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samedi 10 octobre 2026

ViaStella en grève illimitée, Martinetti en service après-vente : « la proximité » selon France Télévisions !

ViaStella en grève illimitée, Martinetti en service après-vente : « la proximité » selon France Télévisions !


Pendant que les salariés de ViaStella réclament des moyens pour faire leur métier, Philippe Martinetti vante la « proximité », la « modernité » et les vertus du service public. Deux réalités, un même France Télévisions : celui des éléments de langage et celui du travail quotidien.


Il fallait oser le calendrier. Alors que les salariés de France 3 Corse ViaStella se mobilisent pour obtenir les effectifs nécessaires à leurs missions, Philippe Martinetti déroule, dans La Lettre de l’audiovisuel, une présentation presque idyllique de la stratégie éditoriale du groupe.

Au menu : « complémentarité », « transformation numérique », « richesse du réseau régional », « engagement », « proximité ». Un véritable festival de bonnes intentions. À croire que le service public audiovisuel se porte d’autant mieux qu’on le décrit au présent de l’indicatif, dans une interview bien mise en page.

Sauf qu’en Corse, le discours se heurte à une réalité beaucoup moins photogénique : des journalistes qui réclament des renforts, des postes vacants à remplacer et du temps pour enquêter. La proximité, lorsqu’il faut réellement la pratiquer, a besoin de femmes, d’hommes et de moyens. Pas seulement d’un paragraphe dans un entretien.

1. « La proximité » : beaucoup de mots, cinq postes en moins dans le discours ?

Martinetti présente le réseau régional comme une richesse stratégique, un outil de couverture du territoire et un élément essentiel de l’identité du service public.

Très bien. Mais les salariés de ViaStella, eux, réclament cinq équivalents temps plein supplémentaires, le remplacement des postes vacants, une équipe à Porto-Vecchio et la création d’un pôle enquête.

Le SNJ et le STC dénoncent une activité qui augmente sans que les effectifs suivent. Le journal de 12 h 30 serait ainsi passé, selon le délégué syndical cité par Corse Net Infos, de dix minutes à dix-neuf minutes. D’autres rendez-vous éditoriaux se sont également développés.

Voilà le premier angle mort du discours managérial : on peut augmenter la durée des journaux, multiplier les rendez-vous et afficher des ambitions numériques ; encore faut-il disposer des équipes pour produire l’information.

La proximité n’est pas un slogan. Elle suppose de pouvoir aller sur le terrain, couvrir les événements, suivre les dossiers et rencontrer les habitants au-delà de l’actualité immédiate.

Or c’est précisément ce que les salariés disent ne plus pouvoir développer correctement à moyens constants.

2. Le numérique, cette merveilleuse multiplication des tâches

Dans son entretien, Martinetti explique que France Télévisions doit accélérer sa transformation numérique, investir dans les usages et renforcer sa présence sur les plateformes.

Le raisonnement est séduisant : un même contenu peut circuler sur plusieurs supports, toucher davantage de publics et prolonger la durée de vie d’une information.

Mais la distribution numérique n’efface pas le travail journalistique qui précède. Il faut rechercher, vérifier, enquêter, tourner, monter, éditer, publier et adapter les formats. Et ces opérations mobilisent des professionnels.

La question qu’il faudrait donc poser à la direction est simple : où sont les effectifs supplémentaires qui doivent accompagner cette ambition numérique ?

Si les nouveaux supports s’ajoutent aux missions existantes sans renforts humains, la transformation numérique peut aussi devenir une transformation de la charge de travail.

Les salariés de ViaStella demandent d’ailleurs un rédacteur en chef adjoint chargé du numérique. Leur revendication ne porte donc pas sur un rejet de la modernisation, mais sur les conditions concrètes permettant de la réaliser.

Il y a une différence entre annoncer la révolution numérique dans un entretien et donner aux équipes les moyens de la conduire.

3. « L’information de proximité » : mais qui aura encore le temps d’enquêter ?

Martinetti défend également la valeur du réseau régional, sa connaissance des territoires et sa capacité à faire remonter des sujets que les rédactions nationales ne voient pas toujours.

C’est précisément l’une des raisons d’être du service public régional.

