La plainte pénale de la CGC visant à annuler le 3ème parachutage ernottien va faire un bond après les mensonges tenus en commission d'enquête.
Il y a des auditions parlementaires qui éclairent, et d’autres qui, à force de contorsions verbales, finissent par révéler exactement ce qu’elles tentaient de masquer. Celles consacrées à France Télévisions appartiennent manifestement à la seconde catégorie avec en prime des propos sous serments.
D’un côté, la Cour des comptes pointe, année après année, l’absence persistante d’une véritable comptabilité analytique, outil pourtant élémentaire pour piloter une entreprise de cette taille. (*)
[L'ensemble de documents et vidéos ci-après vont, selon nos informations, être bien évidemment tous adressés au juge d'instruction en charge du dossier pénal ]
(*)

De l’autre, devant les sénateurs, tout devient soudain limpide : non seulement cette comptabilité existerait, mais elle serait “bien sûr” en place, presque exemplaire. À ce niveau de décalage, on ne parle plus de divergence d’analyse, mais de réalité alternative. (¤)
(¤)
Le contraste est d’autant plus frappant que Delphine Ernotte et ses collaborateurs semblent naviguer entre deux lignes de défense incompatibles.
Première ligne : reconnaître implicitement les lacunes, en évoquant une comptabilité “perfectible”, “complexe”, ou encore en cours d’amélioration.
Deuxième ligne : affirmer sans ciller que tout est déjà opérationnel. Autrement dit, tout irait bien… mais pourrait aller mieux… parce que, précisément, tout ne va pas si bien.
Même flottement chez Christian Vion (#), qui explique que sans comptabilité analytique, l’entreprise ne pourrait tout simplement pas fonctionner — argument imparable, sauf qu’il contredit frontalement les observations répétées des corps de contrôle.
(#)
Faut-il croire que la Cour des comptes, l’IGF et les autorités de tutelle se trompent collectivement depuis près de dix ans ?
Faut-il brandir des chiffres d'un soi-disant rapport d'une officine pro-Ernotte depuis le 1er parachutage pour discréditer ces deux instances de contrôle et tenter de ridiculiser le rapporteur ?
Ou bien redéfinir opportunément le terme de “comptabilité analytique” pour qu’il arrive à recouvrir à peu près n’importe quoi ?
Le rapporteur Charles Alloncle, a mis le doigt là où cela dérange, n'en déplaise à ses détracteurs qui répètent en boucle "audiovisuel public fort" tout comme ils le souhaiteraient pour la SNCF étant pourtant obligés de constater que les trains n'arrivent pas forcément toujours à l'heure !!
De deux choses l'une,
si cette comptabilité existe réellement, pourquoi n’a-t-elle jamais permis de
produire des comptes exploitables par métier, comme demandé depuis
2015 ?
Pourquoi ces données,
censées être disponibles, semblent-elles toujours manquer lorsqu’il s’agit de
rendre des comptes précis ?
À force de répondre à côté, l’impression qui domine n’est plus celle d’une complexité technique, mais d’un refus persistant de transparence.
Seulement voilà, les mots d'Ajari dans la décision de mai 2025 de l'Arcom de reparachuter Ernotte, en invoquant — ironie suprême — l’engagement à mettre en place une “comptabilité analytique performante”, sont sans équivoque (^)
(^)

L’engagement, quel engagement alors ? Il faut revoir l'échange entre Ernotte et Charles Alloncle qui porte justement sur cette comptabilité analytique (un outil de suivi détaillé des coûts par activité, souvent critiqué comme insuffisant ou absent par la commission et la Cour des comptes) qui reprend en somme les termes de la décision de l'Arcom (^) de ne pas l’avoir mise en place efficacement, malgré des promesses antérieures d’Ernotte (dès 2015 et en 2020).
Ernotte lui répondra de manière ferme et agacée à ces critiques récurrentes, affirmant explicitement qu’il y a (déjà) longtemps qu’une comptabilité analytique existe à France Télévisions (elle évoque souvent « depuis au moins 2015 » ou « pendant au moins 9 ans », en soulignant que l’outil est en place, même s’il peut être amélioré, contrairement à ce que suggère Alloncle). (µ)
Dix ans après les premières injonctions, on en est encore aux promesses. La continuité, en effet, est parfaitement assurée...y compris celle des insuffisances.
Elle accusera même par le suite le rapporteur d’un « procédé manipulatoire » en mélangeant les chiffres ou en ignorant les éléments déjà fournis.
(µ)
Ce qui se joue ici
dépasse la simple querelle technique. Une entreprise publique financée par
l’argent des contribuables affirme maîtriser ses coûts sans être capable d’en
démontrer précisément l’affectation.
Elle parle
d’optimisation, mais reste incapable d’isoler clairement ses dépenses. Elle
invoque la transparence, tout en produisant des réponses évasives dès que les
questions deviennent concrètes.
À ce stade, le problème n’est plus seulement comptable. Il est politique. Car derrière ces contradictions se dessine une pratique bien rodée : transformer des obligations de résultats en déclarations d’intention, et des constats d’échec en simples “axes d’amélioration”. Une langue de bois bien lisse, parfaitement calibrée, qui permet de traverser les auditions sans jamais répondre au fond.
