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lundi 18 mai 2026

Affaire France Télévisions : l’exigence de responsabilité impose les départs de Martin Ajdari, Delphine Ernotte et de tous ceux qui ont couvert ces faits.

Affaire France Télévisions : l’exigence de responsabilité impose les départs de Martin Ajdari, Delphine Ernotte et de tous ceux qui ont couvert ces faits.

Les révélations publiées par La Lettre sur la gestion d’une affaire de harcèlement et d’agressions sexuelles présumées au sein de France Télévisions ne peuvent rester sans conséquences politiques, administratives et morales. 

À travers le signalement effectué par le député Charles Alloncle après l’audition de Martin Ajdari devant la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, c’est toute une culture de l’omerta qui ressurgit. (*)

Selon l’article, les faits se sont déroulés sur le plateau de l’émission Ce soir (ou jamais !) de Frédéric Taddeï. Une assistante de production aurait alerté sa hiérarchie après des comportements graves imputés à deux salariés de la production envers de jeunes femmes présentes dans le public. 

(*)

Au lieu d’une protection exemplaire de la victime présumée et d’une sanction claire des auteurs mis en cause, l’affaire aurait débouché sur un rappel à l’ordre visant celle qui, modèle d'intégration puisqu'issue de la Diversité, avait signalé les faits puis sur la non-reconduction de ses contrats alors qu’elle était enceinte de plus de 5 mois.

Plus grave encore : la HALDE, devenue depuis le Défenseur des droits, avait reconnu en 2011 une discrimination liée au sexe et à la grossesse. 

Malgré cela, un protocole transactionnel assorti d’une clause de confidentialité aurait été signé en 2013 au nom de France Télévisions par Martin Ajdari, alors directeur général aux ressources humaines et secrétaire général du groupe.

Dans n’importe quelle démocratie exigeante, de telles révélations imposaient immédiatement une clarification publique complète. Or, ce dossier donne l’impression d’un système ayant privilégié la protection de l’institution à celle des victimes présumées, la discrétion à la transparence, et la sauvegarde des carrières dirigeantes à la recherche de vérité.


Martin Ajdari ne peut rester en fonction. Même si "à sa connaissance" [la formule consacrée en commission d'enquête]  il dit ne pas se souvenir  précisement des faits à l’époque, son nom apparaît aujourd’hui au cœur d’un dispositif administratif qui aurait permis d’étouffer un scandale au lieu d’y répondre avec rigueur. 

Lorsqu’on dirige ou qu’on aspire à diriger des institutions publiques, la responsabilité ne se limite pas à la culpabilité pénale : elle est aussi morale et politique. Le doute sur l’intégrité de la gestion d’un tel dossier suffit à rendre impossible le maintien à la tête d’une autorité aussi stratégique que l’audiovisuel public.


Mais la question dépasse son seul cas.

Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, ne peut continuer à incarner une entreprise qui prétend défendre des valeurs d’exemplarité, de protection des femmes et de lutte contre les violences sexistes si toute la lumière n’est pas faite sur les pratiques passées et sur ceux qui les ont couvertes. 

Elle en évidemment connaissance et elle se devaient de réagir après les questions posées par le rapporteur à Ajdari lors de la commission d'enquête.

Elle devait comme elle l'avait annoncé devant les élus du CSE Central, diligenter une enquête après les révélations de La lettre (l'Indépendance en matière d'information) sur la facture de 112 123 € pour le Majestic de Cannes dont elle avait affirmé qu'elle était fausse tout en indiquant chercher le corbeau.


Après avoir chanté sur tous les toits la responsabilité de la transparence, de la coopération totale avec les autorités et du renouvellement profond d’une culture managériale qui semble avoir longtemps préféré le silence à la vérité, Elle n’a rien fait…Elle avait été moins regardante quand il s’était agi de virer les trois journalistes sportifs pour de supposés griefs que la justice a balayé d’un revers de main.

