Quand une ministre de la
Culture donne des leçons de démocratie à un parlementaire : vive la séparation des
pouvoirs.
Ah, la France d’une décennie :
vertueuse en paroles, complice en pratique » ! À
peine nommée rue de Valois, Catherine Pégard, nouvelle ministre de la
Culture, se précipite sur France Inter pour régler son compte à Charles
Alloncle, rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel
public.
« Il y a des
moments où les bornes sont dépassées », lâche-t-elle avec ce petit ton de dame patronnesse qui sent le
mépris de caste à plein nez. Des bornes ? Quelles bornes, madame la ministre
?
Celles
que l’Exécutif a discrètement franchies en envoyant un membre du gouvernement
critiquer, par médias interposés, les travaux d’une commission d’enquête de
l’Assemblée nationale ?
Il convient de rappeler à cette
ex du château (de Versailles, celui-là) qu’il
existe une petite
subtilité constitutionnelle que l’on semble avoir oubliée au sommet de l’État :
l’exécutif et le législatif sont distincts.
Beaucoup depuis 10 ans semblent
l’avoir totalement oublié et un nombre grandissant de celles et ceux qui devraient
l’avoir toujours en tête mais aussi en être les garants, se demande même de quoi l’on parle !
C’est le cas de Catherine
Pégard qui a donné sa première grande interview comme ministre sur France
Inter, hier lundi 30 mars 2026 et qui ne doit donc plus trop s’en souvenir…Elle
a commencé par critiquer la manière dont la commission est conduite avec
cette histoire de « bornes qui auraient été
dépassées dans la manière de mener les débats » et regrettant les
« invectives » qui ne font pas « gagner la démocratie ». Elle a
également attaqué CNews dans la foulée.
Séparés.
Indépendants, madame la nouvelle…En théorie comme en pratique car c’est l’un
des fondements essentiels de notre Constitution.
Un député, même UDR,
même pugnace, même agaçant pour les bien-pensants du Service public, n’est pas
un subordonné de la ministre. Il enquête au nom des
Français, sur l’argent de leurs impôts, sur
ces « gabegies abyssales » que la Cour des comptes elle-même a pointées du
doigt.
N’en
déplaise à Catherine Pégard la
représentante du gouvernement qui vient lui faire la morale comme une
directrice d’école sermonne un élève turbulent.
Hallucinant...
L’arrière-pensée est si
transparente qu’elle en devient comique. On sent la panique à l’idée que le
rapport Alloncle sorte, que les auditions musclées révèlent au grand jour les
petits arrangements, les copinages, les gaspillages et les dérives militantes
d’un audiovisuel public qui se prend pour le bras armé idéologique du Pouvoir.
Alors on envoie
la nouvelle ministre, fraîchement débarquée, tenter de jouer les pompiers de
service. Pas de loi sur le holding tout de suite, pas de vagues, surtout pas de
lumière crue sur les coulisses du système. On
préfère invectiver le messager plutôt que de regarder le message en face.
Il faut continuer de salir Charles
Alloncle déjà accusé par quelques bien-pensants souvent affairistes qui
lui ont déjà d’être reproché d’être un «
inquisiteur » ou un « maccarthyste » alors qu’il ne fait que son travail d’enquêteur
comme le nom de la commission l’indique.
« Sommes-nous encore en démocratie ? », se demande aujourd’hui une très large majorité de Français ou
assistons-nous, impuissants depuis le règne du « en même temps »,
à la lente déliquescence d’un régime où l’Exécutif dicte au Législatif ce qu’il
a le droit d’enquêter et sur quel ton ?
Où une ministre issue du
sérail macronien ose faire la leçon à un parlementaire sous couvert d’une
formule tout aussi bidon que moralisatrice « ça ne fait pas
gagner la démocratie » ?
Peut-être
est-il temps de changer d’air avant de changer d’ère. Parce que respirer encore
longtemps cette atmosphère étouffante de copinage, de pressions feutrées et de
leçons de morale venues d’en haut, ça finit par asphyxier tout le monde. Même
les plus patients.

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