Deux motions de défiance, zéro remise en cause : à France Télés les salariés ne réclament plus d'explications, ils exigent le départ d'Ernotte.
Il se murmure un peu partout dans l’entreprise que l’ex Orange est prête à sacrifier son ex-primo dircab pour sauver sa tête et pouvoir continuer ses courbettes. Il suffit de regarder le dernier documentaire d’OFF INVESTIGATIONS (*) signé Gauthier Mesnier et intitulé «Macron.tv : France Télévisions au garde-à-vous » pour comprendre que pour les salariés la coupe a débordé. Après les bobards enchaînés devant la commission d'enquête « La dame du Majestic » à l’évidence aux abois, elle vient d'essuyer une deuxième motion de défiance.
1. La première. Celle qui donne le ton.. En 2017, deux ans après son parachutage à la tête de France Télévisions (en 2015), les Sociétés des journalistes (SDJ) des rédactions nationales (France 2, France 3, franceinfo…) organisent un vote.
La question posée était essentiellement : « Faites-vous confiance à Delphine Ernotte pour préserver la qualité et les moyens de l’information ? »
Résultat : la motion de défiance était adoptée à 84 % des voix (avec un taux de participation d’environ 69 %).
Contexte : les journalistes dénonçaient un plan d’économies important pour 2018 (suppressions de postes, réduction de moyens dans l’information) et déjà, une réforme plus large de l’audiovisuel public préparée par le gouvernement de l’époque.
Ce vote symboliquement fort, marquait un important désaveu public envers sa méconnaissance de l'entreprise et surtout ses méthodes méprisantes face au personnel.
2. La plus récente. La plus écrasante.
Adoptée hier (dimanche 12 avril 2026) par les journalistes de France 3 Île-de-France, elle en laisse aucune place au doute.
Résultat : adoptée à 93 % des voix (sur une soixantaine de journalistes de l’antenne régionale).
Le contexte est lourd : une grève engagée depuis depuis le 2 mars 2026.
Sur le fond, les griefs sont clairs et convergents :
Une forte dégradation de leurs outils de travail (plateau trop petit, problèmes techniques perturbant les JT, etc.)
Une baisse des moyens techniques.
Des inquiétudes sur la ligne éditoriale et l’avenir de l’antenne régionale au sein du réseau France 3.
En plus d'Ernotte, la motion visait explicitement deux autres personnes : Yolaine Poletti-Duflo (directrice régionale de France 3 Île-de-France) et Christophe Poullain (directeur du réseau France 3).
En résumé :
- 2017 → motion nationale (84 %) liée à des économies et à la réforme de l’audiovisuel public.
- 2026 → motion locale à France 3 Île-de-France (93 %) liée à des problèmes concrets de moyens et de conditions de travail après plus d’un mois de grève.
Ces motions sont symptomatiques. Elles ne traduisent pas seulement une défiance des journalistes mais un ras-le-bol généralisé: celui des salariés qui n'en peuvent plus d'une propagande servie en continu, au bénéfice d'un entre-soi qu'ils rejettent désormais frontalement..
Balthazar est fin observateur : il regarde, il décrypte et commente avec une précision redoutables.
Notre rusé renard à qui le blog CGC Média donne la parole, avait d'ailleurs affûté son analyse après la présentation faux chiffres assénés sous serment en réponse à une question de Charles Alloncle qui ne faisait pourtant que relayer les rapports de la Cour des comptes (2016 et 2025)
La voici:
Le graphique publié par France TV est un pathétique bidonnage. Il manque 23,2 M€ en 2022, 30,5M€ en 2023 et 55,5M€ en 2024 par rapport aux chiffres de la Cour des Comptes. (*)
(*) La manipulation comptable de France TV consiste probablement à ne pas tenir compte du concours supplémentaire de l'État de 22,5M€ en 2022 puis de soustraire la compensation de la taxe sur les salaires en 2023 et 2024 car ce montant "serait reversé immédiatement à l'Etat" — comme pour toute entreprise privée, comme publique.
