Avant la présidentielle de 2027, la France sera-t-elle encore une démocratie et FTV entreprise d’Etat ?
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En janvier, le Conseil d’État, dans un avis collégial, mettait en garde : interdire les réseaux aux moins de 15 ans posait de graves problèmes de proportionnalité, de liberté d’expression et de faisabilité technique. Logique. On ne peut pas protéger les enfants sans transformer l’internet tout entier en zone surveillée.
Et puis, patatras. Le 17 juillet, par une simple lettre signée Marc Guillaume, vice-président, sans procédure collégiale, sans débat, sans nouveaux arguments solides – juste des « éléments nouveaux » miraculeusement apparus –, le même Conseil d’État enterre son propre avis. Soudain, tout devient possible : pour bloquer les ados, il faut contrôler l’âge de tout le monde. Adultes compris.
Traduction en langage clair : passe numérique, vérification d’identité obligatoire en ligne, fin programmée de l’anonymat, fichiers massifs de données biométriques ou administratives. Les 68 millions de Français deviennent des suspects par défaut. Votre âge devient le sésame (ou le cadenas) d’internet, pilier historique de la liberté d’expression.
C’est le grand classique du cheval de Troie : on agite la protection de l’enfance, et on fait passer le contrôle généralisé de l’espace public numérique. Les ados, comme d’habitude, contourneront en trois clics avec un VPN. Les adultes, eux, seront tracés, fichés, authentifiés en permanence. Bienvenue dans la société de la tutelle généralisée.
Le plus corrosif ? Le Conseil d’État, institution censée être le rempart du droit contre l’arbitraire administratif, devient l’accélérateur du projet. Hier il freinait, aujourd’hui il valide. En quelques mois. Sans délibération. Avec une souplesse qui sent le vent politique.
On ne protège plus les enfants. On habitue les citoyens à l’idée que l’État doit savoir qui vous êtes à chaque connexion. Demain ce sera pour d’autres « bonnes causes » : lutte contre les fake news, contre la haine, contre la désinformation, contre ce qui dérange le pouvoir du moment.
Alors, posons la question sans fard : avant la présidentielle de 2027, la France sera-t-elle toujours une démocratie ?
Ou sera-t-elle devenue cette chose hybride, mi-techno-administrative, mi-surveillée, où les libertés formelles existent encore sur le papier pendant que les infrastructures numériques verrouillent le réel ? Un pays où l’on vote encore, certes, mais où l’espace public de débat a été préalablement domestiqué, filtré, « sécurisé ».
Ce n’est plus de la théorie du complot. C’est une lettre du 17 juillet, signée par le vice-président du Conseil d’État lui-même. Et ça nous concerne tous.

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