À Radio France, le pluralisme est devenu le nouveau mot magique…
Charles Sapin arrive sur France Inter et soudain, le mot « pluralisme » est partout. Comme si le prononcer suffisait à rendre toute décision légitime.
Après des années à expliquer que le service public devait être exemplaire en matière de diversité des opinions, Radio France découvre une méthode révolutionnaire : recruter un journaliste de Valeurs actuelles, puis expliquer que c’est précisément… pour défendre le pluralisme. Magnifique.
C’est un peu comme si un restaurant végétarien annonçait l’arrivée d’un boucher au nom de la « diversité des métiers ». Le problème n’est évidemment pas que Charles Sapin soit de droite. France Inter n’a pas vocation à être une radio de gauche. Le problème est cette curieuse conception du pluralisme qui consiste à brandir le mot comme un passe-droit éditorial.
Le pluralisme, ce n’est pas un tableau Excel
Gauche, centre, droite, droite très à droite… On coche les cases et, hop, « regardez comme nous sommes ouverts ! »
Lorsque les salariés contestent : pluralisme.
Lorsqu’on demande pourquoi lui plutôt qu’un autre : pluralisme.
À ce rythme-là, autant rebaptiser la direction des programmes :
« Ministère du Pluralisme ».
La direction affirme par ailleurs avoir la garantie qu’il n’y aura ni propos discriminatoires ni dérapages à l’antenne.
Voilà qui est rassurant.
On demande donc au public de faire confiance à la direction pour contrôler elle-même les risques qu’elle vient de créer. Circulez. Tout va bien.
Le drôle de paradoxe
Depuis des années, l’audiovisuel public est accusé par ses détracteurs de manquer de pluralisme et voici que, pour répondre à ces critiques, que Radio France choisit un chroniqueur controversé. Il provoque la colère de ses propres personnels et récolte une menace de grève.
C’est donc ça, le rééquilibrage ?
On voulait démontrer que France Inter n’était pas « de gauche ». On risque surtout de démontrer qu’elle ne sait plus très bien ce qu’elle veut être car le pluralisme ne consiste pas à faire du casting politique. Il ne se mesure pas au nombre de chroniqueurs classés dans telle ou telle case.
Il se mesure à la contradiction, à la diversité réelle des points de vue, à l’indépendance et à la qualité du débat.
Sinon, demain, il suffira de compter :
deux à gauche, trois au centre, deux à droite, un à droite de la droite…
Et voilà :
« Radio France — 100 % pluralisme garanti ».
Le vrai problème n’est donc pas Charles Sapin. Il a parfaitement le droit d’être de droite. La vraie question est :
Pourquoi France Inter l’a-t-elle choisi et selon quels critères ?
Critères professionnels ? Éditoriaux ? Journalistiques ? Ou volonté de démontrer, à l’approche de 2027, que l’audiovisuel public sait enfin donner des gages de « pluralisme » à ceux qui l’accusent d’être politiquement orienté ? Parce que si le pluralisme devient un outil de communication destiné à laver Radio France de tout soupçon, il faut appeler les choses par leur nom : ce n’est plus du pluralisme. C’est de la gestion d’image.
La dette de crédibilité
La première chronique de Charles Sapin portait sur le « mur » de la dette qui attend le prochain président en 2027. Certes mais il pourrait peut-être s’intéresser à une autre dette : la dette de crédibilité. En effet, le pluralisme ne se proclame pas. Il ne s’affiche pas. Il ne se brandit pas comme un bouclier chaque fois qu’une décision est contestée.
Il se démontre en et quand il faut déclencher une grève pour rappeler à une direction ce que le mot signifie…il y a peut-être un problème de casting ou simplement un problème de définition.
Un point sur ces éléments fait dans l’article avec l’AFP du journal Le Monde de ce jour.
C

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