Fable de la macronie: le milliardaire et le parlementaire…
Ah, mes aïeux, on respire enfin l’air frais d’une décennie parlementaire finissante dans un régime beaucoup plus régalien (Au sens premier du terme, c’est-à-dire qui appartient au roi) plutôt plus que présidentiel ! Un député de son état ose enquêter sur les juteux contrats signés depuis près de dix ans entre un triumvirat d’hommes d’affaires et le service public ? Crime de lèse-majesté. Immédiatement, la machine se met en branle : filature dans Paris jusqu’au paillasson du domicile, photos volées, diffusion illégale, atteinte à la vie privé. Tout ça orchestré, financé et relayé, selon par les bons soins du seigneur des ondes et des fibres optiques.
De quel droit, en effet ? De quel droit un milliardaire, vexé d’avoir dû rendre quelques comptes, transforme-t-il un élu de la République en gibier ? De quel droit utilise-t-il ses journaux, ses chaînes, ses réseaux, ses avocats et ses sbires pour faire comprendre au vulgaire parlementaire que l’on ne touche pas impunément au coffre-fort privé déguisé en intérêt général ?
On nous rebat les oreilles depuis des années avec « la démocratie est en danger ». Mais laquelle ? Celle des urnes ou celle des portefeuilles ? Apparemment, le vrai danger, c’est le député qui pose des questions gênantes sur les contrats. Le milliardaire, lui, a tous les droits : celui de surveiller, d’intimider, de salir. C’est beau comme une république bananière, version chic et connectée.
Face à un tel scandale, que se passe-t-il au cœur de la chambre haute quand l’un des siens est bassement attaqué ? Silence radio. Il y a peu de temps sa représentante montait au créneau pour défendre l’honneur bafoué des institutions. Aujourd’hui, un élu est traqué comme un rat dans Paris et elle découvre soudain les vertus du mutisme. On appelle ça « sérénité républicaine », je crois. Traduction : « On ne va pas fâcher ce magna de la téléphonie mobile et tout ce que ça représente, quand même. »
Ces méthodes sentent le soufre ! On ne casse plus les genoux, on balance des photos et on laisse la meute hurler. C’est plus propre, plus moderne, plus « start-up nation ».
Mais le plus beau, c’est la leçon donnée au peuple : vous pouvez voter, vous pouvez élire, vous pouvez même croire que vos députés servent à quelque chose. Dès qu’un élu s’approche un peu trop près des vrais centres de pouvoir – l’argent, les réseaux, les données –, on lui rappelle qui commande vraiment. Le suffrage universel, c’est charmant. Le cash universel, c’est mieux.
Le député visé dit qu’il ne se taira pas. Tant mieux. Qu’il continue. Qu’il fouille. Qu’il dérange. Parce que si même un parlementaire qui fait son travail se fait traiter comme un ennemi public numéro un par un oligarque froissé, alors la mascarade est terminée.
On ne vit plus dans une démocratie. On vit dans une ploutocratie nerveuse qui montre les dents dès qu’on regarde son carnet de chèques de trop près.
Le pouvoir n’est plus « au peuple ». Il est au Fric.
Et le Fric, quand on l’embête, ne répond pas par des arguments. Il répond par des dossiers, des filatures et des unes bien senties.
Bienvenue dans la République des actionnaires. Actionnaires majoritaires, bien sûr.
Les autres peuvent aller se faire voir. Ou se faire photographier.

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