Elle aurait pu également passer un coup de fil à Martin Ajdari...mais elle n’allait quand même pas s’en prendre à celui qui organisait son troisième parachutage à l’été de l’année dernière !

Il faut aussi que tous ceux qui, au sein de la chaîne hiérarchique, savaient — ou ne pouvaient ignorer — ce qui s’était produit rendent des comptes. Cadres dirigeants, responsables RH, encadrement éditorial, producteurs, soient débarqués. Personne ne peut se retrancher derrière la dilution des responsabilités. 

Une institution publique financée par les contribuables ne peut fonctionner sur la logique du « tout le monde savait mais personne n’a rien vu ».


Cette consternante affaire pose une question essentielle : combien de victimes potentielles ont renoncé à parler en voyant ce qui arrivait à celles qui osaient dénoncer ? Combien de carrières ont été brisées par peur du scandale ?

Le service public audiovisuel ne retrouvera sa crédibilité qu’à une condition : rompre définitivement avec toute culture de protection des puissants. Cela passe par des démissions à la hauteur de la gravité des faits rapportés avant même que l'enquête judiciaire établisse le degré d'implications au niveau de la chaîne des responsabilités.

L’époque où les institutions pouvaient étouffer ce type d’affaires derrière des accords confidentiels doit prendre fin.

(*) Martin Ajdari (président de l’Arcom, ancien dirigeant de France Télévisions) a bien été interrogé par Charles Alloncle (rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public) sur ces sujets.

Concernant le protocole lié à l’affaire de l’employée (souvent désignée comme « Madame J. » ou Mme J., ancienne salariée de France TV Studios / ex-MFP), licenciée en 2010 alors qu’elle était enceinte :

Le rapporteur l’avait interrogé sur ce protocole transactionnel (indemnisation d’environ 50 000 € en échange du silence, sans reconnaissance de faute), signé par Ajdari à l’époque où il était en responsabilité à France Télévisions.

Ajdari avait répondu qu’il ne se souvenait pas précisément de ce dossier et n’avait pas connaissance de tels faits (notamment concernant des agressions sexuelles ou harcèlement couverts par ce type d’accord- Rappelons qu'une transaction ne peut servir à couvrir des délits !)

La formule consacré en l'espèce « pas à ma connaissance » correspond d'ailleurs à plusieurs réponses de Martin Ajdari qu'il s'agisse des auditions devant ladite commission (notamment en novembre 2025 et avril 2026) et de la Représentation nationale, notamment concernant les protocoles de silence, les affaires de harcèlement/agression ou d’autres questions sensibles (conflits d’intérêts, etc.) 

Ces échanges ont eu lieu dans le cadre de la commission d’enquête parlementaire sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public. Charles Alloncle a particulièrement mis en avant ce dossier « Madame J. » (discrimination grossesse reconnue par le Défenseur des droits, protocole de confidentialité) comme exemple de pratiques problématiques. Ajdari a minimisé ou dit ne pas se souvenir.

Quant Delphine Ernotte, lors de sa deuxième audition le 8 avril dernier, face aux révélations tardives sur des  faits évoqués également par Jacques Cardoze, elle a demandé explicitement au rapporteur les éléments pour agir : « Transmettez-moi les noms ! Transmettez-moi les faits ! Saisissez-moi ! ».

Hallucinant…

Ernotte a réaffirmé sa ligne zéro tolérance pour le harcèlement ou les agressions sexuelles/morales, tout en contestant le manque de preuves ou d’éléments concrets transmis à ce stade devant la commission.

Concernant une enquête interne, elle a déclaré : « S’il y a des gens à France Télévisions qui sont concernés par cette affaire, ça m’importe. C’est ma responsabilité » et a demandé à Alloncle de lui fournir les éléments qui lui permettraient d’ouvrir une enquête. (leparisien.fr)

L’État actionnaire doit réagir sans délai et exiger ces départs, au risque d'un incroyable déni de Démocratie  en piétinant encore un peu plus les valeurs qui la fondent.

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