Patrick Drahi annonce "un plan de
reconquête post Covid" pour Altice ayant "aussi un impact sur les effectifs".
C’est en tout cas ce que nous apprend l’excellent article
signé Marc Baudriller pour Challenges « Altice :
Pourquoi Drahi fait volte-face dans les médias ».
« En quelques
années, depuis l'acquisition et le sauvetage du quotidien Libération, le patron d'Altice Patrick Drahi s'était
constitué un petit empire médiatique en France. Les réductions
d'effectifs annoncées le 19 mai marquent la fin des grandes ambitions de son
groupe dans ce secteur. » écrit le journaliste
qui ajoute «La baisse radicale des revenus publicitaires d'Altice Media confirmée [devrait déboucher sur…ndlr ] " un plan de
reconquête post Covid " qui " aura aussi un impact sur les
effectifs ". Le recours aux intermittents, aux pigistes et
aux consultants sera divisé par deux. Le groupe fera appel aux volontaires et
procèdera à des licenciements contraints si le nombre des volontaires au
départ est insuffisant. L'ampleur de la coupe dans les effectifs de 1600
salariés reste à ce jour inconnue, mais, au vu des précautions pises, la
saignée sera profonde.
L’épidémie de Coronavirus aura bien évidemment fait
des dégâts dans beaucoup de secteur, notamment dans l’audiovisuel avec l’écroulement
des recettes pub qui impactent fortement le secteur. Celles et ceux qui
pensent qu’ils vont pouvoir continuer comme avant se trompent lourdement, à
commencer par l’audiovisuel public vache à lait qu’une poignée de producteurs-amis
imagine continuer de traire sans vergogne jusqu’à l’assèchement des pis !
Rien ne sera effectivement comme avant et le règne de
l’argent roi est à un tournant. Les Français qui ne sont pas à l’abri d’un retour
du virus comme aucun pays au monde ne l’est, vont à l’évidence faire bien plus
attention à leur dépenses qu’avant à commencer par le superflus.
Le blog CGC Média vous propose de découvrir un large
extrait de l’article de Challenges :
« Patrick Drahi va vite, très vite. Le polytechnicien
parti de rien et qui a patiemment monté le réseau Numéricable en France, quand
personne ne croyait plus à cette technologie, brasse désormais des milliards,
pousse ses feux aux Etats-Unis et regarde avec un autre œil le tremplin qui l'a
mené au cœur du marché des télécoms de la première puissance mondiale :
ses activités françaises sont devenues les confettis d'un empire centré
outre-Atlantique.
Le 19 mai, Altice France a mobilisé tout son savoir-faire
en communication pour annoncer " un projet de reconquête et de
transformation, profond et ambitieux ".
Le même jour, le
Pdg d'Altice France et Dg d'Altice Europe Alain Weill, Arthur Dreyfuss, Dg d'Altice
Média France depuis janvier, et Hervé Beroud, Dg délégué d'Altice Média, se
sont exprimés durant une bonne demi-heure en fin d'après-midi via le web devant
les salariés connectés. Ils ont évoqué la baisse radicale des revenus
publicitaires d'Altice Media et confirmé " un plan de reconquête post
Covid " qui " aura aussi un impact sur les
effectifs ". Le recours aux intermittents, aux pigistes et aux
consultants sera divisé par deux. Le groupe fera appel aux volontaires et
procèdera à des licenciements contraints si le nombre des volontaires au départ
est insuffisant. L'ampleur de la coupe dans les effectifs de 1600 salariés
reste à ce jour inconnue, mais, au vu des précautions pises, la saignée sera
profonde.
Deux échecs
dans le sport et les médias
Patrick Drahi annonce pour Altice " un plan de
reconquête post Covid " qui " aura aussi un impact sur les
effectifs ".
Pourquoi une telle
décision ? Les raisons évoquées par Altice sont indéniables :
concurrence des plateformes, nouveaux modes de communication, crise du Covid,
complexité organisationnelle de la branche média NextradioTV, acquise auprès
d'Alain Weill en 2015, mais elles n'expliquent pas tout.
Elles cachent le
revirement stratégique brutal de Patrick Drahi. " Les ambitions de
constituer un grand groupe média en France sont derrière lui, constatait un bon
connaisseur du groupe dès la semaine dernière, avant les annonces d'Altice.
Pour lui, c'est le moment opportun de couper dans les coûts. Ils vont y aller
très dur pendant douze mois, au moment où l'économie est à plat. Après, tout
sera aplani ". Altice Media veut réorganiser ses activités autour de
deux marques, RMC et BFM.
Le
revirement de Drahi tient à deux échecs enregistrés dans le sport et les
médias.
A partir de 2015, en
mettant la main sur les droits de la Premier League anglaise, de la Champion's
League et de l'Europa League, Altice France avait dépensé plus d'un milliard
d'euros en trois ans. Une fortune que le groupe devait rentabiliser grâce à
l'afflux d'abonnements à ses chaines sport et à la vente de ces droits aux
géants français des télécoms. Mais les Français n'ont pas suivi,
les objectifs d'abonnés individuels n'ont pas été atteints. Surtout, la maison
mère de SFR s'est cassée les dents sur la volonté de deux concurrents :
Orange et Free n'ont jamais voulu payer pour pouvoir offrir à leurs abonnés la
chaîne RMC Sport concoctée par Altice et les matchs de foot qu'elle proposait.
