Macron furieux, la République fragile et le service public qui regarde ailleurs
Mardi 6 octobre, au 13 Heures de France 2, Julian Bugier présentait les manifestations lycéennes. Derrière lui, pendant une seconde ou deux – assez pour être capturée, arrêtée, fléchée et transformée en polémique nationale –, une pancarte en carton. Texte : « Macron bz ta prof, pas les nôtres ».
Allusion grossière, sexuelle, à Brigitte Macron, ancienne professeure de théâtre d’Emmanuel Macron. Une attaque personnelle déguisée en slogan de cortège. Le chef de l’État, selon Le Parisien et ses proches, a été « furieux ». Non seulement par le contenu mais aussi par l’absence totale d’excuses le lendemain. « Évidemment que ça ne lui a pas fait plaisir », lâche un conseiller. Traduction : l’Élysée a grincé des dents et le silence de France Télévisions a fait le reste.
France 2 plaide la bonne foi :« Une petite main du JT a mis ces images OFF en illustration des titres. » « Aucune volonté de mettre en avant un slogan plutôt qu’un autre. » « Nous ne sommes pas responsables de ce qui est écrit sur des pancartes de manifestants. »
Ben voyons !
Le médiateur de France Télévisions reconnaît quant à lui que « cette image n’aurait pas dû se retrouver à l’écran ». On a donc le droit à la faute technique, à l’inadvertance, à la petite main anonyme. Pas à la responsabilité éditoriale.
Voilà le cœur du problème. Un journal de service public, financé par l’ensemble des Français, diffuse à l’heure de grande écoute une insulte sexuelle visant la Première dame. Pas un slogan politique sur les classes surchargées, le manque de profs ou les conditions d’apprentissage – les vraies raisons de la colère lycéenne. Non : une attaque ad hominem, vulgaire, qui transforme une contestation sociale en règlement de comptes intime…et la rédaction se contente de dire « on n’a rien inventé, l’image existe ». Comme si le choix d’illustration n’était jamais un acte éditorial.
Cette pancarte n’est pas un accident isolé. Elle s’inscrit dans une banalisation croissante de l’insulte privée dans l’espace public. On peut critiquer le couple Macron, leur parcours, leurs choix. C’est même un droit démocratique mais passer du débat politique à l’insulte de cortège, puis la diffuser sans filtre sur une antenne publique, c’est autre chose. C’est rabaisser le niveau, normaliser la grossièreté et donner raison à ceux qui disent que le service public a perdu le sens de la distance et du respect minimal dû aux institutions – et aux personnes.
Emmanuel Macron a raison d’être en colère. Pas seulement pour sa femme. Pour le symbole. Quand le 13 Heures d’une chaîne nationale montre sans broncher une telle image, et refuse ensuite la moindre reconnaissance claire, il envoie un message : tout est permis, même le plus bas, pourvu que ça vienne de la rue. Les lycéens qui manifestent pour des conditions d’études décentes méritent mieux que d’être représentés par ce genre de carton et les téléspectateurs aussi.
France Télévisions a reconnu une « faille ». Elle aurait pu faire mieux : s’excuser clairement, rappeler que la liberté de manifester n’inclut pas le droit d’insulter sans filtre à l’antenne, et rappeler à ses équipes que choisir une image, c’est déjà éditorialiser. Au lieu de cela, on a eu la défense du « ce n’est pas de notre faute ». Habituel avec le groupe!
Dans un pays où la violence verbale et l’attaque personnelle deviennent monnaie courante, le service public a une responsabilité particulière. Celle de ne pas les amplifier. Mardi, il a failli. Et l’absence d’excuses n’a fait que confirmer le diagnostic : on a peur de froisser les manifestants, mais pas de froisser les institutions. C’est un choix. Un mauvais choix.












