On nous vend ça comme une révolution moderne et indispensable face aux géants du streaming. Sauf que derrière les discours sur l’agilité digitale, la réalité est plus crue :
Pour faire du streaming, il faut du contenu. Beaucoup de contenu. Du contenu qui coûte cher.
La solution ? Commander en priorité des films, séries, podcasts vidéo et formats calibrés, souvent achetés auprès de majors de la production extérieure comme Mediawan (déjà très bien servie par le service public). Des dizaines et des dizaines de millions d’euros par an qui filent pour remplir le catalogue france.tv rapidement et à moindre risque interne.
Mediawan, qui a notamment renforcé son empire avec l’acquisition récente de The North Road Company (le studio américain de Peter Chernin, devenu son « pôle nord-américain » en 2026), et qui dispose de son propre Mediawan Podcast (studio dédié à la création et adaptation de podcasts en formats audio et vidéo), devrait probablement se charger de mettre en musique le concept ?! Autrement dit, on externalise massivement vers ces structures puissantes capables de livrer du contenu clé en main, adaptable en podcast vidéo ou autres formats digitaux.
Résultat prévisible :
- Précarisation des équipes internes de création, réalisateurs, techniciens et journalistes maison.
- Affaiblissement des savoir-faire du service public au profit d’achats extérieurs.
- Une plateforme qui doit remplir son catalogue à tout prix, quitte à diluer l’identité et la souveraineté éditoriale du service public.
- France Télévisions qui devient un agrégateur plutôt qu’un véritable créateur, tout en finançant indirectement pour un budget annuel d’environ 2 ,5 milliards/ an, la croissance d’un groupe privé comme Mediawan.
C’est la stratégie du « on achète du remplissage numérique avec l’argent public pendant que les métiers de la création française se vident ». On sacrifie la capacité de production propre sur l’autel de la course aux clics et aux abonnés, en renforçant au passage des acteurs comme Mediawan qui peuvent scaler rapidement grâce à ces contrats récurrents.
En résumé : sous couvert de modernité, on assiste à une externalisation massive et à une privatisation douce de la création. On ne construit pas l’avenir du service public, on le sous-traite et Ernotte appelle ça une « révolution stratégique » destinée à maîtriser les coûts !
La même qui, année après année, a accumulé les déficits, multiplié les rediffusions, les flops et les choix éditoriaux clivants, avant de découvrir soudain les vertus de l’austérité quand l’État demande plus de transparence et moins de je-m’en-foutisme. C’est la même qui recrute des plumes élyséennes, qui défend bec et ongles son train de vie et celui de la maison Jean Pierre Elkabbach, et qui vient aujourd’hui nous expliquer, la main sur le cœur, qu’il faut « faire des choix difficiles ».














