Le lion Sauveur qui attend son Chaos…
Un Lion, las du poids de sa couronne usée,
Déclara qu’il quittait la forêt pour un temps.
« J’ai trop servi, dit-il, ma force est épuisée,
Je vais prendre un peu d’air loin des rugissements. »
Il se retira donc chez un riche Marchand
Qui tenait mille affaires et mille réseaux fins.
Là, dans un antre doré, loin du peuple grondant,
Il dormait sur des soies, buvait des vins divins.
Goûtait aux douceurs d’un repos presque véniel,
Espérant un retour en tous points, cérémoniel.
Pendant ce temps, dans la forêt qu’il avait laissée,
Les loups se disputaient, les renards pillaient tout,
Les arbres dépérissaient, la source tarissait,
Et le gibier, affamé, hurlait de partout.
Quelques bêtes, épuisées, murmuraient dans leurs terriers :
« Comme il nous manque, lui qui savait si bien parler !
Quand il reviendra, tout ira mieux, c’est certain,
Il saura nous sauver du désordre humain. »
Le Lion, de son perchoir, observait en silence
Le chaos s’installer, grossir, s’envenimer.
Il souriait parfois, l’œil brillant d’espérance :
« Plus la forêt souffrira, plus on viendra me prier. »
Cinq années passèrent. La forêt n’était plus
Qu’un champ de ronces, de dettes et de fureurs.
Alors le Lion sortit, majestueux, instruit,
Et dit d’une voix grave : « Me voici, sauveurs ! »
Les bêtes, à genoux, l’acclamèrent en chœur :
« Toi seul peux nous guérir, toi qui reviens si pur ! »
Et le Lion, modeste, accepta le fardeau
Qu’il avait su laisser mûrir à point, bien sûr.
Morale
Gardez-vous, pauvres gens, de ceux qui savent partir
Au moment opportun, pour mieux revenir.
Ils souhaitent que désordre et ruine s'installent,
Afin qu’on les supplie de remonter sur leur piédestal.
Le vrai sauveur est rare ; le plus souvent, c’est l’autre
Pas celui qui attend que tout brûle pour jouer les apôtres.

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