Léa Salamé ou comment éviter les sujets qui fâchent !
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Hier soir, sur le plateau du 20h de France 2, Léa Salamé recevait Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur. Le décor était parfait : feux de forêt, canicule, dispositif XXL pour le 14 Juillet, menace terroriste dix ans après Nice. Du lourd, du concret, de l’actualité brûlante qui a même fait l’objet d’un communiqué de presse, cinq jours avant (*)
Pourtant, au milieu de cet échange policé, un éléphant énorme est resté a traversé le studio sans être vu ou entendu : le projet de loi RIPOST, ce texte sécuritaire qui fait rage à l’Assemblée nationale et sur lequel le ministre lui-même est en première ligne. L’incompréhension pouvait du reste se lire sur le visage du ministre, qui s’attendait à des questions sur cette actualité brillante (sans jeu de mot !)
Raté. Totalement passé à côté…soigneusement évité.
Pendant que les députés s’écharpent depuis des jours sur ce projet – motions de rejet, centaines d’amendements, accusations de « logique répressive » venue de la gauche, surenchère de la droite extrême - rétablissement in extremis par le gouvernement de mesures sur l’anonymisation des policiers, les LAPI étendus, les drones, les visites domiciliaires, la criminalisation des free parties ou l’usage du protoxyde d’azote - Léa Salamé a préféré les feux de forêt et les chiffres de mobilisation.
On ose à peine le dire : c’est un tour de force. Interroger un ministre de l’Intérieur en plein examen parlementaire d’un texte qui divise profondément la représentation nationale, qui soulève des questions lourdes sur l’équilibre entre sécurité et libertés, sur la surveillance de masse et sur l’efficacité réelle de cet « empilement » de mesures, et ne pas en dire un mot ? C’est du journalisme en mode drone d’évitement.
RIPOST n’est pas un texte mineur glissé dans un coin de l’ordre du jour. C’est un arsenal législatif présenté comme la réponse immédiate aux incivilités du quotidien, mais critiqué pour son caractère répressif par une partie de l’opposition, salué (et durci) par l’autre. Le ministre y investit du temps, des amendements, de l’énergie politique. Face à lui, ce fut donc silence radio sur ce projet de loi qui occupe l’hémicycle au même moment.
On nous rejoue la partition classique : on parle des conséquences visibles (les incendies, les rodéos sauvages…), mais on évite soigneusement les outils législatifs que le pouvoir met en place pour les traiter. On évoque la mobilisation des 80 000 policiers et gendarmes, sans jamais demander si les nouvelles prérogatives que RIPOST leur promet (anonymisation, algorithmes, contrôles élargis) changeront vraiment la donne ou si elles risquent, comme le craint la gauche, de grignoter un peu plus les libertés publiques.
Léa Salamé n’est pas la première à pratiquer l’interview sélective mais quand le sujet du jour est précisément la sécurité intérieure, quand le ministre en face est celui qui pilote le texte à l’Assemblée, l’omission devient assourdissante. Ce n’est plus une simple ellipse journalistique, c’est une absence qui parle….encore heureux qu’elle ne lui a pas demandé « et vous ça va » !
Pendant que la gauche de l’hémicycle bataille pied à pied contre ce qu’elle juge être une fuite en avant répressive, que le RN revendique la paternité idéologique de certaines mesures et que la majorité tente de sauver les meubles, sur France 2 à l’heure de grande écoute ? Rien. Le néant poli sur RIPOST.
Cette omission méritait bien une riposte et pourtant….

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