Le Parquet de Paris a enregistré vendredi la plainte dont il a été saisi visant la DG aux opérations de Médiawan.
Ce 7 avril 2026, c'est La Lettre qui révèle que le Procureur de la République a bien été saisi vendredi 3 avril d'une plainte déposée par des techniciens de Maximal Productions et Troisième Œil Productions (2 sociétés du groupe Médiawan) soutenus par le syndicat CGC de l'Audiovisuel.
Elle fait suite, entre autres à une lettre de l'Inspection du travail adressée à Delphine Cazaux le 11 février dernier dont maître Florent Hennequin l'avocat des plaignant a évidemment eu connaissance pour les griefs retenus et ceux qui pourraient déboucher sur une autre procédure judicaire.
S'agissant des nombreuse émissions facturées à France Télévisions tous les ans, il convient de rappeler les obligation de l’entreprise publique (société nationale de programmes), qui doit s’assurer que ses prestataires, fournisseurs, sous-traitants ou sociétés avec lesquelles elle contractualise respectent bien le Code du travail et les conventions collectives (accords de branche) qui leur sont applicables (qu’elles soient étendues ou non).
France Télévisions, comme toute entreprise (publique ou privée), a l’obligation légale de vérifier la conformité sociale de ses prestataires pour éviter la solidarité financière et respecter ses propres engagements RSE et éthiques. Les contrôles portent à la fois sur le « noyau dur » anti-travail illégal (obligation de vigilance du Code du travail) et, de manière plus large, sur le respect des droits fondamentaux et des conventions collectives applicables via son Code de conduite et son Plan de vigilance.
1. L’obligation de vigilance « anti-travail illégal » (principale obligation directe)
Le donneur d’ordre (ici France Télévisions) a une "obligation légale de vigilance" (art. L. 8222-1 du Code du travail). Pour tout contrat de prestation de services ou de travaux d’un montant minimum (généralement supérieur à 3 000 ou 5 000 € HT selon les seuils), il doit vérifier "au moment de la conclusion du contrat, puis tous les six mois" :
- Que le prestataire s’acquitte de ses déclarations sociales et fiscales (URSSAF, impôts).
- Qu’il ne recourt pas au **travail dissimulé** (absence de DPAE, bulletins de paie fictifs, faux indépendants, etc.).
- Qu’il respecte les obligations en matière de salaire minimum, durée du travail, etc.
Les documents à exiger incluent l’attestation de vigilance, le Kbis, les attestations URSSAF, etc. Des vérifications purement formelles ne suffisent pas : la jurisprudence exige une vigilance « renforcée » et une cohérence avec la réalité de la prestation. Si les violations sont « répétitives » et évidentes (ex. : sous-paiement massif, non-déclaration d’heures supplémentaires, non-respect des conventions collectives de branche comme celle de la production audiovisuelle), le donneur d’ordre ne peut pas prétendre ignorer la situation.
En cas de coproduction la notion de co-employeur peut naturellement être retenue
2. Conventions collectives et respect du droit du travail par les prestataires
France Télévisions intègre d’ailleurs ces exigences dans son "Code de conduite des partenaires commerciaux" et ses conditions générales d’achat, qui imposent explicitement le respect du Code du travail et des conventions collectives applicables aux prestataires. Le non-respect peut entraîner la résiliation du contrat, mais cela n’exonère pas des responsabilités judiciaires.
- France Télévisions doit s’assurer que le prestataire applique la convention collective de sa propre branche (ou l’accord qui lui est applicable comme la Convention Nationale de la Production) et qu'il respecte le Code du travail (durée du travail, salaires minimaux, repos, sécurité, etc.).
- Dans le "Code de conduite des partenaires commerciaux" de France Télévisions, l’entreprise exige explicitement que ses partenaires (fournisseurs, sous-traitants, prestataires) respectent :
- Les normes de l’OIT (notamment conventions 138 et 182 sur le travail des enfants).
- Les conventions collectives, accords d’entreprise ou tout autre accord qui leur sont applicables.
- Les principes des droits humains et du travail décent.
Ce code de conduite fait partie des exigences contractuelles que France Télévisions peut faire valoir.
3. Obligations renforcées en tant qu’entreprise publique et devoir de vigilance RSE
En tant que société de service public, France Télévisions est particulièrement attentive à son exemplarité :
- Elle publie un "Plan de vigilance" (conformément à la loi de 2017 sur le devoir de vigilance des sociétés mères et entreprises donneuses d’ordre). Ce plan inclut une cartographie des risques, l’évaluation régulière des sous-traitants et fournisseurs, des mesures de prévention (droits humains, santé/sécurité, environnement), un mécanisme d’alerte, etc.
- Les risques sociaux (conditions de travail, respect des conventions collectives, discrimination, etc.) font partie des risques à cartographier et à atténuer dans la chaîne d’approvisionnement.Dans les marchés publics ou les contrats de production/diffusion, des clauses spécifiques de conformité sociale sont souvent insérées.
