Départs volontaires » d’hier et d’aujourd’hui ou l’éternel retour de la charrette déguisée à France Télés…
En 2013, Le Canard enchaîné décrivait déjà la farce avec une précision chirurgicale. À France Télévisions, on préparait un « plan de départs volontaires » de 361 personnes. La ministre de la Culture jurait la main sur le cœur qu’il n’y aurait « aucun départ contraint ». Le pédégé d’alors envoyait un message solennel aux 10 200 salariés : « Ce plan ne contraindra aucun collaborateur permanent ». Pendant ce temps, dans les couloirs, la direction des ressources humaines travaillait « au corps » les salariés.
Un jeune loup fraîchement recruté pour « dégraisser », Arnaud Lesaunier, envoyait des mails délicieux : un journaliste de 59 ans qui osait aspirer à une promotion se voyait proposer, en lieu et place, de « liquider sa retraite à 60 ans » via le PDV. « Courage ! » concluait le message. Sur le dessin de Cabu, des pantins en costume pendaient déjà aux cintres, pendant qu’un RH enthousiaste montrait la porte avec un sourire : « Vous avez le choix : c’est ça… ou ça ! ». Les « volontaires » étaient déjà désignés. La retraite forcée se déguisait en projet personnel. Le placard se faisait appeler « possibilité ».
Treize ans plus tard, même entreprise, même musique, même mensonge. Delphine Ernotte, la depuis plus d’une décennie, parachuté à l’été 2015 dans les conditions invraisemblable que chacun connaît aujourd’hui, envisage un plan de départs « volontaires » d’environ 1 000 équivalents temps plein (11,4 % des effectifs). Objectif : 70 à 80 millions d’euros d’économies récurrentes à partir de 2028.
La pyramide des âges est « favorable », nous dit-on. Les volontaires « ne devraient pas manquer ». On retrouve exactement la même langue de bois, le même empressement à présenter la charrette comme un choix libre, le même silence sur la pression, sur les mises au placard, sur les « projets personnels » qui tombent miraculeusement du ciel quand on n’est plus assez docile ou assez jeune. Hier 361, demain un millier. La technique n’a pas changé d’une virgule : on appelle « volontaire » ce qui est soigneusement orienté, encouragé, parfois forcé par l’usure, le harcèlement managérial et la promesse d’une sortie moins humiliante que le licenciement sec.
Ce qu’Ernotte ne dit pas, c’est que le plan de 2028 ne sera certainement pas financé par l’État. Ce qu’elle ne dit pas, c’est que c’est elle qui a mis l’entreprise dans la mouise totale. Ce qu’elle ne dit pas, c’est qu’elle a envoyé France Télévisions dans le mur voire à l’aube de la dissolution. Elle et son ex-primo dircab, Stéphane Sitbon-Gomez, en sont responsables depuis leur indécent catapultage. Elle qui, à son arrivée, faisait de grands discours du genre « vous allez voir ce que vous allez voir, je vais remettre l’entreprise en ordre de marche ».
Pendant que la direction peaufine sa nouvelle charrette géante, l’ex-primo dircab ernottien nous refait le coup de la « technique du silo ». Cette vieille rengaine managériale que les salariés de France Télévisions entendent depuis vingt ans. On va « casser les silos », « décloisonner », « s’organiser par missions », « remettre l’utilité au cœur ». Comme si, génération après génération de dirigeants, on n’avait jamais cessé de promettre la fin des tours d’ivoire internes… tout en multipliant les organigrammes, les pôles, les directions transverses et les slogans creux.
L’ex-Vert qui vient de nous pondre son texte amphigourique sur le miroir brisé et la télévision de la « reconnaissance », recycle une fois de plus le même vernis stratégique pendant que les effectifs sont promis à la hache et au billot. Les silos, les salariés les connaissent par cœur : ce sont ceux dans lesquels on enferme les gens qu’on veut faire partir « volontairement » avant de les sortir par la grande porte en leur souhaitant « courage »…quand on ne les a pas convoqué avant pour des entretiens préalables bidons pouvant aller jusqu’au licenciement Qui sont les légions il faut bien dire ces derniers mois!!
De 2013 à 2026, le scénario est le même. On protège les programmes (un peu), on ne touche surtout pas aux trois grosses sociétés de production amies avec lesquelles on signe des contrats mirobolants, on sacrifie les corps, on baptise « plan social soft » ce qui ressemble de plus en plus à une saignée, et on laisse un écologiste du temps passé philosopher sur l’universel pendant que la direction des ressources humaines prépare la prochaine liste de « bons clients ». Le miroir n’est pas fendu. Il est simplement devenu un miroir déformant qui transforme chaque départ forcé en acte de « courage » (pas pour ceux évidemment qui sont jetés dehors comme des Kleenex et qui se retrouvent aux prud’hommes, ces derniers requalifiant quasiment tout le temps, leur éviction en licenciement sans cause réelle et sérieuse avec indemnités mais qui sont en attendant hors l’entreprise !)
De ça, le binôme de France Télés donneur des leçons en accuse régulièrement l’État actionnaire car chacun le sait à présent, ce n’est jamais de sa faute… Et vous verrez que si un jour on leur demandait de privatiser tout partie du groupe public, ils seraient prêt à sortir les mêmes grosses ficelles !

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