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mardi 30 juin 2026

Jupiter ou le crépuscule d’un Dieu satisfait de son règne dont la presse frontalière s'amuse.

Jupiter ou le crépuscule d’un Dieu satisfait de son règne dont la presse frontalière s'amuse.

Ô France, terre de Voltaire et de Zola, regarde ce  Dieu romain qui, sentant venir la fin de son règne, préfère convoquer des écrivains et des influenceurs plutôt que d’affronter la presse qui ne lui serait pas si favorable !  Le plus savoureux concernant ces récits oniriques à venir, c’est dans un media suisse, la RTS, que l’on « découvre » cette manœuvre avec des airs de scoop scandalisé. Comme si personne n’avait rien vu venir.

Pourtant, le blog CGC Medias avait déjà éventé la mèche il y a des semaines, dans un papier consacré précisément à cette précieuse Legacy. Pendant que les médias mainstream dormaient ou faisaient semblant de ne rien voir, le blog syndical avait eu vent du processus :  obsédé par sa postérité le numéro un de l’Olympe verrouille le récit comme d’autres verrouillent les frontières. Il aura donc fallu attendre qu’une radio helvète relaie Le Monde pour en savoir plus sur cette envolée lyrique !

L’information ne devient vérité que lorsqu’elle est validée par les bons canaux parisiens (il serait probablement léger de les qualifier d’indépendants, il en reste si peu ! ) ou, à défaut, par nos voisins suisses.

C’est beau, n’est-ce pas ? Au lieu de répondre aux journalistes, faire appel à de grandes plumes pour qu’elles lui tissent une couronne de lauriers littéraires - faut-il encore les trouver ! - serait donc le le moyen d’accéder à la postérité ?! Cette Legacy, comme c’est le terme consacré en bon français d’anglophile proclamé (ce qui d’ailleurs signifie: héritage…rien que ça !) 

Pendant que les Français comptent leurs factures, leurs impôts et les promesses non tenues, il faut se préoccuper de la manière dont les historiens le raconteront. Obsédé par sa trace comme un adolescent qui relirait son journal intime en se trouvant formidable. « Écrivez-moi, chers auteurs, que je suis profond, visionnaire, européen jusqu’au bout des ongles ! » Pendant ce temps, les journalistes, ces gêneurs professionnels, restent à distance respectable. On ne les interpelle pas. On ne les laisse pas approcher. Trop fermés, trop terre-à-terre, trop à la hauteur du réel.

Quelle élégance démocratique ! Quelle modernité ! Celui qui voulait « casser les codes » finit par réinventer le narratif de cour, version XXIe siècle. Mitterrand se prenait pour un écrivain, Sarkozy avait Yasmina Reza, Hollande ses BD. Lui va plus loin : il remplace purement et simplement les journalistes par des romanciers admiratifs. C’est plus chic. Ça sent moins le contredit et la question qui fâche. Un écrivain, ça s’émeut devant le « dynamisme olympien », ça décrit les coulisses du pouvoir avec des phrases alambiquées et ça oublie poliment la couleur des gilets qui se sont rebellés, les retraites, le pouvoir d’achat en berne, les banlieues qui flambent, une dette qui explose et une ex-Orange qui pendant presqu’onze ans, aura été sa Melpomene d’opérette. 

Le plus ironique ? Cette info qui circule d’abord via le blog CGC Média puis via Le Monde et à présent la Suisse, montre à quel point Jupiter a réussi à fragmenter le paysage : même les révélations sur sa méfiance des journalistes passent par des circuits détournés. Il snobe la presse française quotidienne, et c’est un média étranger qui popularise le scandale. Parfait symbole d’un pouvoir qui fuit le débat national pour mieux se mirer dans les yeux de courtisans sélectionnés.

Roland Cayrol l’a dit sans fard : sur le plan intérieur, c’est « un échec total ». L’économie libérée ? Les forces vives réveillées ? Le chômage terrassé ? Ben voyons !

Le bilan est maigre, terne, décevant. Alors on convoque Emmanuel Carrère au G7, on fait poser Tibo InShape(*) , on organise le storytelling comme un défilé de mode. Parce que la réalité, c’est vulgaire. La réalité vote mal. La réalité pose des questions embarrassantes.

Ce  dédain affiché pour la presse n’est pas une anecdote. C’est un symptôme. Notre Zeus romain n’aime pas franchement les journalistes, en tout cas ceux qui le contestent ou lui résiste. Il n’aime pas qu’on lui rappelle que le roi est nu, ou du moins très mal habillé. Il veut des hagiographes, pas des chroniqueurs. Des admirateurs, pas des témoins. Des plumes bienveillantes qui transformeront ses échecs en « complexité du moment » et ses errements en « hauteur de vue ».

(*) 

https://youtu.be/TdzEhvqjtTM?is=83Ps2L_IZngbdPZq

Et le plus grave ? Cette stratégie risque d’instaurer un précédent dangereux. Demain, un autre président – de droite, de gauche, peu importe – fera pareil. On remplacera les journalistes par des YouTubers, des rappeurs ou des romanciers maison. La presse libre deviendra optionnelle. Le récit, officiel tout simplement ! La démocratie se transformera en vaste exercice de communication où seuls les flatteurs auront droit de cité.

L’an prochain, il va devoir laisser place…il ne voudrait tout de même pas choisir le suivant ?! Qu’il épargne au Français le récit d’une décennie : celui du grand homme qui, face à son bilan loin des promesses, choisit d’enrober la réalité pour mieux se faire encenser par des littérateurs. Et surtout, qu’on arrête de faire comme si c’était une surprise. La Legacy était déjà éventée. Reste juste l’odeur.

La France mérite mieux...Elle mérite des comptes pas des contes…avec une dette de 3500 milliards d’euro, ça semble indispensable ! Des réponses, pas des romans. Des journalistes libres, pas des courtisans à particule.

Le crépuscule d’un règne se fait rarement en beauté. Celui-ci, au moins, aura eu le mérite de la franchise involontaire : même Jupiter doit comprendre que son histoire, racontée favorablement, ne sent pas très bon. D’où les écrivains…mais les Français ont une bonne mémoire et même en 2032, ils se souviendront.

Pauvre Legacy.​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​

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