Franck Riester
va-t-il doubler Emmanuel Macron en faisant passer dans son dos un décret alors
que la loi audiovisuelle n’est même pas discutée ?
C’est
à l’été 2018 qu’un simple communiqué des services du Premier ministre, Édouard
Philippe, annonce que France Télévisions va supprimer deux des chaines
de la TNT : France 4 et France Ô.
Édouard
Philippe qui
assurait dans son communiqué que « cette suppression se ferait au profit
d’un renforcement des médias publics ultramarins et d’un portail numérique
enrichi ».
Ben voyons !
« La
représentation des territoires et des habitants ultramarins doit trouver sa
juste place au sein de l’audiovisuel public, non pas à la périphérie - comme
c’est le cas aujourd’hui à travers la chaîne France Ô dont l’audience reste
encore trop confidentielle, mais par une intégration au sein de la
programmation de l’ensemble des autres chaînes de France Télévisions » ajoutait le communiqué.
Françoise Nyssen, l’éphémère ministre de la Culture
chasseuse d’hommes blancs de + de 50 ans avec sa pote Ernotte, est jetée
dans l’arène quelques minutes avant une rencontre avec la Presse pour
chanter la même chanson.
Ce n’est donc en aucun cas la loi qui a supprimé France 4 et France
Ô.
Les
décisions ont été prises par Édouard Philippe qui va charger France Riester de
les porter alors qu’elles n’ont jamais été ni débattues, ni adoptées par
les parlementaires.
Franck Riester qui selon toute vraisemblance ne devrait
pas faire de vieux os au gouvernement, veut-il tenter de prendre tout le monde
de vitesse…histoire de coller au calendrier d’Ernotte qui veut deux ans de
plus pour casser totalement la télé publique.
Le13 décembre 2019 en pleine réforme de retraites, Riester va saisir
officiellement le CSA pour un avis relatif à un projet de décret
portant modification du cahier des charges de la société nationale de programme
France Télévisions.
L’Autorité
de régulation ainsi saisie va rendre un avis – l’avis n° 2020-02 du 5 février 2020 (*ci-après) – qu’il indique publier au Journal Officiel
où Roch-Olivier Maistre « prend acte » – que peut-il
faire d’autres ? – mais rappelle que le « Conseil
sera vigilant quant à la mise en œuvre des divers textes »
Hallucinant !
Riester
demande un avis sur des décisions qui ne font l’objet d’aucune loi mais sont
celles du Premier ministre candidat au Havre quand Riester l’est à Coulommiers
et relève qu’à la suite de l'annonce de cette
décision le 19 juillet 2018, la société France Télévisions a pourtant engagé
la réorganisation de son offre de programmes…là encore sans que le
Parlement ait voté quoi que ce soit !
Le CSA ne s’arrêtera pas là. Il va jusqu’à écrire « Le Conseil sera
vigilant quant à la mise en œuvre de ce texte, notamment dans le
cadre de sa participation au comité de suivi du Pacte pour la visibilité des
outre-mer signé le 11 juillet 2019 [à savoir le saupoudrage
de programmes ultramarins sur France 3,
ndlr] afin que la réalité et la diversité des outre-mer soient pleinement
reflétées dans les offres de France Télévisions »
Enfin et c’est du lourd, le Conseil sur un point comme l’accessibilité aux
programmes « rappelle que l'amélioration de
l'accessibilité, en quantité et en qualité, est essentielle à la citoyenneté
et la cohésion sociale, y compris sur les offres délinéarisées du groupe
public. »
Autrement dit « les programmes télé touchant tout le monde et
devant être accessibles à l’ensemble des citoyens », ce n’est pas un
simple décret que tenterait de faire passer Riester sur une modification
du cahier des charges qui fixerait ce que la loi devrait être et ce avant
que le Législateur en soit saisi !
