du réseau interne est suspectée de non-conformité.
Si aucune eau potable de remplacement n’est accessible pendant cet intervalle, la direction doit expliquer comment elle entend respecter cette obligation.
Un détail logistique ? Non. Lorsqu’une mesure de précaution prive les salariés d’un service essentiel, son application concrète fait partie de la responsabilité de l’employeur.
« La sécurité et le bien-être restent notre priorité »
La formule finale est devenue un classique de la communication institutionnelle. Elle serait plus convaincante si elle s’accompagnait d’informations précises, vérifiables et utiles.
La direction promet de tenir les salariés informés au fur et à mesure de l’évolution de la situation et dès réception des nouveaux résultats. C’est indispensable…alors pourquoi attendre les conclusions définitives pour communiquer les éléments déjà disponibles sur la nature de l’anomalie ?
Il ne s’agit ni de semer la panique ni de transformer un résultat de laboratoire en catastrophe sanitaire. Il s’agit de respecter les salariés en leur donnant les informations nécessaires pour comprendre les mesures qui leur sont imposées.
La transparence ne consiste pas seulement à annoncer une interdiction. Elle consiste aussi à expliquer ce qui la motive.
À Quadrans, la direction a su organiser la fermeture des points de restauration et l’interdiction de boire l’eau. Il lui reste à organiser quelque chose d’au moins aussi important : une information complète des salariés.
Pour une entreprise dont le métier consiste à informer le public, ce serait tout de même un comble que la transparence s’arrête à la porte de ses propres bureaux.


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