France Info, ce samedi 22 août, a décidé de nous offrir non pas un portrait, mais une vraie messe basse à la gloire de Mathilde Panot.
Pendant plusieurs minutes, sur les ondes du service public, la présidente du groupe LFI a eu droit à un traitement digne d’une sainte laïque en campagne de canonisation anticipée.
« Hyperbosseuse, ferme, combative, implacable. »
« Rien ne lui fait peur ! » (Jean-Luc Mélenchon, en personne, qui vient poser la couronne).
Jusqu’à la journaliste de Libération qui dans un élan de lyrisme emprunté au quotidien, nous précise même qu’elle « bastonne sévère ».
Charmant. On est dans le registre du tract de section, pas de l’information.
Quand il s’agit de ses adversaires, le reportage devient soudain plus sélectif. On ne nous montre pas des responsables politiques qui contestent sa ligne, sa stratégie ou ses outrances. Non. On nous montre deux députés – l’un macroniste, l’autre RN – qui l’ont traitée de « poissonnière » et qui ont été sanctionnés pour cela.
Voilà le procédé : réduire toute opposition à de vulgaires insultes sexistes. Ainsi, la critique argumentée disparaît. Il ne reste que des hommes grossiers. Pratique. Propre. Totalement orienté.
Comme si ce n’était pas assez, Mathilde Panot elle-même peut expliquer ces critiques par le sexisme : « Si j’étais un homme, on dirait de moi que je suis un tribun. » Aucune contradiction. Aucune mise en perspective. Silence radio.
Puis vient le récit édifiant.
Enfance « tranquille », souvenirs « très chouettes », prise de conscience à Sciences Po, dix ans à « lutter contre la misère » dans le monde associatif. Puis la formule magique : « Vider la mer avec sa cuillère, c’est fatigant… »
La construction narrative est limpide, presque scolaire : petite fille heureuse → découverte des injustices → colère vertueuse → entrée en politique pour « que ça change vraiment ».
On dirait un conte moral pour militants de base.
Ce qui est absent, en revanche, est éloquent.
Aucune controverse.
Aucune déclaration polémique.
Aucune critique de la stratégie de conflictualisation permanente de LFI.
Aucun contradicteur extérieur.
Ses qualités sont chantées par ses camarades et par Mélenchon.
Son engagement est raconté par elle-même.
Ses motivations sont présentées comme purement altruistes.
Ses adversaires n’existent que sous forme d’insultes.
France Info, radio du service public, soumise théoriquement à des exigences de pluralisme, d’honnêteté et de rigueur, a validé et diffusé ce récit univoque.
Quand toutes les aspérités d’une personnalité politique s’effacent au profit d’un portrait aussi lisse et valorisant, on n’est plus dans le journalisme.
On est dans la communication politique.
Dans la promotion.
Dans l’hagiographie.
Le service public n’a pas fait un portrait.
Il a fait une offrande.
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