Il est totalement
anormal que de telles décisions -suppression de deux chaînes à destination de
deux publics aussi importants que sont les enfants et les ultramarins - puissent
faire l’objet d’un simple décret et ne relèvent pas de la loi.
Il est totalement
anormal qu’un décret puisse organiser l’inaccessibilité d’une partie des
programmes sur une partie du territoire sans que cela n’émeuve l’Exécutif.
Dès lors,
il est totalement anormal que des décisions aussi importantes comme la suppression de deux chaînes,
soient effectuées juste avant le vote de la loi.
Il est grand
qu’Emmanuel Macron mette un terme à tous ces tripatouillages d'arrière-cusine qui ne servent
qu’à mettre à mal la République !
(*)
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Conseil supérieur de l'audiovisuel
Avis n° 2020-02 du 5 février 2020
relatif à un projet de décret portant modification du cahier des charges de la
société nationale de programme France Télévisions
Le Conseil supérieur de l'audiovisuel,
Vu la loi n° 86-1067 du 30 septembre
1986 modifiée relative à la liberté de communication, notamment ses articles 9
et 48 ;
Vu le décret n° 2009-796 du 23 juin 2009
fixant le cahier des charges de la société nationale de programme France
Télévisions;
Vu le décret n° 2010-747 du 2 juillet
2010 relatif à la contribution à la production d'œuvres cinématographiques et
audiovisuelles des services de télévision diffusés par voie hertzienne
terrestre ;
Vu la saisine du ministre de la culture du 13 décembre 2019;
Après en avoir délibéré le 5 février
2020,
Émet l'avis suivant:
Concernant l'arrêt du service de
télévision France 4
Le Conseil prend acte de la décision du
Gouvernement de mettre fin à la diffusion de France 4 à compter du 9 août 2020.
Il relève qu'à la suite de l'annonce de cette décision le 19 juillet
2018, la société France Télévisions a engagé la réorganisation de son offre de
programmes à destination de la jeunesse, notamment en lançant en décembre
2019le service Okoo.
Dans un contexte marqué par une
concurrence accrue, notamment de la part de nouvelles offres numériques
proposées par des acteurs extra-européens, le Conseil tient à souligner la
responsabilité particulière qui incombe au service public à 1' égard des
enfants et adolescents. Elle doit se traduire par des offres variées en termes
de genres, de formats et de thèmes abordés et ne peut se limiter, notamment
pour les plus jeunes, à des services numériques délinéarisés.
Il insiste également sur le rôle
essentiel joué par France Télévisions dans l'exposition et le financement des
œuvres d'animation, en particulier d'expression originale française, ainsi que
dans la structuration et la santé économique d'une filière dont la créativité
et l'excellence sont reconnues dans le monde entier. Il souligne la
contribution significative de la chaîne France 4 à ce rôle, en particulier
depuis le recentrage de sa ligne éditoriale sur la jeunesse en 2017.
Le Conseil considère donc, d'une part,
que le groupe public doit continuer à assurer l'accès du plus grand nombre à
une offre de programmes destinés à la jeunesse riche et diversifiée et, d'autre
part, que l'arrêt de France 4 ne doit pas se faire au détriment de l'industrie
française de l'animation. S'il relève que le projet de décret prévoit
d'affirmer le rôle de France 5 dans la diffusion des programmes destinés à la
jeunesse, il appelle l'attention du Gouvernement sur la nécessité
d'apporter d'autres garanties répondant à ces préoccupations.
Il prend note, à ce titre, des récentes
déclarations publiques de la présidente de France Télévisions relatives au
niveau d'investissement du groupe dans la production d'animation et au volume
de diffusion d'animation sur les chaînes diffusées en TNT.
Le Conseil suggère par ailleurs que la
liste des services soumis aux obligations de contribution au développement de
la production cinématographique inscrite à l'article 9 du cahier des charges,
telle que modifiée par le projet de décret en raison de l'arrêt du service
France 4, ne soit pas circonscrite aux seules chaînes France 2 et France 3 mais
fasse plus généralement référence à toute chaîne répondant aux critères
d'assujettissement prévus par le décret n° 2010-747 du 2 juillet 2010.