En sus, l'explication de l'ex-Orange à l'adresse du rapporteur, quasiment insultantes "Vous bonfondez tout...le Chiffre d'Affaires est composé de la dotation de l'Etat et des recettes publicitaires" : le tableau n°21 dans le rapport de la Cour des comptes (p.65) indique un taux de rentabilité de la régie entre 1,6% et 2,8% et une ponction de 15M€ en 2022 puis 12M€ en 2023 et 2024. On peut supposer que cette présentation erronée vise à minimiser 2023 (écart de 8M€).
Les comptes 2025 n'ont été approuvés par le Conseil d’administration que le 13 mars 2026. Seuls les résultats consolidés sont publics via un communication de France Télévisions : ils indiquent un chiffre d’affaires en baisse de 130 M€, un résultat d’exploitation de gestion à -22,7 M€ et un résultat net à -30,8 M€, avec des économies sur les coûts d’antenne et les frais généraux, mais sans aucun détail par vraiment par fournisseurs ou prestataires.

Les vrais chiffres pas ceux de FTV
Un rapport pour comprendre ? Non, pour couvrir. Soyons clairs. Ce document n’a pas été écrit pour analyser. Il a été écrit pour tenter de protéger.
Commandé par la gouvernance de France Télévisions à NPA qui l'encense depuis plus de 10 ans, puis présenté devant la commission d’enquête sur l’audiovisuel public comme une analyse indépendante, il installe en réalité un récit orienté, conçu pour induire en erreur les parlementaires sur l’état réel de la situation.
Brandi comme une preuve de sérieux, ce rapport n’est rien d’autre qu’un habillage technique dans un contexte politique chaotique : Des consultants payés par le système…pour expliquer que le système doit continuer.
On a connu démonstrations plus honnêtes. Ledit rapport s’appuie sur les chiffres de France Télévisions elle-même. What else ?
Quand on imagine raconter une histoire propre, il faut évite d’aller chercher les chiffres qui salissent or les données publiées par France Télévisions sous-estiment les concours publics par rapport au tableau n°21 du rapport de la Cour des comptes :
- 23,2 M€ en 2022
- 30,5 M€ en 2023
- 55,5 M€ en 2024
Ces écarts interrogent sur les méthodes de présentation retenues avec des chiffres différents de ce qu’ils sont. C’est sur cette base allégée que NPA construit son raisonnement.
Une des explications avancées repose sur le traitement de certains flux, notamment le concours exceptionnel de l’État en 2022 (22,5 M€), ainsi que la neutralisation de la compensation de la taxe sur les salaires en 2023 et 2024, considérée comme immédiatement reversée. D'autre part, l’explication selon laquelle le chiffre d’affaires reposait uniquement sur la dotation de l’État et les recettes publicitaires apparaît partielle.
Ces éléments suggèrent que certaines composantes ont pu être sous-évaluées dans la présentation globale. Enfin, les projections pour 2025 et 2026 ne permettent pas, à ce stade, de vérification indépendante.
Ce n’est pas un oubli. C’est une méthode. Comment est-il possible de s'autoproclamer "acteur influent de l’économie" et se tromper dans une comparaison aussi simple ?
En outre, le récit de Matthieu Pigasse (@MPigasse) reprenant les éléments de langage de Delphine Ernotte, consistant à comparer un coût par habitant de France Télévisions avec un coût par foyer pour Canal+ c'est du vent. La comparaison est trompeuse.
Démonstration.
En se limitant à France Télévisions (hors Radio France, INA, etc.), et en raisonnant sur les foyers réellement exposés — environ 9 millions de foyers, soit près de 30 % d’audience moyenne sur les foyers équipés TV — pour un coût de 2 568 M€, on obtient un coût d’environ 285 € par foyer et par an. Soit un niveau peu éloigné d'un abonnement à Canal+ autour de 30€/mois.
À une différence près. Canal+ est un abonnement que l’on choisit. France Télévisions est un financement que l’on supporte.
Et surtout :
l’un peut être résilié à tout moment,
l’autre s’impose, indépendamment de l’usage réel.
Ce type de comparaison ne relève pas de l’approximation. Il participe à installer une lecture biaisée de la réalité économique.