Mais les salariés réclament aussi un pôle enquête. Ils veulent pouvoir creuser les dossiers, travailler les sujets sensibles et ne pas être condamnés à courir perpétuellement derrière le prochain journal.

Il y a là une contradiction à examiner : on ne peut pas faire de la connaissance fine du territoire un argument de communication tout en laissant les équipes sans le temps nécessaire pour approfondir les sujets.

La proximité sans enquête risque de se réduire à la chronique des événements. La proximité avec des moyens permet de comprendre ce qui se passe, pourquoi cela se passe et ce que les citoyens ont besoin de savoir.

Un pôle enquête n’est pas un luxe décoratif. C’est un moyen de donner du contenu à l’ambition éditoriale revendiquée par la direction.

4. « La richesse du réseau régional » : richesse éditoriale ou variable d’ajustement ?

Martinetti vante la complémentarité entre les antennes, la circulation des contenus et la puissance du réseau.

Mais la complémentarité ne devrait pas servir à masquer une question essentielle : chaque antenne dispose-t-elle des moyens correspondant aux missions qu’on lui assigne ?

Les salariés de ViaStella ne réclament pas seulement de conserver leur activité actuelle. Ils demandent de pouvoir la réaliser correctement et de développer une couverture plus complète de la Corse, notamment grâce à une présence à Porto-Vecchio.

La direction, selon le délégué syndical cité par Corse Net Infos, aurait indiqué lors d’une réunion qu’aucun moyen supplémentaire ne serait accordé et que les salariés devraient s’estimer heureux de conserver leurs postes. Cette déclaration est rapportée par le syndicaliste ; elle n’a pas été confirmée publiquement par la direction dans l’article, qui indique que celle-ci n’a pas souhaité commenter la situation.

Si cette formulation reflète fidèlement les échanges, elle mérite une explication. Car il y a quelque chose de paradoxal à vanter la richesse du réseau régional tout en opposant aux équipes qui le font vivre la seule perspective de préserver l’existant.

5. La qualité de vie au travail : le grand absent de la présentation

Dans son entretien, Martinetti parle de performance, d’audience, de plateformes et de transformation éditoriale. Mais une stratégie ne se mesure pas uniquement à ses résultats de diffusion.

Le préavis du SNJ du 2 octobre évoque aussi des tensions managériales, une perte de confiance et des risques psychosociaux. Les syndicats demandent des pratiques plus transparentes et respectueuses, ainsi que des engagements précis et assortis d’un calendrier.

Ce sont des revendications syndicales, pas des conclusions indépendantes sur la situation de l’ensemble des salariés. Mais elles ne peuvent pas être écartées au seul motif que le discours officiel met en avant une stratégie ambitieuse.

La qualité d’un service public dépend aussi de la manière dont il traite les personnes qui le produisent. Un projet éditorial ne remplace ni des effectifs suffisants ni un dialogue social effectif.

Et lorsque les salariés en viennent à faire grève pour obtenir des réponses, il devient difficile de présenter le désaccord comme une simple question de communication.

6. La performance : à quel prix, et pour qui ?

Martinetti explique que les indicateurs d’audience doivent être complétés par d’autres critères de performance : engagement, capacité à toucher de nouveaux publics et circulation des contenus.

Cette réflexion peut être légitime. L’audience télévisuelle traditionnelle ne suffit pas nécessairement à mesurer toute la portée d’un média public.

Mais elle appelle une autre question : si l’on élargit les critères de performance, pourquoi ne pas élargir aussi les critères d’évaluation de la direction ?

Combien de postes restent vacants ? Combien de missions nouvelles sont confiées aux mêmes équipes ? Quel temps reste-t-il pour l’enquête ? Quels engagements sont pris pour améliorer les conditions de travail ? Et dans quels délais les moyens promis — lorsqu’ils le sont — sont-ils effectivement déployés ?

Une stratégie ne peut pas être évaluée seulement par les objectifs qu’elle annonce. Elle doit aussi être confrontée aux moyens qu’elle mobilise et aux conséquences de sa mise en œuvre.

Conclusion : le service public ne se résume pas à sa présentation PowerPoint

Le problème de l’entretien de Philippe Martinetti n’est pas qu’il défende la proximité, le numérique ou la complémentarité des antennes. Ces objectifs font de toute façon partie des missions légitimes de France Télévisions.

