Le ministère des Affaires étrangères découvre (enfin) la propagande…
Ah, le spectacle est savoureux. Jean-Noël Barrot, chef de la diplomatie française, monte sur ses grands chevaux. Il est « très étonné », « affligé », presque scandalisé. Pourquoi ? Parce que CNews ose encore donner la parole, même en visio, à Xenia Fedorova, cette chroniqueuse russe que la France a expulsée comme une vulgaire propagandiste du Kremlin.
On se pince. Depuis des années, les plateaux français débordent d’experts, d’éditorialistes, de « spécialistes » qui recyclent avec zèle les éléments de langage de Washington, de Bruxelles ou de n’importe quelle ONG financée par George Soros, et là, soudain, le ministre découvre que la liberté éditoriale a des limites. Quelle révélation !
Fedorova est une des « relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes ». Soit. Les faits sont « avérés », clament-ils. Très bien. Mais où étaient ces mêmes gardiens de la pureté informationnelle quand d’autres voix, bien plus influentes, expliquaient avec un aplomb surréaliste que l’inflation n’existait pas, que l’immigration de masse était une chance pure, ou que fermer les yeux sur certains régimes « partenaires » était de la realpolitik ? Silence radio. Là, en revanche, une Russe qui ose contredire le narratif officiel devient une menace existentielle pour « l’ordre public ».
Le plus comique reste la posture indignée : « Pourquoi ouvrir ces studios, ces colonnes… à quelqu’un dont il est avéré qu’il travaille au service de la Russie contre la France et contre l’Union européenne ? » Remplacez « Russie » par n’importe quel autre État ou fondation, et regardez combien de plateaux resteraient vides. La liberté de la presse est sacrée… jusqu’au moment où elle gêne.
CNews, de son côté, joue la carte de la provocation avec un sourire en coin : « Elle reviendra en visio, puisque le gouvernement l’empêche d’être en France. » On voit le tableau. D’un côté, un État qui expulse, gèle les avoirs et s’offusque ensuite que la personne continue d’exister médiatiquement. De l’autre, un groupe Bolloré qui transforme l’interdiction en argument marketing. Les deux camps se renvoient la balle avec un cynisme admirable.
Pendant ce temps, on agite déjà le chiffon rouge de 2027 : attention, la propagande russe pourrait influencer l’élection ! Comme si le débat public français n’était pas déjà saturé d’influences, de pressions, de financements opaques et de petites vérités arrangées venant de partout. Mais non, le vrai danger, c’est une chroniqueuse en visio depuis l’étranger.
Bravo, messieurs. Vous venez d’offrir à Fedorova (et à ceux qui la défendent) la meilleure publicité possible. Rien ne renforce autant une voix que de la déclarer officiellement interdite. Continuez ainsi : chaque indigné ministériel est un coup de projecteur gratuit.
La liberté d’expression, en France, a décidément un parfum très sélectif. Elle est totale… pour ceux qui disent ce que le pouvoir veut entendre. Pour les autres, on sort l’arrêté d’expulsion et le pathos diplomatique.
Affligeant, disiez-vous, monsieur le ministre ? Oui. Mais pas forcément pour les raisons que vous croyez.
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