Dati va devoir attendre…
Grande nouvelle pour tous ceux qui croyaient encore que la justice française était un truc un peu sérieux : Rachida Dati, ancienne garde des Sceaux, ancienne ministre de la Culture, actuelle maire du 7ᵉ arrondissement et bientôt prévenue pour corruption et trafic d’influence, a demandé à réintégrer la magistrature. Pourtant, le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), toujours prompt à l’humour, a décidé d’examiner son dossier… après son procès.
Oui, vous avez bien lu. On ne va pas juger de l’adéquation du profil avant de savoir si la candidate est éventuellement condamnée pour des faits de corruption. On préfère attendre. Histoire de garder un peu de suspense. Comme dans une série Netflix : « Saison 1 : le procès. Saison 2 : est-ce qu’on la remet dans le corps judiciaire ? Spoiler : on verra bien. »
Rappel des faits pour ceux qui ont raté les épisodes précédents. Rachida Dati n’a plus exercé la moindre fonction de juge ou de procureur depuis le début des années 2000 (parquet d’Évry, pour ceux qui collectionnent les souvenirs). Vingt-six ans d’absence. Pendant ce temps, elle a fait un peu de politique, un peu d’avocate, un peu de Parlement européen, et un peu de convention de rémunération forfaitaire avec une filiale de Renault qui lui a rapporté 900 000 euros. Travail d’avocate « tout à fait légal », assure-t-elle. Les juges, eux, diront ce qu’ils en pensent à partir du 16 septembre.
Et voilà que, à quelques jours de se retrouver du mauvais côté du prétoire, elle demande à réintégrer. Le ministère de la Justice, toujours aussi subtil, lui propose un poste de premier substitut en administration centrale, chargée de mission à la Délégation des affaires européennes et internationales. Pas en juridiction, rassurez-vous. On ne va pas la mettre à juger des voleurs de scooters pendant qu’elle est elle-même jugée. Non. On la mettra à s’occuper de l’Europe. Parce que rien ne dit mieux « impartialité » qu’une ancienne eurodéputée qui se retrouve à nouveau dans les affaires européennes… après avoir été poursuivie pour son travail d’influence auprès des institutions européennes.
Le CSM, quant à lui, a choisi la prudence. « Pas avant fin septembre, début octobre. » Traduction : on regarde d’abord si le tribunal correctionnel de Paris la condamne, et après on se demande si son profil est adapté. Génial. Imaginez le même raisonnement pour un chirurgien : « On le laisse opérer, et on verra bien si le patient survit avant de décider s’il est compétent. »
Bien sûr, tout est « de droit ». La réintégration d’un magistrat en disponibilité est de droit. Le ministère le répète comme un mantra. Comme si le droit était une machine automatique qui se fiche complètement du contexte, de l’image, de la crédibilité et du message envoyé au commun des mortels. « Madame Dati a sollicité sa réintégration comme magistrate, comme elle en a le droit. » Point final. Le droit, c’est le droit. Même si le timing fait tousser la moitié des magistrats et l’autre moitié des citoyens.
Et si elle est condamnée ? Pas de panique. On pourra toujours ouvrir une procédure disciplinaire plus tard. Après tout, pourquoi anticiper ? Pourquoi se poser la question de l’intégrité, de la probité et de la dignité avant de lui redonner la toge ? Non, on préfère le scénario en deux temps : d’abord le procès, ensuite l’examen de la candidature. C’est plus chic. Plus français.
En résumé : une femme qui n’a plus touché un dossier judiciaire depuis un quart de siècle, qui doit répondre de corruption dans une affaire de lobbying européen, se voit proposer de revenir dans la maison Justice… pour s’occuper des affaires européennes. Et on attend le verdict pour savoir si c’est une bonne idée.
La magistrature française peut dormir tranquille. Ou pas…
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