Le problème est le décalage que la mobilisation de ViaStella met en lumière entre ces ambitions affichées et les demandes formulées par ceux qui doivent les concrétiser.

D’un côté, une direction qui parle de modernisation, de rayonnement et de performance. De l’autre, des salariés qui demandent cinq équivalents temps plein supplémentaires, le remplacement de postes vacants, une implantation à Porto-Vecchio et un pôle enquête.

La question n’est donc pas de savoir si les mots de Martinetti sont élégants. Elle est de savoir ce qu’ils engagent concrètement.

Car, à force de parler de proximité, on finit par devoir répondre à ceux qui la pratiquent. À force de vanter l’information régionale, il faut expliquer comment elle sera produite. Et à force de célébrer la transformation numérique, il faut bien dire qui effectuera le travail supplémentaire.

À ViaStella, les salariés ont posé la question avec leurs revendications. La direction peut répondre par une nouvelle déclaration d’intention mais ce ne sera pas encore une réponse sur les moyens







vendredi 9 octobre 2026

Le révoltant message d’Édouard Philippe aux Français : Patrick de Carolis, repris de justice et ancien PDG de France Télévisions condamné définitivement au Pénal sur le plateau du premier fiasco de « L’Heure de vérité »...

Le révoltant message d’Édouard Philippe aux Français : Patrick de Carolis, repris de justice et ancien PDG de France Télévisions condamné définitivement au Pénal sur le plateau du premier fiasco de « L’Heure de vérité »... 

Hier soir, France 2 a cru pouvoir ressusciter « L’Heure de vérité ». Deux heures de plateau, un ton grave, des promesses de sérieux, de sueur et de rigueur. L’ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron a voulu se poser en candidat responsable face à un pays en « état d’indécision ». Résultat d’audience : un fiasco. À peine 1,68 million de téléspectateurs, 10,1 % de part d’audience. Battu par une série de TF1 et par un téléfilm de France 3. Le service public a offert à Philippe un salon quasi vide pour délivrer son message dans un plateau quasi déserté où dans ce décor de carton-pâte politique, on a pu clairement voir Patrick de Carolis le repris de justice ex-pédégé de FTV juste derrière Caroline Roux (*capture d'écran ci-après) 

Oui, Patrick de Carolis. L’ancien président-directeur général de France Télévisions (2005-2010). Celui qui, dans l’affaire Bygmalion, a été définitivement condamné:

Cinq mois de prison avec sursis et 25 000 euros d’amende pour favoritisme, peine confirmée en appel en 2019. 

Des contrats de prestation de services passés en 2008-2009 avec la société de Bastien Millot (ex-directeur de la communication de France Télévisions parti fonder Bygmalion) sans la moindre mise en concurrence, pour plus d’un million d’euros. 


Des « renvois d’ascenseurs » dénoncés par une plainte déposée par la CGC de l'Audiovisuel qui a d’ailleurs obtenu des dommages et intérêts. Le tribunal correctionnel puis la Cour d’appel de Paris n’ont pas été convaincus par les tentatives de se défausser sur les collaborateurs. Coupable. Point final.

Le vrai message n’était peut-être pas dans les mots. Il était dans l’entourage politique. Parmi les figures d’Horizons, le parti fondé et incarné par Édouard Philippe, outre Jérémie Patrier-Leitus figure donc Patrick de Carolis.  Ancien PDG de France Télévisions (2005-2010), aujourd’hui maire d’Arles et membre du mouvement depuis 2021, qui a donc été condamné, de manière définitive, dans le volet télévisuel de l'affaire Bygmalion. 

Hier donc, sur le plateau de cette « Heure de vérité » qui n’a convaincu qu’un téléspectateur sur dix, sa présence a quelque chose de cocasse. Le service public qui a jadis accueilli ses dérives contractuelles accueille désormais, dans une émission censée faire rendre des comptes, le candidat de son camp politique… pendant que l’ancien patron condamné peut regarder le spectacle.

Ce même Patrick de Carolis, « repris de justice » au sens propre (condamnation pénale définitive), s’affiche aujourd’hui comme soutien engagé d’Édouard Philippe pour la présidentielle 2027. Il a confirmé récemment son implication dans la campagne. L’ancien patron du service public, jugé pour avoir favorisé des amis plutôt que le respect des règles de la commande publique, est donc un des symboles locaux du camp qui prétend aujourd’hui redresser la France par la rigueur et la vérité.