Ils n'ont pas voulu favoriser le succès de la stratégie d'un concurrent direct
et ont considéré que cet effort financier n'était pas indispensable au maintien
de leur portefeuille d'abonnés.
L'investissement
colossal d'Altice, qui devait faire la différence, s'est révélé une erreur
stratégique et un gouffre financier. La deuxième
déconvenue est elle aussi liée à Orange et Free. TF1 et M6 ont réussi à obtenir
une rémunération des opérateurs télécoms en échange de la diffusion de leurs
chaînes sur leurs bouquets. Mais, en dépit de tous ses efforts, Altice a échoué
à faire payer Orange et Free pour la diffusion des chaînes d'Altice, BFM TV,
RMC Découvertes ou RMC Story. Concurrencée par CNews, LCI et FranceInfoTV, BFM
TV n'est pas indispensable aux abonnés des télécoms, ont jugé Stéphane Richard
(Orange) et Xavier Niel (Free).
La fin
des ambitions dans le sport
Dès lors, pour Patrick
Drahi, la filiale média doit trouver d'autres moyens de redresser sa
rentabilité. Dans la tête de l'entrepreneur, la barre est élevée. Le chiffre
d'affaires mensuel moyen par abonné à SFR en France (ARPU) atteint environ 30
euros par mois, contre l'équivalent de 120 à 150 euros aux Etats-Unis. En
privé, le patron d'Altice ne cache d'ailleurs pas sa fascination pour le pays
de l'Oncle Sam, dans lequel les affaires lui semblent plus faciles.
En
France, ses objectifs sont précis. " Patrick Drahi a donné une
consigne claire : il ne veut aucune filiale déficitaire ", assure
un dirigeant. Pour faire le ménage et gérer l'impact dans l'opinion et les
médias, Drahi a choisi Arthur Dreyfuss, ancien directeur de la communication
d'Altice et très proche de lui. Alain Weill, qui a patiemment construit le
groupe NextradioTV (BFMTV, RMC…), accompagne la transformation.
Son aura et sa crédibilité sont précieux en interne comme en externe. Récemment,
Altice a dirigé vers la sortie plusieurs dirigeants. Et sabré dans les coûts, en
commençant par le créneau le plus coûteux, le sport. " C'est un repli
complet sur le sport, Drahi n'a plus d'ambitions dans ce secteur ",
assure un ancien.
Les quelque 200
journalistes du service sport, qui alimentent les médias du groupe RMC, RMC
Sport, BFM TV, les sites Internet etc., ne seront pas épargnés. Altice France
n'a plus participé aux récents appels d'offre du football. Il a annoncé l'arrêt
de sa chaîne payante de débats RMC Sport News et l'arrêt progressif des
retransmissions de compétitions d'athlétisme, d'équitation et de tennis. Que
fera Altice des droits de la Ligue des champions que le groupe détient encore
pour un an ? " Si Altice cède les droits à Mediapro et diffuse
sa chaîne, le groupe fera 350 millions d'euros d'économies et cela ne changera
rien pour les abonnés aux offres foot de SFR ", expédie un expert des
médias sportifs. Mais les négociations entre les deux semblent patiner.
Un
élagage sans états d'âme
Pour Altice, ce désengagement des médias est bien entamé.
L'élagage est mené sans états d'âme.
La première coupe a
été réservée à L'Express, affaibli par une perte annuelle de 10 millions
d'euros environ, soit un quart de son chiffre d'affaires. Début 2019, Patrick
Drahi a effacé les dettes du titre et transmis 51% du capital et les rênes de
l'hebdomadaire à Alain Weill, repreneur à titre personnel.
En
début de semaine, Libération, qui a perdu 50 millions d'euros en
cinq ans, prenait lui aussi la voie d'une sortie du périmètre du groupe.
" Il a acheté pour faire plaisir à Hollande, au moment où il a mis la
main sur SFR. Il aura tenu un moment mais il en a marre ", explique
un ancien dirigeant. Renfloué, Libération appartiendra désormais à une
dotation, dégageant l'homme d'affaires, à terme, de ses obligations
financières. Le groupe s'est donc débarrassé de tous ses actifs de presse.
Il a
aussi enterré Altice Studio, qui devait produire des longs métrages. Sous
occupés, les sept studios de " l'avenue des studios ",
inaugurée en grande pompe à la rentrée 2018, seront loués à des entreprises
extérieures. "
Le seul
média qui l'intéresse encore, c'est BFM TV, explique un ancien. C'est la
première chaine d'information en continu, c'est un outil d'influence
fondamental ".
Le marché français a
salué le « plan de reconquête » de NextradioTV. Le cours d’Altice
Europe a progressé de 4,77% le 20 mai après un bond de 9,78% le 18 mai. Les
médias d’Altice France ne sont plus au cœur de la stratégie de Patrick Drahi.
Mais la France elle-même a-t-elle encore un sens pour Citizen Drahi ?
L’homme d’affaire dope-t-il la rentabilité de ses affaires européennes pour les
revendre ? Des questions auxquelles il est désormais difficile d’échapper. »