En pratique, que fait (ou doit faire) France Télévisions ?
- "Vérifications documentaires" systématiques via l’attestation URSSAF et pièces justificatives.
- "Audits ou questionnaires RSE" pour les partenaires stratégiques ou à risque (production audiovisuelle, intermittents, sous-traitance technique, etc.).
- Clauses contractuelles permettant de résilier ou de sanctionner en cas de non-conformité grave.
- Dispositif d’alerte interne (« J’alerte ») ouvert aux prestataires et fournisseurs pour signaler des manquements.
Les conséquences judiciaires pour une entreprise publique comme France Télévisions (ou toute autre société) qui recourt à des prestataires (sous-traitants ou fournisseurs de services) violant de manière flagrante et répétée le Code du travail et les conventions collectives applicables sont potentiellement lourdes.
Elles relèvent principalement du droit du travail (Code du travail, articles L. 8221-1 et suivants), du droit pénal et, pour les marchés publics, du Code de la commande publique. France Télévisions, en tant que pouvoir adjudicateur public, est soumise à ces règles sans immunité particulière, avec un risque accru de contrôle et de sanctions administratives en raison de l’utilisation de fonds publics.
1. Obligation de vigilance du donneur d’ordre (vu ci-dessus)
2. Responsabilité financière (solidarité)
En cas de constat de "travail dissimulé" (ou d’autres formes de travail illégal) par le prestataire :
- Le donneur d’ordre qui a manqué à son obligation de vigilance est **solidairement responsable** (art. L. 8222-2 du Code du travail) du paiement :
- Des cotisations sociales, impôts, taxes et pénalités dus par le prestataire.
- Éventuellement des rémunérations, indemnités et charges dues aux salariés du prestataire.
- Du remboursement d’aides publiques perçues indûment.
L’URSSAF peut également procéder à un redressement direct contre France Télévisions (sans passer par une condamnation préalable du prestataire dans certains cas). Cela peut représenter des sommes très importantes en cas de violations massives et répétées.
3. Responsabilité pénale
C’est le risque le plus grave :
- Délit de recours aux services d’une personne exerçant un travail dissimulé (art. L. 8222-1 et L. 8224-1 du Code du travail) : jusqu’à "3 ans d’emprisonnement" et 45 000 € d’amende pour les personnes physiques (dirigeants) ; jusqu’à "225 000 €" pour la personne morale (France Télévisions). En cas de circonstances aggravantes (pluralité de salariés, bande organisée, vulnérabilité), les peines peuvent atteindre 5 ans et 75 000 € (personnes physiques) ou plus pour la société.
- Autres infractions possibles : marchandage ou prêt illicite de main-d’œuvre (art. L. 8231-1 et suivants) → 2 ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende (150 000 € pour personne morale).
- Les juges retiennent souvent la « connaissance » ou la « négligence grave » lorsque les vérifications n’ont pas été faites ou lorsque les violations sont manifestes.
Les dirigeants (PDG, directeurs des achats ou de la production) peuvent être personnellement poursuivis. Des peines complémentaires sont possibles : interdiction d’exercer, exclusion de marchés publics, etc.
4. Conséquences spécifiques aux conventions collectives de branche
Les conventions collectives (exemple: production audiovisuelle, télédiffusion, etc.) s’appliquent directement au prestataire (employeur des salariés concernés). France Télévisions n’est pas directement responsable du non-respect par un tiers.
Cependant :
- Le non-respect des minima conventionnels (salaires, heures supplémentaires, repos) peut constituer une forme de "travail dissimulé" ou de violation du salaire minimum légal/conventionnel, déclenchant la solidarité financière et la responsabilité pénale décrites ci-dessus.
- Dans le secteur audiovisuel, les prestataires de production sont souvent soumis à des conventions spécifiques ; des pratiques comme le recours abusif à des « faux indépendants » ou le non-paiement d’heures sont fréquemment sanctionnées via les mécanismes généraux du Code du travail.
Enfin, il existe également un risque de :
5. Sanctions administratives et spécifiques aux entreprises publiques
En tant que pouvoir adjudicateur soumis au "Code de la commande publique":
- Exclusion temporaire (jusqu’à 5 ans ou plus) des marchés publics en cas de condamnation pour travail illégal.
- Rejet des offres anormalement basses soupçonnées de reposer sur des violations sociales (art. R. 2152-4 du Code de la commande publique).
- Contrôles renforcés par l’inspection du travail, l’URSSAF ou la Cour des comptes (qui peut pointer des manquements dans l’utilisation de fonds publics).
Des actions civiles sont également possibles : salariés du prestataire peuvent poursuivre France Télévisions en responsabilité (dommages et intérêts) en cas de "co-emploi" (direction effective des salariés du prestataire) ou de manquement à l’obligation de prévention des risques (santé/sécurité).