Concernant l'arrêt du service de
télévision France Ô
Le Conseil prend acte de l'arrêt de la
diffusion de France Ô à compter du 9 août 2020.
Il souligne l'importance des engagements
pris par France Télévisions dans le Pacte pour la visibilité des outre-mer
signé le 11 juillet 2019 et salue la reprise de plusieurs de ces engagements
dans le cahier des charges.
Le Conseil sera vigilant quant à la mise
en œuvre de ce texte, notamment dans le cadre de sa participation au comité de
suivi du Pacte, afin que la réalité et la diversité des outre-mer soient
pleinement reflétées dans les offres de France Télévisions.
Il se réjouit par ailleurs de la
fixation dans le cahier des charges de la définition précise d'un programme
ultramarin facilitant ainsi le suivi des obligations confié au Conseil.
Concernant les émissions musicales
Le Conseil constate avec satisfaction
que le projet de décret prévoit d'étendre à l'ensemble des services de France
Télévisions l'objectif d'exposer toutes les formes d'expression de la musique vivante.
Concernant les programmes sportifs
Le Conseil se réjouit de l'introduction,
dans le cahier des charges, d'une obligation visant à assurer un équilibre dans
la représentation du sport féminin et du sport masculin et une juste
représentation du handisport.
Concernant la télévision de rattrapage
Le Conseil note avec satisfaction la
proposition du Gouvernement de supprimer, à l'article 22 du cahier des charges
relatif aux services de médias audiovisuels à la demande, 1' exclusion des
œuvres cinématographiques du périmètre des programmes susceptibles d'être
proposés en télévision de rattrapage.
Il appelle une nouvelle fois de ses vœux
la conclusion des discussions engagées de longue date sur ce point avec les
professionnels du cinéma à l'initiative de France Télévisions.
Concernant la nouvelle rédaction de
l'article 38 du cahier des charges relatif à l'accès des programmes aux
personnes handicapées
Le Conseil se réjouit de l'insertion de
dispositions relatives à l'accessibilité des programmes dans le projet de
décret modifiant le cahier des charges de France Télévisions. Il rappelle que
l'amélioration de l'accessibilité, en quantité et en qualité, est essentielle à
la citoyenneté et la cohésion sociale, y compris sur les offres délinéarisées
du groupe public.
Le Conseil considère toutefois que la
proposition de nouvelle rédaction de l'article 38 pourrait être clarifiée pour
éviter toute ambiguïté. En effet, elle laisse à penser qu'une «attention
particulière» est attendue des chaînes de France Télévisions en matière
d'accessibilité. Or, à l'exception de franceinfo:, qui est en réalité le seul
destinataire de cette disposition, les programmes d'information sur les chaînes
de France Télévisions doivent déjà être accessibles par sous-titrage ou langue
des signes française.
Le Conseil propose donc de préciser dans
cet article, d'une part, que les chaînes de France Télévisions (hors
franceinfo:) rendent accessibles l'ensemble de leurs programmes (hors
dérogations prévues telles que les programmes régionaux) et, d'autre part, que
franceinfo: porte une attention particulière à l'accessibilité des programmes
d'information.
Par ailleurs, le Conseil estime que
l'article pourrait utilement être complété par une référence à la nécessité de
veiller tout particulièrement à la qualité de l'accessibilité.
Enfin, le Conseil suggère que le 3ème
alinéa de l'article 38 soit repoussé en fin d'article afin de le mettre en
facteur commun aux précédentes dispositions car, dans tous les cas, le
développement d'une concertation étroite avec les associations représentatives des
personnes handicapées est à encourager.
Le présent avis sera publié au Journal officiel.
Fait à Paris, le 5 février 2020
Pour le Conseil supérieur de l'audiovisuel
Le président
R-O. MAISTRE