893,9 millions d’euros sur un an…
Une année. Une seule. Pour que des cabinets privés viennent expliquer à l’État français comment faire son métier.
Pendant que les fonctionnaires peinent, que les services publics craquent et que le contribuable serre les dents, les ministères ont sorti le chéquier comme si l’argent public était un buffet à volonté. De 379 millions en 2018 à 893,9 millions en 2021. Plus du double en trois ans. Et encore, c’est le chiffre minimal : en ajoutant quelques opérateurs, on passe allègrement le milliard. Bravo.
Une journée de consultant : 1 528 euros. Soit à peu près le salaire mensuel net médian d’un Français, facturé pour une seule journée de PowerPoint, de matrices Excel et de phrases creuses du type « il faut repenser le paradigme ». Pendant ce temps, l’administration continue de se vider de sa substance. On paie des gens pour combler les manques… et le savoir-faire repart avec eux à la fin de la mission. Magique. On externalise la réflexion stratégique, puis on s’étonne que l’État devienne dépendant. C’est presque beau dans l’absurde.
Et qui trône au milieu de ce grand marché de la pensée sous-traitée ? McKinsey, bien sûr. Réforme des retraites, refonte des APL, pilotage logistique de la campagne vaccinale… le cabinet américain était partout. Près de 4 millions d’euros rien que pour les APL. Pendant la crise sanitaire, McKinsey, Citwell et Accenture se sont partagé les trois quarts du gâteau. Des accords-cadres interministériels bien pratiques permettent de commander sans trop se fatiguer avec les appels d’offres. Souplesse, ils disent. Dépendance structurelle, on répond.
Cerise sur le gâteau fiscal : pendant dix ans, McKinsey n’aurait payé aucun impôt sur les sociétés en France, malgré un chiffre d’affaires conséquent. Optimisation via le Delaware, paraît-il. Le cabinet se défend en brandissant d’autres taxes et cotisations. Le parquet national financier a ouvert une enquête. Perquisition au siège parisien. Symbole parfait : on confie des pans entiers de la décision publique à une firme qui, elle, sait parfaitement optimiser ses propres impôts.
Le rapport sénatorial parlait d’un « phénomène tentaculaire ». Dix-neuf propositions ont suivi. La Cour des comptes a confirmé l’ordre de grandeur. Et ensuite ? On continue. Parce qu’apparemment, réfléchir, organiser et piloter, c’est devenu trop compliqué pour ceux qui sont censés le faire. Alors on sort le carnet de chèques, on fait venir les consultants, on écoute leurs recommandations… et on recommence l’année suivante.
Le contribuable, lui, regarde la facture: 893,9 millions d’euros pour ce que les ministères n’ont pas su ou pas voulu, faire eux-mêmes