Reste une question, simple et brutale : combien de temps encore cette dissonance entre discours et réalité pourra-t-elle être soutenue sans entamer définitivement la crédibilité de ceux qui la portent ?
Chacun se souvient de l'adresse de l'ex-Orange au député du Calvados lors de la dernière séance de la commission d'enquête. « Vous nous rappelez tous les quatre matins qu’il ne faut pas parjurer » lançait-elle à l’adresse de Charles Alloncle et de Patrier-Leitus le 8 avril dernier.
En résumé :
D’un côté, la Cour des comptes, année après année, et Nacer Meddah lui-même devant les parlementaires, assènent la vérité brute : il n’existe pas de véritable comptabilité analytique capable d’isoler les coûts par métier, par programme ou par poste. Un outil basique, indispensable pour une entreprise de plusieurs milliards d’euros financée par la redevance et l’impôt. Absent depuis plus de dix ans.
De l’autre, Delphine Ernotte et son directeur général adjoint Christian Vion jurent, la main sur le cœur, que cette comptabilité existe bel et bien, qu’elle est « bien sûr » en place, opérationnelle, et qu’on ne pourrait même pas faire tourner la maison sans elle. Mieux : Ernotte promet depuis 2015 (devant le CSA, puis l’Arcom) de la « mettre en place »… comme si elle n’existait pas encore. Vion enfonce le clou : sans elle, c’est l’impossibilité technique.
Enfin Martin Ajdari, en tant que président de l’Arcom, a reconduit l'intéressée en s’appuyant précisément sur ces promesses d’« engagement » à mettre en place une « comptabilité analytique performante ».
Quant à Nacer Meddah, il vient confirmer froidement devant la commission d’enquête qu’il n’y a pas de vrai outil analytique. Contradiction totale avec le discours lisse tenu par la direction de France Télévisions.
En droit, les témoignages se contredisent frontalement sur un fait objectif, vérifiable, central pour le contrôle de l’argent public. En droit pénal, quand plusieurs responsables auditionnés sous serment (ou devant une commission parlementaire dont les travaux peuvent déboucher sur des suites judiciaires) racontent des versions incompatibles sur le même point, cela ne s’appelle plus une « divergence d’appréciation ».
Cela s’appelle un mensonge collectif, potentiellement constitutif de faux témoignage et de parjure quand prononcées sous serment, de présentation de comptes inexacts ou d’entrave aux contrôles.
Ce n’est plus de la mauvaise gestion. C’est une culture de l’opacité délibérée, financée par des milliards d’euros de contribuables. On promet, on reconduit, on lisse le discours (« perfectible », « en cours d’amélioration », « engagement fort »), et surtout on évite de rendre des comptes précis par métier. Pourquoi ? Parce que isoler les coûts réels révélerait probablement l’ampleur des gaspillages, des salaires déconnectés, des erreurs stratégiques et des affectations douteuses.
Les auditions parlementaires sont censées éclairer. Ici, elles révèlent surtout le niveau de contorsion verbale nécessaire pour masquer l’évidence : France Télévisions pilote à vue, sans véritable tableau de bord, tout en prétendant le contraire avec aplomb.
Martin Ajdari, en sa qualité de régulateur, avait le devoir de ne pas se contenter de belles promesses. Il a choisi de le faire. Ernotte et Vion ont choisi de nier ou d’édulcorer la réalité pointée par la Cour des comptes. Meddah a dit, sobrement, ce que les rapports disent depuis des années.
À ce stade, la question n’est plus technique. Elle est pénale et politique.
Combien de temps encore cette dissonance organisée entre discours fallacieux et réalité comptable pourra-t-elle tenir avant que la justice ne s’intéresse de très près à ces contradictions ? Car en matière de fonds publics, quand les responsables se contredisent aussi nettement, la mise en examen de tous les protagonistes n’est pas une hypothèse farfelue. C’est souvent la suite logique.
Le contribuable, lui, attend toujours les comptes clairs. Et commence à trouver que la note est salée pour un spectacle aussi médiocre.
Il l'a d'ailleurs démontrer en explosant tous les compteurs hier pour l'émission spéciale sur CNews. Le grand reportage inédit « Charles Alloncle seul contre tous », consacré à la commission d’enquête sur l’audiovisuel public et à son rapporteur, a réalisé un carton pour une chaîne d’info. Il a rassemblé 583 000 téléspectateurs, soit 3,4 % de part d’audience (PDA).
CNews s’est ainsi imposée comme large leader des chaînes d’information sur cette tranche horaire. À titre de comparaison, le même créneau sur France 2 (Envoyé spécial) n'a a attiré que 1,137 million de spectateurs, tandis que le reportage de CNews s’est montré très proche de Complément d’enquête sur France 2 (581 000).
L'incroyable performance de l’émission suivie d’un débat dans le cadre de 100 % Politique, montre que les Français ne sont pas disposés - mais alors pas du tout - à ce que certains bien pensant du monde de l'entre-soi, empêchent la publication du rapport !