C'est un déni du peuple. Les archives du blog CGC des Médias, à l’époque des condamnations n’étaient d'ailleurs pas tendres. Elles dépeignaient un dirigeant qui multipliait les contorsions, les plans sociaux en perspective, les auditions parlementaires et les promesses non tenues. On y retrouvait déjà le portrait d’un homme plus soucieux de sa communication que de la rigueur des marchés publics. Ces critiques syndicales d’alors trouveront un écho glacial dans les jugements de 2017 et 2019.

On aurait pu attendre d’un candidat qui multiplie les appels à la responsabilité, à la morale publique et à la lutte contre les arrangements, qu’il tienne à distance les figures entachées. Au contraire : Horizons accueille, promeut et met en avant un homme dont le passé judiciaire est public et définitif. Sur le plateau d’une émission qui s’appelle « L’Heure de vérité », pendant que Philippe parle de sérieux et de redressement, le message implicite est limpide : chez nous, un condamné pour favoritisme peut parfaitement rester un symbole et un relais de campagne !!

Alors, que retenir de cette soirée ? 

Un candidat à la présidentielle 2027 qui prétend « dire la vérité » devant une audience anémique qui s’appuie sur un homme condamné pour avoir contourné les règles. Une émission mythique qui redémarre dans le vide d’audience et un symbole politique qui en dit plus long que tous les discours sur le « sérieux » : chez Édouard Philippe, on peut avoir été jugé pour favoritisme et rester une figure de proue du mouvement. 

Une émission mythique qui redémarre dans le vide avec en toile de fond, un ancien dirigeant du service public dont la justice a jugé qu’il avait favorisé des amis plutôt que le respect des règles. La vérité, parfois, a le goût du sursis et des 10 % d’audience.

(*)










jeudi 8 octobre 2026

Macron furieux, la République fragile et le service public qui regarde ailleurs

Macron furieux, la République fragile et le service public qui regarde ailleurs

Mardi 6 octobre, au 13 Heures de France 2, Julian Bugier présentait les manifestations lycéennes. Derrière lui, pendant une seconde ou deux – assez pour être capturée, arrêtée, fléchée et transformée en polémique nationale –, une pancarte en carton. Texte : « Macron bz ta prof, pas les nôtres ».

Allusion grossière, sexuelle, à Brigitte Macron, ancienne professeure de théâtre d’Emmanuel Macron. Une attaque personnelle déguisée en slogan de cortège. Le chef de l’État, selon Le Parisien et ses proches, a été « furieux ». Non seulement par le contenu mais aussi par l’absence totale d’excuses le lendemain. « Évidemment que ça ne lui a pas fait plaisir », lâche un conseiller. Traduction : l’Élysée a grincé des dents et le silence de France Télévisions a fait le reste.

France 2 plaide la bonne foi :« Une petite main du JT a mis ces images OFF en illustration des titres. » « Aucune volonté de mettre en avant un slogan plutôt qu’un autre. » « Nous ne sommes pas responsables de ce qui est écrit sur des pancartes de manifestants. » 

Ben voyons !

Le médiateur de France Télévisions reconnaît quant à lui que « cette image n’aurait pas dû se retrouver à l’écran ». On a donc le droit à la faute technique, à l’inadvertance, à la petite main anonyme. Pas à la responsabilité éditoriale.

Voilà le cœur du problème. Un journal de service public, financé par l’ensemble des Français, diffuse à l’heure de grande écoute une insulte sexuelle visant la Première dame. Pas un slogan politique sur les classes surchargées, le manque de profs ou les conditions d’apprentissage – les vraies raisons de la colère lycéenne. Non : une attaque ad hominem, vulgaire, qui transforme une contestation sociale en règlement de comptes intime…et la rédaction se contente de dire « on n’a rien inventé, l’image existe ». Comme si le choix d’illustration n’était jamais un acte éditorial.

