Déclaration liminaire lue au CSE de France Ô Malakoff face à la pseudo transformation de l'entreprise où tout le monde fait tout...et n'importe quoi !
Souvenez-vous, de l’échange (dit du « smartphone »)
que
relatait le blog CGC Média entre l’ex Orange et l’un des cadres qu’elle
convoquait le 4 mai 2016 pour déclamer son plan stratégique en 11 points !
L’échange dit du smartphone donc (*) aurait pu faire sourire à l’époque face
à un auditoire consterné - « Nous entrons dans une nouvelle
ère. Aujourd’hui les outils ont changé. On peut maintenant faire un
reportage avec un smartphone. » déclarait
Ernotte - mais aujourd'hui il révolte.
(*) Échange entre le réfractaire et l’ex Orange.
- Elle lançant : « Aujourd’hui les
outils ont changé. On peut maintenant faire un reportage avec un
smartphone. »
- Du fond de la salle, un intervenant :« Non ».
- Elle répondant :« Si,
si…aujourd’hui, on peut maintenant faire un reportage avec un
smartphone. »
- Derechef l’intervenant en riposte : « Non ».
- Elle se demandant si elle n’avait pas à nouveau dérapé : « Ah
bon ?! »
Trois ans plus tard, voilà que France Télés remet ça avec le smartphone comme le prouve la
déclaration liminaire lue ce jour au CSE de France Ô Malakoff mais plus grave, considère
que puisque tout le monde ou presque en a un (de smartphone), alors tout le monde est capable de partir faire des
reportages pour les éditions du groupe !!!!
Pauvre télé publique qu’il faudra des années au nouvel arrivant avant d’imaginer
pouvoir la remettre sur pied.
(*) Déclaration liminaire CSE Malakoff mai 2019 intitulée « À contre sens ! »
« Ton combat est passéiste ! C’est un combat d’un
autre âge ! ». Les journalistes et
certains personnels de reportage de la rédaction de France Ô n’en sont toujours
pas revenus...Qu’un très haut cadre, qui plus est journaliste, se permette une
telle réponse à l’interpellation d’un collaborateur demandant pourquoi des techniciens se retrouvaient sur un
tableau de service de la rédaction en qualité de... rédacteur journaliste, est
tout simplement sidérant, inquiétant et dangereux.
« Aujourd’hui, tout le
monde fait tout. Tout le monde est journaliste. Il suffit d’avoir un smartphone
et c’est bon ! » a poursuivi ce haut cadre. [Dans le droit fil de ce que déclarait
Ernotte en 2016, ndlr] Les bras des
membres de la rédaction en sont tombés... Idem pour les élus du SNPCA-CGC et de
l’UNSA !
Devant la bronca suscitée, le très haut
cadre a renvoyé la discussion aux ateliers web sur la ligne éditoriale…
En d’autres termes :
tel Pilate, je refile le problème à d’autres, je me frotte les mains et je
n’assume rien pour ne surtout pas avoir à m’opposer à la grande vague de «modernisation
du numérique !»
Et peu importe les dégâts et les conséquences sur ce qui est publié sur le web –
info ou divertissement - de surcroît, dans le cadre du service public.
Car tout l’enjeu est là : La transformation obligée, nécessaire, l’adaptation
de nos médias aux bouleversements du numérique nous renvoient indubitablement à
une responsabilité forte de la part de France télévisions. D’ABORD parce que FTV assure des missions de service publique
avec l’argent du contribuable…Une manne qui, de facto, l’oblige au plan
moral et avec laquelle elle doit être extrêmement vigilante !
Dans tous les cas : elle se doit de ne surtout pas faire n’importe quoi ! Plus
qu’une autre société audiovisuelle, elle se doit de faire SENS ! Dans le respect des missions inhérentes au
service public, dans le respect des français qui financent l’entreprise par la
redevance [La taxe audiovisuelle, ndlr].
Dans le cadre de sa
mission d’informer, cela commence par respecter
intrinsèquement les droits et devoirs de la profession de journaliste, la déontologie
liée à l’obtention de la carte de presse…
Idem pour ses missions
de divertissement et d’éducation, la aussi : la création est nécessaire mais
pas n’importe quoi ni n’importe comment.
Entendre : « ça génère des clics ! Des likes, on fait de l’audience : on y va !
» Non, certainement pas !!!
Pendant qu’on y est :
pourquoi pas du porno, des jeux abrutissants, du trash qui générerait de
l’audience ! Mais quelle audience ?!? Sauf que…Non, ce n’est pas respectueux
des valeurs prônées par le service public et par ce que le législateur formule
dans le cadre de la loi sur l’audiovisuel public. Il y a des règles. Il y a
aussi des droits et des devoirs.
Qui contrôle ce qui est publié, édité sur le web ?
Comment l’internaute
va t’il faire le distinguo entre ce qui est de l’info, du divertissement, de la
promo, de la pub..?
Comment rester
crédible dans notre mission d’informer si on ne s’y retrouve plus, si on ne
sait plus qui fait quoi ?
Plus grave encore : comment entendre un langage en interne
d’une direction qui nous demande de lutter contre les fake News et qui même temps réduit les capacités des
journalistes de l’entreprise à faire leur boulot, à enquêter, à vérifier, à
analyser les choses ? C’est justement ce manque de rigueur professionnelle
et le fait que nos directions nous permettent de moins en moins de faire du
terrain que nous contribuons par nous-même au développement des fake news, ou à
leur alimentation. De quoi paumer un peu
plus le citoyen français dans sa capacité à savoir si notre travail
d’information est un produit journalistique ou pas…
Le web offre de bonnes
et belles choses à lire, à voir et écouter. Mais c’est aussi un véritable
fourre-tout qui aujourd’hui déroute, met à mal notre démocratie et nos savoirs.
Quand l’UNSA-CGC se rend compte que certains collègues journalistes de cette
entreprise participent eux-mêmes, alimentent les fausses nouvelles et/ou la
désinformation en publiant tout et n’importe quoi sur leurs réseaux sociaux
sans même vérifier la date de l’article, la véracité, l’authenticité du site
qui met en ligne... c’est gravissime ! Plus
que jamais il y a urgence à revenir aux fondamentaux !!!
Oui à la création ! Oui oui oui !!! Oui à l’originalité. Oui à la capacité de
tout un chacun dans cette entreprise quel que soit son statut de participer à
la création, la mise en œuvre, à l’émergence de produits numériques qui
valorisent les cultures, les économies, les territoires et les espérances des
habitants d’outre-mer. Mais pas à n’importe quel prix, pas au sacrifice du
respect de nos métiers, des valeurs et des missions qui sont les nôtres, pas au
prix d’offrir tout et n’importe quoi au prétexte que ça génère de clics, de
l’audience, et donc de la publicité !
C’est juste notre entreprise et ses personnels ainsi que notre démocratie qui
sont en jeu ! Et si ces valeurs sont respectées, alors, si et seulement si,
nous n’iront plus à contre sens…Mais pour aller de l’avant - pas comme cela - et
surtout pas avec précipitation !
Malakoff - le 27 mai
2019"