De quoi s’interroger pour Charles Alloncle qui reprend aujourd’hui la commission d’enquête avec ces perquisitions chez les « Big four ». (¤)
(*)
Il le dit cash dans le
magazine : il n’est l’émissaire de personne (il n’a quasiment
jamais mis les pieds chez Bolloré). Il continuera à poser les questions qui dérangent parce
que les Français en ont ras-le-bol des leçons de morale à géométrie variable et
surtout de ces pactes tacites destinés à faire tout capoter qui se voient comme
le nez au milieu de la figure.
Aurélien Saintoul, député LFI, lorsqu’il était était rapporteur de la commission d’enquête
sur la TNT et CNews, n’a jamais eu aucun
problème, lui.
Il
tweetait à tout va pendant les auditions, posait des questions
ultra-offensives, mettait la pression maximale sur les patrons de médias
privés… et là, personne ne lui coupait la parole, le tançait en permanence, ne venait
lui parler de « dignité », de « tribunal politique » ou de « méthodes façon
CNews ».
La
présidente Yaël Braun-Pivet ne sortait pas, non plus, sur France Inter pour le
rappeler à l’ordre. Curieux, non ?
Deux
poids, deux mesures puissance 10.
Quand on
tape sur le service public et qu’on ose demander des comptes sur 4 milliards
d’euros par an, c’est le scandale absolu.
Quand on
cognait sur les médias privés et Bolloré, c’était l’exercice démocratique
exemplaire.
Alors oui, que la commission
gratte là où ça fait mal, c’est normal ! C’est le rôle d’une commission
d’enquête, non ? On ne va quand même pas reprocher à un rapporteur
d’enquêter !
Comme
écho justement à ces travaux dont une petite coalition de trublions auraient
souhaité l’arrêt pur et simple, le blog CGC Média propose un nouvel axe concernant les centaines de millions
balancés à cette poignée de boites de prod’ amies – surtout du Pouvoir !
– à savoir les contrôle en amont et la transparence dont l’ex-Orange nous
rebat les oreilles mais que personne ne voit réellement.
Dans le cadre des marchés
publics : France Télévisions, société
anonyme au capital public, est soumise au code de la commande publique pour la
majorité de ses achats importants (prestations de production, diffusion,
numérique, prestations intellectuelles, etc.). De ce fait, elle a obligation
légale de vérifications préalables sur les candidats (capacités
techniques/financières, garanties professionnelles, situation fiscale/sociale,
etc.).
Pour les marchés au-dessus de
certains seuils, elle devrait même faire réaliser des sortes d’audit
pré-contractuels avec questionnaires détaillés, parfois visites sur site,
vérifications de références, analyse des bilans, etc...
C’est ce qu’elle chante régulièrement
devant la Représentation nationale, ce qu’elle
a ressassé à la Cour des comptes ou encore garanti plus récemment, devant la
commission d’enquête (son audition de fin 2025 qui a duré 4h30, concernant notamment
sur les contrats de production) ! « France
Télé ne peut pas se permettre de signer avec n’importe qui sans vérifications
sérieuses en amont »
Lors de son premier passage
devant la commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public (10
décembre 2025), Delphine Ernotte a largement évoqué les relations avec les
producteurs indépendants, dont Mediawan (premier
bénéficiaire des commandes de France Télévisions, avec environ 100 M€ par an [selon
elle !] pour des émissions comme « C
à vous », « C dans l'air », etc...)
Elle a défendu
ces partenariats, salué le succès des groupes français comme Mediawan et
Banijay sur le marché international, et minimisé tout risque d'influence
éditoriale (notamment via les actionnaires Xavier Niel, Matthieu Pigasse ou le
fonds KKR).
Mais pas un mot sur actions menées
pour vérifier les dépenses, les emplois, les marges ou les soupçons récurrents
(travail dissimulé, délit de marchandage, etc., comme rapporté par Off
Investigation et Mediapart en 2025) sur Mediawan, le premier producteur et
de loin qui l’invitait d’ailleurs chez Maxim’s après avoir privatisé le resto
pour une grosse fête juste avant son re-parachutage.
Elle même claironné ces principes,
le 15 janvier dernier avec son troisième vœux :
un vœu de transparence.
Verbatim
« Dans une
société de défiance, la rumeur blesse et la polémique abîme. Depuis plusieurs
mois et notamment, avec l’exploitation politicienne qui a été faite du
rapport de la Cour des comptes, nous subissons les
fantasmes les plus divers sur nos modes de fonctionnement, nos coûts, nos
frais. Qu’elle soit portée à bas bruit ou avec de hauts cris, cette humeur
est un poison qui abime tous. Je prends très au sérieux, ces doutes sur notre
fonctionnement et je souhaite y répondre.
Nous sommes un
service public. Nous sommes financés par tous et à ce titre, nous devons
chaque citoyen la pleine et entière, transparence sur l’usage des deniers
publics . Nous coûtons à chaque français 3 euros par jour. Ils sont en droit
de savoir comment cet argent est utilisé et c’est notre devoir de les en
informer. C’est pourquoi nous mettrons à disposition dans les prochaines
semaines, tous les éléments chiffrés qui sont sur les questions qui sont
aujourd’hui posées. Je souhaite que nous soyons au plus standard de
transparence à l’instar de nos voisins, nordiques de l’audiovisuel public. »
Baratin que tout ça…
(¤)
En résumé :
L'information a été révélée en premier par « La Lettre»
(publication toujours très bien renseignée), puis relayée par plusieurs
médias et confirmée par l'Autorité de la concurrence qui a indiqué avoir
mené « des opérations de visite et saisie » (perquisitions)
simultanées dans les locaux français des quatre grands cabinets d'audit (les
Big Four), ainsi que chez certains autres acteurs (notamment Grant Thornton
selon certaines sources).
Le soupçons principaux portent sur des pratiques anticoncurrentielles
/ entente dans le domaine de la certification des rapports de durabilité (issus
de la directive européenne CSRD – Corporate Sustainability Reporting
Directive).
Concrètement, on soupçonne les Big Four d'avoir rapidement mis en
place des pratiques visant à « verrouiller / limiter l'accès » de ce
nouveau marché très juteux aux nouveaux entrants et aux cabinets de conseil
RSE/ESG historiques (plus petits acteurs), afin de garder la mainmise sur ce
segment stratégique.
C'est une opération plutôt rare et très symbolique dans ce secteur
ultra-dominant et très peu contesté jusqu'ici. Pas de détails publics pour
l'instant sur les pratiques précises reprochées (échanges d'informations ? prix
? répartition implicite ? clauses ?...) L'enquête est en cours et les cabinets
concernés n'ont pas fait de commentaire très détaillé.
Au fait, ne
serait-ce pas Deloitte, la
boîte qui audite Mediawan pour FTV dans le cadre de la tant
vantée transparence ernottienne, tout en étant Commissaire
aux comptes du groupe de Capton, Niel et Pigasse?
Voilà un nouvel axe de réflexion pour Charles Alloncle le rapporteur de la commission d'enquête que le président ne manquera sûrement pas de couper, n'y voyant probablement là aucun conflit d’intérêts et rappelant qu'on n'est pas là devant un « tribunal politique » !


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire