France Télévisions a parfaitement démontré, en septembre 2026, ce qu’est la censure moderne : pas le grand coup de ciseaux ridicule des régimes autoritaires mais quelque chose de bien plus hypocrite et de bien plus efficace. Une censure de service public, parée des oripeaux du « pluralisme », de l’« honnêteté » et de l’« article 35 ». (Communiqué du groupe de télés public)
Pourtant, souvenez-vous, il n’y a pas si longtemps, l’an dernier en mai 2025, Thierry Ardisson compare Gaza à Auschwitz dans Quelle époque !. Une comparaison que beaucoup, y compris des institutions juives, qualifient d’ignoble, de révisionniste, de blessante pour la mémoire de la Shoah.
Que fait France Télévisions ? Rien. Ou plutôt : elle laisse passer. Ardisson demande lui-même qu’on coupe la séquence. Personne ne le fait. Ni la production, ni le représentant de France Télévisions présent. La séquence est diffusée, reste accessible, circule. On se contente d’un communiqué de regret après coup, d’une main sur le cœur et d’un « on est vigilants ». L’article 35 sur le pluralisme et l’expression des différents points de vue ? Mystérieusement silencieux. Pas de « mesure conservatoire ». Pas de retrait du replay. Rien.
Quinze mois plus tard, Adèle Haenel, dans La Grande Librairie, accuse Israël en direct de génocide, dénonce la complicité de la France et appelle à sanctionner Israël. Même logique unilatérale, même absence de contradiction immédiate, même format « carte blanche » mais cette fois, France Télévisions sort l’artillerie lourde: suppression pure et simple du replay de toute l’émission.
« Mesure conservatoire ». « Multiples saisines ». « Cahier des charges extrêmement strict » et bien sûr, l’article 35 brandi comme un saint sacrement : les questions controversées doivent être présentées de façon honnête et les différents points de vue doivent être assurés.
Traduction : quand on banalise la Shoah en comparant Gaza à Auschwitz, le pluralisme peut attendre. Quand on accuse Israël de génocide, le pluralisme devient une urgence absolue qui justifie d’effacer l’émission entière de la plateforme officielle. Deux poids, deux mesures. Ou plutôt : un poids et une balance qui penche toujours du même côté.
Ce n’est pas de la maladresse. C’est une doctrine. France Télévisions a intériorisé une hiérarchie des interdits. Certaines paroles sont « controversées » au point d’exiger une suspension immédiate. D’autres, tout aussi unilatérales et explosives peuvent tranquillement rester en ligne.
Le service public ne censure pas tout le monde : il censure ce qui dérange un certain consensus, tout en laissant prospérer ce qui le conforte ou le flatte. Il invoque le pluralisme uniquement quand cela arrange et l’oublie quand cela dérange.
La censure n’est plus l’interdiction pure : c’est le pouvoir de décider après diffusion de ce qui a le droit d’exister encore sur les plateformes officielles. C’est le pouvoir de faire disparaître ce qui a été dit, tout en prétendant que « ce n’est pas de la censure » parce que ça a été diffusé une fois. C’est l’art de transformer un article réglementaire en arme sélective.
France Télévisions n’a pas censuré par accident. Elle a censuré avec méthode, avec une justification totalement ridicule et avec la bonne conscience du service public qui « permet » le débat.
C’est précisément cela qui est corrosif : la démonstration que, sous couvert de pluralisme, on peut parfaitement choisir quelles paroles méritent d’être effacées et lesquelles ont le droit de rester.













