Mission d’information du Sénat (*) – ou comment habiller la censure en « souci démocratique » !
(*) souvent présentée comme une « commission d’enquête » sur les « zones grises de l’information » [senat.fr]
Contexte et vrais objectifs
La commission de la culture, de l’éducation, de la communication et du sport du Sénat a lancé une mission d’information sur la « régulation de l’information dans l’espace numérique ». Les rapporteurs : Agnès Evren (LR), Laurent Lafon (centriste) et Sylvie Robert (gauche). Pour faire plus sérieux, on lui a donné les pouvoirs d’une commission d’enquête : auditions sous serment, réquisitions de documents, etc. Tout l’attirail.
Les fameuses « zones grises », ce sont en réalité tous les endroits où l’information circule encore sans la bénédiction de l’ARCOM : médias en ligne indépendants, créateurs de contenus, YouTubers, influenceurs, et les grandes plateformes. En clair, tout ce qui échappe encore au contrôle centralisé des médias traditionnels et de l’État.
L’objectif officiel ? « Identifier les risques » (désinformation, ingérences, opacité des financements, perte de confiance).
La version non officielle, celle que comprennent parfaitement les adeptes de France Medias à commencer par son promoteur en chef et autres tenants de la pensée unique : ramener dans le rang tout ce qui ose encore exister hors du périmètre des grands médias subventionnés et amis du pouvoir. Ils ne seront tranquilles que lorsqu’il ne restera plus un seul média vraiment indépendant.
Déroulement et auditions marquantes
On auditionne donc à tour de bras : experts en « lutte contre les fake news » (Gérald Bronner et consorts), associations militantes, journalistes mainstream, et, bien sûr, les médias indépendants de tous bords (Blast, Basta!, StreetPress, Frontières, Off Investigation…) ainsi que des créateurs comme Gaspard G, Hugo Décrypte, Jean Massiet, Hugo Travers ou Hugo Clément....mais aussi les plateformes : YouTube, TikTok et les Instances : CCIJP (Carte de presse), CDJM (déontologie), etc...
Le message est limpide : « Expliquez-nous comment vous financez, comment vous travaillez, et pourquoi vous n’êtes pas encore sous notre coupe ? »
On parle transparence,
déontologie, modération algorithmique, distinction entre info et influence…
Tout pour mieux justifier, in fine, de nouvelles contraintes, labels, agréments
ou sanctions contre ceux qui refusent de rentrer dans le rang.
Les réactions (sans surprise)
• Du côté des médias et journalistes indépendants : beaucoup y voient une opération de fichage et de musellement en bonne et due forme. Disclose a d’ailleurs refusé de balancer l’identité de certains donateurs, sentant parfaitement le piège. On entend déjà les mêmes voix qui, il y a quelques années, réclamaient à cor et à cri la création d’un grand « France Medias » public, rêvant d’un paysage médiatique uniformisé où l’information serait enfin « responsable » (comprendre : conforme).
• Du côté des bien-pensants et des institutions : on applaudit cette « nécessaire mise à jour démocratique » face à la « fragmentation » et à la « désinformation ». Traduction : on ne supporte plus que le peuple ait accès à des narratifs qui ne passent pas par le filtre des rédactions parisiennes et des comités d’éthique aux ordres.
Au final, cette mission sent le vieux réflexe autoritaire français : face à la perte de contrôle du récit, on ne se demande pas comment améliorer le pluralisme et la crédibilité des médias historiques (qui en auraient donc cruellement besoin !!)
Non. On cherche plutôt comment étendre la régulation pour asphyxier ce qui reste d’indépendance. Parce que, soyons clairs : pour certains, le problème n’est pas la désinformation....Le problème, c’est qu’il existe encore des médias qu’ils ne contrôlent pas.
