Cette pancarte n’est pas un accident isolé. Elle s’inscrit dans une banalisation croissante de l’insulte privée dans l’espace public. On peut critiquer le couple Macron, leur parcours, leurs choix. C’est même un droit démocratique mais passer du débat politique à l’insulte de cortège, puis la diffuser sans filtre sur une antenne publique, c’est autre chose. C’est rabaisser le niveau, normaliser la grossièreté et donner raison à ceux qui disent que le service public a perdu le sens de la distance et du respect minimal dû aux institutions – et aux personnes.

Emmanuel Macron a raison d’être en colère. Pas seulement pour sa femme. Pour le symbole. Quand le 13 Heures d’une chaîne nationale montre sans broncher une telle image, et refuse ensuite la moindre reconnaissance claire, il envoie un message : tout est permis, même le plus bas, pourvu que ça vienne de la rue. Les lycéens qui manifestent pour des conditions d’études décentes méritent mieux que d’être représentés par ce genre de carton et les téléspectateurs aussi.

France Télévisions a reconnu une « faille ». Elle aurait pu faire mieux : s’excuser clairement, rappeler que la liberté de manifester n’inclut pas le droit d’insulter sans filtre à l’antenne, et rappeler à ses équipes que choisir une image, c’est déjà éditorialiser. Au lieu de cela, on a eu la défense du « ce n’est pas de notre faute ». Habituel avec le groupe! 

Dans un pays où la violence verbale et l’attaque personnelle deviennent monnaie courante, le service public a une responsabilité particulière. Celle de ne pas les amplifier. Mardi, il a failli. Et l’absence d’excuses n’a fait que confirmer le diagnostic : on a peur de froisser les manifestants, mais pas de froisser les institutions. C’est un choix. Un mauvais choix.

mercredi 7 octobre 2026

Un désert d’audience avec « Après la colère » sur France 2, ce mardi.

Un désert d’audience avec « Après la colère » sur France 2, ce mardi.

Comment France 2 a réussi, hier soir (6/10/26), à transformer un drame national, un sujet qui aurait dû faire grincer des dents et coller les Français à l’écran, en un véritable désert d’audience:  658 000 téléspectateurs pour 4,1%.

On parle d’un documentaire « porté » par Caroline Roux, la grande prêtresse du service public, celle qui a fait de la gravité son fonds de commerce. Résultat ? Une audience digne d’une rediffusion de documentaire animalier sur le cycle de vie de la limace des bois un mardi soir de pleine lune. Même les chiens de garde du service public ont dû zapper. Même les militants qui collent des autocollants « Crépol, on n’oublie pas » ont préféré Koh-Lanta.

On imagine la scène dans les bureaux de France Télévisions le lendemain matin : silence de cathédrale, regards fuyants, quelqu’un qui murmure « au moins on a fait notre devoir de mémoire ». Oui, le devoir de mémoire… auprès de 660 000 personnes. Le reste de la France, elle, a préféré regarder ailleurs. Comme si le service public, une fois de plus, avait réussi à rendre un sujet brûlant aussi attractif qu’un cours de comptabilité en français administratif.

Caroline Roux, d’habitude si prompte à donner des leçons de morale à la terre entière, s’est retrouvée face à un public plus clairsemé qu’une assemblée générale de l’association des amis du silence. On se demande même si les 660 000 n’étaient pas en majorité des gens qui avaient oublié de changer de chaîne après le 20 heures. Ou des téléspectateurs captifs dans des maisons de retraite où la télécommande est sous clé.

France 2, championne toutes catégories de la bonne conscience qui n’intéresse plus personne. Vous avez pris un drame, vous l’avez emballé dans du papier-cadeau journalistique bien propre, bien digne, bien « on va faire réfléchir la France », et la France vous a répondu en changeant de chaîne avec la discrétion d’un somnambule.

Quatre pour cent. C’est le score d’un candidat extrémiste dans un bureau de vote de Neuilly.

C’est le taux d’audience d’une émission qui croit encore que les Français ont le temps et l’envie de se faire sermonner un mardi soir. Vous avez réussi à prouver une chose : même la colère, une fois passée entre vos mains, devient soporifique.

Le service public voulait profiler ses téléspectateurs… jusqu’à ce que Mediapart frappe à la porte

Le service public voulait profiler ses téléspectateurs… jusqu’à ce que Mediapart frappe à la porte

France Télévisions a frôlé le Cambridge Analytica version télé publique (*) et ce n’est pas une blague.

