Pour une justice au-delà de la procédure : l’affaire des agressions sexuelles à France Télévisions ne se réduit pas à un signalement via l'article 40.
Au lendemain du vote permettant la publication du rapport sur la commission d'enquête sur l'audiovisuel public, son rapporteur a saisi la procureure de la République via l’article 40 du Code de procédure pénale. Il met en lumière des faits de harcèlement et d’agressions sexuelles survenus en 2009 sur le plateau de Ce soir (ou jamais !), ainsi que leur gestion opaque par la direction de France Télévisions.
Il fallait bien essayer de trouver un biais pour parler d'autre chose et éviter que les regards ses portent sur Martin Ajdari le toujours président de l'ARCOM qui a signé ès qualité l'un des 2 protocoles et aurait déjà dû donner sa démission...
Il y a effectivement deux protocoles, signés par deux dirigeants du groupe France Télévisions :
- l'un signé par Martin Ajdari qui moment des faits, agissait bien en en qualité de mandataire social pour la société MFP (filiale de France Télévisions) et a personnellement signé ledit protocole transactionnel. En tant que représentant légal, il était donc pleinement au courant du dossier et de son contexte.
- l'autre a été signé par Arnaud Lesaunier, alors directeur général de MFP et, selon nos information, président du CHSCT.
Ces arrangements ne datent pas d’hier et ne concernent pas qu’un seul dossier. Ils révèlent une gouvernance où l’image du groupe public prime sur la protection des personnes, où l’argent du contribuable a servi à acheter le silence plutôt qu’à sanctionner et prévenir.
Prétendre comme Martin Ajdari qu’il n’était pas au courant ou n’aurait pas participé à la transaction qui l’a conduit à valider de sa main, le protocole transactionnel qui indemnisait une salariée enceinte de presque 6 mois virée « pour en avoir trop vu ou trop dit », est presque une insulte à celle qui avait osé parler.
Essayer d'attirer l'attention ailleurs avec cette ridicule mise en cause du rapporteur dans laquelle les grands inquisiteurs de la probité publique se sont engouffrés, est franchement pathétique.
A commencer par la présidente de l’Assemblée elle-même, Yaël Braun-Pivet, qui a même annoncé avoir saisi le déontologue et qui se fait d'ailleurs copieusement ramasser sur les réseaux sociaux (*), après que Paris Match a balancé les photos d’Alloncle et de sa collaboratrice avec un titre que le magazine a dû changer discrètement, en retirant un mot en particulier, en mode « on n’a rien vu ».
(*)
Les mêmes qui passent leur temps à nous faire la leçon sur l’éthique, la transparence et la « nouvelle gouvernance », se transforment soudain en justiciers sélectifs ! Ce n'est pas le cirque de ces pseudo-moralisateurs qui crient au scandale qui va empêcher les témoignages de se succéder dans le cadre de cette sordide affaire. C'est une étape nécessaire mais ne s'arrêter qu'à la procédure pénale serait une erreur grave.
Le blog CGC Média vous propose de découvrir l'un d'entre eux qui n'a guère besoin de commentaires.
"Je vous adresse ce mail tout d’abord pour vous remercier de nous avoir si bien accueillis sur cette belle émission qu’est Ce soir ou Jamais.
Néanmoins, je souhaiterais vous faire part d’une mésaventure qu’il m’est arrivée après que vous m’ayez placée sur le plateau. Partie aux toilettes, j’ai attendu un moment derrière l’écran géant afin d’aller me replacer le plus discrètement possible.
C’est à ce moment qu’un des assistants réalisateurs, qui portait un casque, est venu vers moi pour engager la conversation. Après quelques blagues salaces, il m’a demandé si j’avais un « mec ». Je lui ai poliment demandé pourquoi il me questionnait à ce propos, et ce dernier m’a répondu, tel quel : « Ben je sais pas, tu baises ou pas, toi ? »
Je suis donc immédiatement partie me replacer, sans rien ajouter.
Lorsque nous avons eu à sortir à nouveau, ce même Monsieur d’une quarantaine d’années s’est frotté à moi de dos, de la même façon que l’aurait fait un garçon de mon âge qui ne contrôlerait plus ses hormones. [pas besoin d'un dessin ! ndlr]
Je me suis sentie profondément humiliée.
JAMAIS on ne s’était comporté ainsi avec moi ou mes amies sur un plateau télévisé, malgré tous ceux auxquels nous avons pu participer.
Dommage que ce genre de technicien détériore l’image de votre chaîne, parce que ce genre de mésaventures finit toujours par se savoir. Est-ce autant dégradant d’assister à votre émission ?..."
Voila donc pour la culture d’étouffement systématique au plus haut niveau
Les responsabilités dépassent le pénal
• Responsabilité managériale : Comment des dirigeants comme Ajdari (mandataire social) et Lesaunier (directeur général et président du CHSCT) ont-ils pu privilégier des protocoles transactionnels au détriment d’enquêtes internes rigoureuses et de sanctions disciplinaires ?
• Culture d’entreprise : Un service public financé par tous doit-il tolérer un climat où les plaintes pour violences sexuelles sont gérées comme des risques communicationnels et surtout, un système où les victimes ou témoins étaient incités à partir avec des indemnités élevées assorties de clauses de confidentialité ?
• Redevabilité publique : Les Français ont le droit de savoir comment leur argent a été utilisé dans ces protocoles et si des carrières ont été protégées au détriment des victimes.
Le signalement judiciaire était donc indispensable et il ne dispense pas d’un débat plus large sur la gouvernance de France Télévisions : transparence totale des accords transactionnels, protection réelle des lanceurs d’alerte, formation et sanctions effectives, et contrôle parlementaire renforcé.
Cette affaire interroge le fonctionnement d’une institution qui se veut exemplaire. Réduire le débat à une simple saisine du Parquet, c’est esquiver les questions structurelles : faut-il continuer à financer sans contrôle renforcé un groupe où de telles pratiques ont pu perdurer ?
La justice doit faire son travail. Exiger la vérité complète, la fin de l’omerta et une réforme profonde du service public qui mérite mieux que celles et ceux de ses représentants ou ex-dirigeants qui sont fautifs et devraient déjà avoir été sanctionnés et démis de leur(s) fonction(s).
C'est un devoir pour la Société et les victimes aussi.


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