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mardi 17 mars 2026

Qui prend Sébastien Lecornu pour un bleu et la commission d'enquête pour une bande de gobe-mouches zélés ?

Qui prend Sébastien Lecornu pour un bleu et la commission d'enquête pour une bande de gobe-mouches zélés ? 

Une bonne partie de la réponse se trouve dans le panégyrique de cour publié hier lundi 16 mars 2026 qui reprend mot pour mot la communication officielle de France Télévisions après le conseil d’administration qui a approuvé les comptes 2025 et le budget rectificatif 2026 : "perte d’exploitation « de gestion » de -22,7 M€ (arrondie à « près de 23 M€ »), plan d’économies « inédit » de 150 M€ pour revenir à l’équilibre en 2026, lettre à Sébastien Lecornu promettant 2,3 M€ d’économies sur les missions + division par deux des taxis + arrêt des véhicules de fonction, etc."

Dans les deux cas, l'organiste et son singe, entendent faire danser le Premier ministre et la Représentation nationale sur le refrain du tube de Thierry Pastor "T′as rien compris...Tant de folie, c′est pas fini".  C'est d'ailleurs la pique satirique qui circule dans certains cercles critiques (médias, réseaux sociaux, opposants politiques) face à l'échange récent entre l'ex-Orange et le Chef du gouvernement.

Bref rappel:

Concrètement :  

- Fin janvier 2026, Sébastien Lecornu qui place son propos dans le cadre de « la transparence et la rigueur budgétaire pour tout le monde »envoie une lettre assez ferme à Delphine Ernotte dans  laquelle il demande un « effort supplémentaire exceptionnel » de 15M€ sur la dotation publique, en insistant notamment sur la maîtrise des frais de fonctionnement (taxis, véhicules de fonction, missions, etc.), en se basant sur le rapport alarmant de la Cour des comptes qui parle de situation « critique » pouvant déboucher sur une "dissolution de l'entreprise" : déficits accumulés, gabegie en tous genres, etc.).

- Mi-mars 2026 (lettre du 13 mars révélée par La Tribune Dimanche), Ernotte semble lui répondre avec comme d'habitude une propagande que plus personne ne gobe ou pour le moins ne devrait gober. Elle chante que le CA a voté un budget rectificatif intégrant les -15 M€, détaille de supposées économies symboliques (division par 2 des taxis, -2,3 M€ sur les frais de mission, -20 % sur la pub promo, etc.), et promet le retour à l'équilibre en 2026 (c'est-à-dire dans 9 mois tout au plus !? Le ton est du genre : « OK, va coller  à vos demandes mais sans tout révolutionner »

Le sarcasme est palpable avec cette réponse de pure façade.  « Tu veux de la transparence ? Tiens, regarde comme on est vertueux maintenant… mais ça va bien maintenant. Tu ne touche pas au cœur du réacteur (chasse gardée !) ».Diviser les taxis par 2 ou rogner 2-3 M€ sur les missions, c'est du cosmétique pour calmer le jeu, surtout après les polémiques récentes sur les taxis chers et les véhicules de fonction.  Les économies annoncées sont minuscules par rapport au budget global de France Télé (plus de 3 milliards) et aux critiques structurelles de la Cour des comptes.  

Le récit est trompeur (et c’est le moins qu’on puisse dire) quand on le confronte aux documents officiels comme le rapport de la Cour des comptes (23 septembre 2025, exercices 2017-2024), les comptes consolidés FTV groupe vs "comptes sociaux de la SA" et les auditions de la "commission d’enquête parlementaire" (mars 2026). 

Le blog CGC Média propose ci-après le démantèlement, point par point, du fallacieux argumentaire:

1. Le chiffre de perte affiché (« près de 23 M€ ») est encore un artifice comptable (le terme utilisé dans le dernier rapport Arcom)

- France Télévisions communique uniquement sur le « résultat d’exploitation de gestion » consolidé 2025 : "-22,7 M€" (supposément amélioré vs le budget rectificatif qui prévoyait -57,7 M€). Résultat net consolidé : -30,8 M€. Probablement ce que l'infirmière TV claironne depuis une décennie comme étant  l'« équilibre », excluant ou « lissant » certaines charges via le crédit d’impôt, les filiales, les exceptions (JO 2024), etc.

- La réalité SA (France Télévisions société anonyme, l’entité qui reçoit l’essentiel des dotations publiques) est tout autre : les déficits sont massifs. La Cour des comptes le dit noir sur blanc :

- Le cumul des déficits nets pour 2017-2024 : s'il s'affiche à -81,56 M€ sur les comptes  consolidés du groupe, il est bien pour FTV SA? de -256,05 M€ et de près de -290 M€ en 2026.

- Cumul déficits d’exploitation : -51 M€ (groupe) vs -376 M€ (SA).

- La commission d’enquête parlementaire (réunion n°45, mars 2026) les confirme lorsqu'elle évoque explicitement  l’entité SA : « L’entreprise France Télévisions SA est, quant à elle, extrêmement déficitaire : -256 millions en 2024, -290 millions en 2025 ».

La SA creuse un trou de plusieurs centaines de millions pendant que la direction baratine avec une  « perte de 23 M€ » seulement...tout ça sans compter les 3 emprunts à devoir rembourser (près de 70M€) ! 

 2. Le plan « 150 M€ d’économies inédites » pour l’équilibre 2026 est un message au Premier ministre qui ignore donc les alertes officielles

Dans sa lettre à Sébastien Lecornu (13-14 mars 2026), Ernotte affirme que le budget rectificatif 2026 (intégrant une baisse supplémentaire de 15 M€ de dotation) « assurera le retour à l’équilibre dès 2026 » grâce à un effort de "150 M€" + mesures symboliques (taxis, missions, voitures de fonction). Ben voyons !!

- Cour des comptes (sept. 2025) : situation « critique » et « non soutenable sans réformes structurelles majeures ». Capitaux propres tombés à 179 M€ (de 294 M€ en 2017 et autour des 100M€ à présent). Sans intervention de l’État avant fin 2026, "risque de dissolution" (capitaux propres < moitié du capital social). "Le budget 2025 était déjà en déficit net de -40M€". 

- L’Inspection générale des finances(IGF rapport 2024) avait déjà alerté sur un besoin de financement de 200 M€ d’ici 2028 et exigé une « culture de l’efficience » absente, une vraie productivité et une réforme du cadre social.

Les 150 M€ + les 2-3 M€ de taxis ne suffisent absolument pas à combler le trou structurel de la SA (-256 M€ cumulé en 2024, -290 M€ en 2025 selon le Parlement). C’est du « grand n’importe quoi » face aux audits indépendants.

3. La « transparence financière » est sélective et cosmétique

- Le texte du titre de presse publié hier, ne fait que reprendre toujours en écho, le narratif ernottien.  Le pseudo détail des 743 producteurs avec dans le "Top 10" (Mediawan en tête 12,8 % de l'enveloppe globale des contenus, Banijay, Together Média, etc.), le chiffre de répartition (locale 23 %, création française 19 %, info 335 M€, etc.), celui des frais de structure « seulement » 125 M€ avec le salaire d'Ernotte (qui dépasse les 400 k€ chaque année)  … ne sont malheureusement que la grotesque vitrine d'une boutique vide !

- La Cour des comptes et le Parlement pointent les vrais problèmes : rigidités sociales, surcoûts personnels, absence de polyvalence, investissements numériques insuffisants, et surtout le déficit réel de la SA que cette pathétique com' continue de cacher.

- Budget cité « 2,86 Md€ l’an dernier » : c’est une année « normalisée » sans JO. En réalité, chiffre d’affaires consolidé 2024 = 3,3 Md€ (dont 2,6 Md€ publics).

Conclusion

France Télévisions choisit de ne publier que le « résultat de gestion » consolidé, histoire de faire croire au Premier ministre et à ses services qu'elle "aurait compris le message" alors que chacun sait qu'en lui racontant avec le renfort d'un des très fidèles quotidiens, les soi-disant 150 M€ d’économies + quelques taxis ne suffiront jamais à « l’équilibre 2026 », alors que :

- la Cour des comptes qualifiait  de '"situation critique avec des comptes extrêmement dégradés à  la SA avec risque de dissolution" ;

- la Commission parlementaire confirmait la SA "extrêmement déficitaire à -256 M€ (2024) puis -290 M€ (2025)" ;

- et l’IGF qui voilà deux ans, exigeait déjà des réformes bien plus profondes.

Le texte est donc « bidon » au sens où il présente une version édulcorée, déconnectée des audits officiels qui se succèdent.  C’est précisément ce que la Cour et le Parlement dénoncent depuis des années : une communication qui masque la réalité de la SA derrière les chiffres consolidés. 

Cerise sur le gâteau, la CGC de l'Audiovisuel qui reste aujourd'hui à France Télévisions, la seule organisation syndicale à pourvoir attaquer en Justice la dénonciation illégale de l'accord d'entreprise, lance dans les jours qui viennent sa pétition pour savoir si les salariés veulent détricoter leur couverture sociale et conventionnel pour que certains puissent continuer de se remplir les poches ! 

Vous la débarquez quand ? En attendant les nouvelles fables de la Cour de l'État dans l'État qu'elle vous sert à longueur de temps ! Louis XIV avait bien fait arrêté Nicolas Fouquet pour péculat et crime de lèse-majesté, en septembre 1661 !


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