À l’approche de la présidentielle, le groupe d’État envisageait de confier des données portant sur les préférences politiques de ses téléspectateurs à une entreprise israélienne spécialisée dans le ciblage politique. Le PDG de ladite société, Israel Grintz, ne cachait même pas la nature de son business : des outils de segmentation d’audience conçus pour cerner les opinions et servir des stratégies de microciblage. Autrement dit, exactement le genre d’outil dénoncé à longueur de journaux quand il s’agit d’influencer des élections ailleurs.

Le calendrier est presque comique. France Télévisions a semble-t-il renoncé à ce contrat discret… après avoir été informée qu’une enquête de Mediapart était imminente. Pas après un débat interne sur la souveraineté, pas après un avis du délégué à la protection des données (qui, selon les informations disponibles, n’aurait même pas eu accès au contrat), pas après une réflexion éthique. Non. Après avoir senti le souffle du scandale.

Le plus savoureux reste la posture de Delphine Ernotte. En avril, elle affirmait avec gravité que la souveraineté nationale passait désormais par « la maîtrise de l’espace informationnel », plaçant la lutte contre les influences étrangères au même niveau que les canons et les drones. Quelques mois plus tard, le même service public se préparait à externaliser le profilage politique de ses propres téléspectateurs vers une société étrangère spécialisée dans… le ciblage politique. On appelle ça de la cohérence ? Ou du cynisme de très haut niveau ?

On nous explique que le projet visait à rendre une émission plus « vivante », avec des interactions en temps réel. Soit mais pourquoi faut-il pour cela confier des données politiques sensibles à un prestataire dont le métier consiste précisément à transformer ces données en munitions électorales ? Pourquoi ne pas traiter ces informations en interne, sous contrôle français, avec des garanties claires ? Pourquoi ce secret autour du contrat ? Et surtout : pourquoi attendre la menace d’une publication pour faire machine arrière ?

Le service public n’est pas une start-up de marketing politique. Il est financé par l’impôt (ou ce qu’il en reste). Il prétend incarner l’indépendance, la neutralité et la protection du citoyen. Pourtant avec l’ex-Orange il a envisagé de livrer des informations sur les opinions politiques de ses audiences à un acteur étranger dont le business model est précisément le profilage partisan. On a évité le pire par pure peur du scandale, pas par vertu.

Ce n’est pas un détail technique. C’est le symptôme d’une culture où l’on parle très fort de « souveraineté informationnelle » tout en externalisant allègrement ce qu’elle devrait protéger. Où l’on dénonce les influences étrangères… jusqu’au moment où elles deviennent pratiques. Où l’on se drappe dans la défense de la démocratie tout en flirtant avec les outils qui la minent.

France Télévisions a renoncé mais le simple fait que le projet ait existé, ait avancé et n’ait été stoppé que sous la pression d’une enquête journalistique en dit long sur l’état réel du service public. Quand la peur de Mediapart devient le seul garde-fou efficace, on n’est plus dans la responsabilité. On est dans la gestion de crise.

Alors la prochaine fois, qui nous garantira que la peur arrivera à temps ?

(*) Cambridge Analytica était une société britannique de conseil politique et d’analyse de données, fondée en 2013 (filiale du groupe SCL). Elle est devenue célèbre mondialement en 2018 à cause d’un scandale majeur de collecte et d’utilisation de données personnelles.

Ce qu’elle faisait

La société se spécialisait dans le profilage psychographique : elle analysait les traits de personnalité, les peurs, les opinions et les comportements des électeurs pour créer des publicités politiques extrêmement ciblées (micro-ciblage). L’idée était d’influencer les votes de manière très précise, en adressant à chaque personne le message le plus susceptible de la faire réagir.

Pourquoi on parle encore de « Cambridge Analytica »

Le nom est devenu un symbole de :

- Collecte massive de données sans consentement réel,

- Utilisation de ces données pour manipuler l’opinion publique lors d’élections,

- Risques liés au micro-ciblage politique.

C’est exactement pour cette raison que, dans l’affaire récente de France Télévisions, on a fait le parallèle : confier des données sur les préférences politiques des téléspectateurs à une entreprise spécialisée dans le ciblage politique rappelait fortement ce scandale.