Ensuite Netflix : l’arnaque élégante. Comparer 4,2 € d’audiovisuel public à Netflix, il fallait oser.
D’un côté : tu paies quoi qu’il arrive.
De l’autre : tu choisis, tu pars, tu reviens.
Une supercherie parmi d'autres ! Parce que l’objectif n’est pas d’être juste. L’objectif est d’être plausible… juste assez.
Pendant ce temps :
France Télévisions est sous le seuil légal depuis 2021 et l'est toujours quoi que chante l'ex-Orange et ses supporters. Quatre ans que la situation est connue. Dans un environnement privé, une telle situation conduirait à des mesures beaucoup plus radicales.
Quatre années après le franchissement du seuil et on ampute le capital social de -150M€ qui ne suffisent pas de toute façon. Les ordres de grandeur sont sans ambiguïté :
→ Capital social : 424,7 M€
→ Seuil légal (moitié) : 212,4 M€
→ Capitaux propres fin 2024 : 179 M€
→ Projection fin 2025 : ~139 M€
→ Projection fin 2026 : ~100 M€
L’écart se creusant d’environ 40 M€ par an.
Une entreprise privée dans cet état ? On ne lui écrit pas un rapport. On ouvre un dossier et on en tire les conséquences: France Télévisions est bien face au mur juridique. Ce n’est pas une opinion; C’est un cadre légal.
L’article L. 225-248 du Code de commerce prévoit que lorsque les capitaux propres d’une société anonyme deviennent inférieurs à la moitié du capital social, l’actionnaire dispose d’un délai de deux ans pour régulariser la situation. À défaut, une procédure de dissolution peut être engagée.
Les ordres de grandeur sont sans ambiguïté :
→ Capital social : 424,7 M€
→ Seuil légal (moitié) : 212,4 M€
→ Capitaux propres fin 2024 : 179 M€
→ Projection fin 2025 : ~139 M€
→ Projection fin 2026 : ~100 M€
L’écart se creuse d’environ 40 M€ par an.
En conclusion : la gouvernance est reconduite, les mécanismes restent inchangés et les équilibres continuent de se dégrader....La réalité multiverse !
Le rapport parle d’efforts mais depuis 10 ans, FTV a perdu 2 300 postes alors que la masse salariale est roche du milliard. Traduction : on a coupé en bas… et on sanctuarise le reste.
Et le reste dont plus personne ne parle vraiment
- 169 directeurs ? disparus
- comptes illisibles ? évacués
- 46 M€ de frais ? oubliés
- circuits opaques ? invisibles
Ce n’est pas une analyse. C’est une sélection. On ne cache pas tout. On retire simplement ce qui dérange...avec un but : surtout que rien ne change.
Quant aux conclusions du doc' NPA : il faut plus de moyens. Toujours. Qui en aurait douté ?
Moins de structure, non ! Moins de couches, non ! Moins de dépenses absurdes, non ! Moins d'externalisations, non !
Plus d’argent pour un modèle empilé, illisible et surtout jamais évalué sérieusement, Oui !
En conclusion :
- des chiffres choisis
- des angles morts organisés
- des sujets évités
Ce n’est pas de la transparence. C’est une mise en scène. Une vitrine nettoyée. Une arrière-boutique soigneusement dissimulée.
Ce rapport n’est pas un accident. C’est un outil. Un document conçu pour essayer d'enjoliver, de justifier et éviter les vraies questions avec comme objectif, maintenir l’illusion que tout est sous contrôle
Ce système ne dérape pas, il est organisé pour durer ainsi. Le plus incroyable dans tout ça, ce n’est pas que ce rapport ait été commandé. C’est qu’il ait pu être présenté devant la commission d’enquête…espérant bien masquer ce que dix années de dérives ont fini par produire : des chiffres qui ne décrivent plus un incident, mais une trajectoire.
– Cour des comptes, tableau n°21 du rapport sur France Télévisions
– Commission d’enquête sur l’audiovisuel public (auditions)
– Compte X @j_bg, analyse des écarts entre données FTV et Cour des comptes


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