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samedi 15 août 2026

Les journalistes de TV5 Monde résistent à l’influence marocaine »…

Les journalistes de TV5 Monde résistent à l’influence marocaine » (mai-juin 2026).

L’enquête de Blast décrit les tensions internes à TV5 Monde liées à l’entrée en négociation du Maroc comme bailleur de fonds et futur actionnaire de la chaîne francophone. Le royaume s’apprêterait à apporter environ 8 millions d’euros et à prendre une participation comparable à celle de la RTBF belge ou de la RTS suisse (autour de 9,5 % du capital), avec une place au conseil d’administration envisagée pour fin 2026. La France resterait majoritaire (environ 63 %).

Contexte politique et diplomatique

Ce rapprochement s’inscrit dans la réconciliation franco-marocaine scellée lors de la visite d’État d’Emmanuel Macron fin octobre 2024, au cours de laquelle la France a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Kim Younes, directrice générale de TV5 Monde depuis octobre 2024, a accompagné la délégation et a multiplié les contacts avec les autorités marocaines et l’ambassadrice à Paris. Les discussions progressent plus rapidement avec le Maroc (et la Côte d’Ivoire) qu’avec d’autres pays africains francophones initialement envisagés.

Un projet similaire d’élargissement de la gouvernance à plusieurs États d’Afrique subsaharienne, porté par l’ancien directeur Yves Bigot, avait été abandonné face aux craintes liées à la liberté de la presse dans certains de ces pays et à un soutien politique insuffisant.

Signes d’inquiétude dans la rédaction

Plusieurs journalistes de TV5 Monde expriment leur fébrilité. Ils redoutent un glissement de la ligne éditoriale, notamment sur le Sahara occidental, les droits humains et les relations avec l’Algérie. Des reportages sont cités comme illustrant une tonalité particulièrement favorable :

•  Un sujet de mai 2026 sur le port en eau profonde de Dakhla (Sahara occidental administré par le Maroc), qualifié en interne de « limite du publi-reportage ».

•  Une couverture économique récurrente (usine Safran, GITEX Africa, classement de première puissance industrielle africaine selon un rapport de la BAD, etc.).

•  Un magazine Destination francophonie spécial Maroc qui évoque l’Alliance française de Laâyoune en lien avec la reconnaissance française de 2024, sans mentionner le statut de territoire non autonome selon l’ONU.

La direction (Kim Younes et le directeur de l’information Philippe Antoine) affirme que les sujets sont choisis en toute indépendance, que le traitement reste équilibré et que tout futur actionnaire s’engage à respecter la charte éditoriale de TV5 Monde et la charte d’indépendance des journalistes.

L’épisode Thierry Oberlé

L’auteur d’un livre-enquête critique sur Mohamed VI a vu son intervention prévue en direct (environ 10 minutes) transformée en entretien préenregistré et réduit à environ 4 minutes, avec un contradicteur (Frédéric Encel) et des questions jugées « gentilles » par l’intéressé. Des sources internes y voient une opération de « déminage » destinée à ne pas compromettre les négociations. La direction conteste toute pression et présente le format comme une volonté de contradiction.

Autres éléments relevés

•  Recrutements et choix de programmes (dont Les nouveaux boss, qui valorise des entrepreneurs africains, et La grande galerie présentée par Ali Baddou) orientés vers une vision « positive » de l’Afrique et du Maroc.

•  Rôle de certains cadres (notamment Nabil Bouhajra, directeur Maghreb-Orient) dans les relations avec Rabat, et demandes internes de prudence sur les sujets sensibles.

•  Craintes que la chaîne soit perçue à Alger comme alignée sur Rabat.

La rédaction a échangé avec la direction en juin 2026 sur ces sujets. La société des journalistes, affaiblie, n’est plus très active. La direction se dit attachée au dialogue et à l’indépendance éditoriale.

En synthèse

L’article de Blast dresse le portrait d’une rédaction qui se sent prise entre l’indépendance affichée de la chaîne et les enjeux diplomatiques, financiers et d’influence liés à l’arrivée d’un actionnaire marocain. Il documente à la fois les inquiétudes internes, des exemples concrets de couverture jugée indulgente, et les dénégations de la direction. Le Maroc y est présenté comme cherchant une vitrine internationale à un coût relativement modeste, dans un contexte de rivalité régionale avec l’Algérie et de soft power.

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