Ernotte dit « tirer la sonnette d’alarme »… sur les conséquences de sa propre gestion.
Dans Le Monde du 18 septembre 2026, Delphine Ernotte à France Télés depuis plus de onze ans, déclare : « Je tire la sonnette d’alarme sur la sauvegarde de notre modèle culturel. » Elle évoque une baisse de la dotation de l’État de 47 millions d’euros en 2027, un manque total estimé à 90 millions (publicité en recul, fin des cessions immobilières), et la perspective de réduire encore les investissements dans la création audiovisuelle, déjà passés de 440 à 400 millions, potentiellement vers 380 millions. Le risque ? Une « vassalisation » où les plateformes américaines ou chinoises décideraient, financeraient et concevraient les séries et films français. « On a déjà externalisé l’acier, est-ce qu’on va externaliser la culture ? » piaille-t-elle.
L’alarmisme est sciemment calibré. Le quotidien comme toujours la présente en défenseure ultime de l’exception culturelle, victime d’un État pingre et de la concurrence étrangère. Ben voyons !!
Pourtant, cette posture omet un fait central : c’est sous sa coupe prolongée en troisième parachutage, que France Télévisions a accumulé les rigidités, les choix éditoriaux contestés et les difficultés structurelles qui rendent aujourd’hui chaque euro manquant dramatique.
Une alerte qui arrive après des années de continuum
Depuis 2015, Ernotte a bénéficié de moyens considérables (budget autour de 2,3-2,4 milliards) tout en multipliant les discours sur la transformation numérique et la diversité…Mais selon elle le public vieillit structurellement, l’âge moyen dépasse souvent les 55-60 ans selon les critiques et analyses parlementaires, et le groupe peine à reconquérir durablement les jeunes hors de l’écosystème public. (en gros, c’est depuis son premier parachutages à l’été 2015, qu’elle ressort les mêmes pensi). Les records annoncés masqueraient selon elle, une dépendance aux grands événements (JO, sport) et une érosion relative face aux plateformes et aux chaînes privées plus agiles.
Les commissions d’enquête récentes ont mis en lumière des questions de neutralité, de gouvernance et de coûts (masse salariale, projets comme Salto, franceinfo aux performances modestes malgré les investissements). Ernotte a fait mine de défendre sa façon de voir les choses, évoquant parfois une « France telle qu’on voudrait qu’elle soit » plutôt que telle qu’elle est. Cette vision, assumée sur la parité des experts ou la représentation, a nourri le soupçon d’un service public orienté, éloigné d’une partie du public qu’il est pourtant censé rassembler avec l’argent de tous. Quand la confiance s’érode, les justifications budgétaires deviennent plus difficiles.
Le modèle culturel… ou le modèle Ernotte ?
Réduire la création de 440 à 380 millions n’est pas anodin mais présenter cette contrainte comme une menace existentielle pour toute l’industrie culturelle française relève de l’exagération.
France Télévisions n’est pas le seul financeur ; le CNC, les chaînes privées, les plateformes (soumises à des obligations) et les producteurs existent. L’argument de la « vassalisation » (mot qu’elle doit même expliquer *) ignore que le vrai problème est souvent l’efficacité de l’argent public : lourdeurs, externalisations sélectives, programmes qui peinent à exporter ou à fidéliser hors du créneau senior et une culture de la plainte systématique dès que la tutelle serre la vis.
* « Ce qui se dessine, c’est que les plateformes étrangères consentiront bientôt les plus gros investissements dans la création française. Est-ce qu’on souhaite cette forme de vassalisation ? C’est-à-dire des séries et du cinéma décidés, financés, castés, écrits, conçus par les Américains ou les Chinois ? »
Ernotte prétend rogner sur les programmes et les droits sportifs. C’est un choix politique : protéger l’existant plutôt que restructurer en profondeur une entreprise publique dont la gouvernance et les coûts ont été pointés entre autres, dans le dernier rapport catastrophique de la Cour des comptes qui parle de « dissolution ». Après plus d’une décennie, le bilan n’est pas celui d’une catastrophe totale mais celui d’une adaptation insuffisante à un monde fragmenté. Les plateformes n’ont pas « volé » la création française ; elles ont comblé un vide d’attractivité et de volume que le service public n’a pas su remplir avec assez d’audace et de rigueur.
L’ironie de cette pseudo sonnette d’alarme
Il est aisé de sonner l’alarme quand on a longtemps tenu le marteau. Delphine Ernotte a tenté d’imposer une certaine conception de la télé publique. C’est raté ! Aujourd’hui, face aux restrictions, elle appelle à la « vigilance collective » mais la vigilance devrait aussi porter sur le bilan de celle qui a conduit le navire pendant toutes ces années vers le fond. Si le modèle culturel français est en danger, ce n’est pas uniquement à cause d’une ligne budgétaire 2027. C’est aussi parce que, sous cette direction, le service public a parfois confondu mission d’intérêt général et projet idéologique, audience large et public captif, investissement culturel et préservation de structures coûteuses.
Les plateformes étrangères investiront là où il y a des talents, des histoires et un public. Si France Télévisions veut éviter la vassalisation qu’elle met en avant, elle doit d’abord cesser de se présenter uniquement comme la victime d’un État indifférent. Un vrai sursaut passerait par une refonte plus radicale : moins de rigidité, plus de pluralisme réel, une offre capable de rivaliser sans se contenter de brandir l’exception culturelle comme un bouclier. Tant que l’ex-Orange qui a façonné la situation actuelle monopolisera le discours de l’alarme, la crédibilité de l’appel reste limitée.
Le modèle culturel français mérite mieux qu’une plainte récurrente. Il mérite des résultats à la hauteur des moyens publics qui lui ont été longtemps accordés.
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