France Télévisions n’est pas une exception, c’est un miroir grossissant du pays (voir l’incroyable tableau Ipsos 2026)
Le monde entier est majoritairement convaincu que son pays part en sucette (59 % « wrong track »). Seuls les Asiatiques du Sud-Est et quelques exceptions (Inde, Corée, Argentine) s’accrochent encore à l’illusion que ça va dans le bon sens. Singapour trône à 86 % de confiance : l’endroit où l’État fonctionne, les rues sont propres et on ne perd pas trois heures par jour à discuter du dernier scandale.
Pendant ce temps, la France finit dernière avec un magnifique 10 % de gens qui pensent que le pays est sur la bonne voie. Un Français sur dix. Le reste (90 %) regarde le pays et se dit : « non mais sérieusement… »
Le carton rouge est presque comique de cohérence :
- France 10%
A titre de comparaison:
- Pérou 15 %
- Grande-Bretagne 21 %
- Allemagne, Hongrie, Afrique du Sud 23 %
Les pays européens qui se vantent le plus de leurs « valeurs », de leur « modèle social » et de leur « leadership moral » sont ceux où les habitants ont le plus complètement perdu confiance. L’Allemagne à 23 %, l’Italie/Espagne/Suède à 31 %, les Pays-Bas à 32 %… On dirait un concours de désillusion.
Pendant ce temps, la Malaisie, l’Inde et la Thaïlande sont dans le vert. Les gens qui ont encore du dynamisme économique et démographique restent optimistes ; ceux qui gèrent le déclin et la dette publique record sont pessimistes. Qui l’eût cru ?
Le petit encart sur la France est presque cruel : « Only 1 in 10 French adults believe their country is on the right track, the lowest share among surveyed countries. » Traduction : même les sondés français n’y croient plus. Après des décennies de discours sur « le pays le plus intelligent du monde », « l’exception culturelle » et « on va y arriver grâce à la dette », le résultat est là, en rouge vif à 90 %.
Ce tableau ne mesure pas la réalité objective (PIB, chômage, criminalité, etc.), il mesure le sentiment et il est édifiant: l’Occident développé, particulièrement l’Europe de l’Ouest, a réussi le tour de force de convaincre une large majorité de sa population que la direction prise est la mauvaise.
Pendant que Singapour, la Malaisie et l’Inde continuent d’avancer, on discute chez nous de la prochaine réforme qui ne changera rien et du prochain impôt qui aggravra tout.
Bref, le message est clair : plus un pays se dit exemplaire et « progressiste », plus ses habitants ont l’impression d’être sur la mauvaise route. La France a gagné la médaille d’or du désespoir collectif. Rajouter Télévisions à France et l’analogie mise en lumière par la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public est parfaite. Elle est vient coller le même diagnostic à la télévision de Delphine Ernotte. Neuf Français sur dix ont compris depuis longtemps ce que les députés ont mis des mois à documenter : France Télévisions n’est pas une exception, c’est un miroir grossissant du pays.
Même logique, même méthode, même résultat.
D’un côté, un État qui accumule dettes, déficits, couches de bureaucratie et discours rassurants pendant que le moral collectif s’effondre.
De l’autre, un service public audiovisuel qui, depuis le premier parachutages d’Ernotte à l’été 2015, affiche des déficits cumulés de -81 millions d’euros sur les comptes du groupe et presque 4 fois plus pour FTV SA (Cour des comptes pour la période 2017-2024), des salaires de directeurs parfois supérieurs à celui du président de la République, une flotte de voitures de fonction, des suites d’hôtel à plus de 1 700 € la nuit à Cannes (affaire désormais judiciaire qui fait l’objet d’une instruction judiciaire, suite à une plainte déposée par la CGC audiovisuel), une externalisation massive vers des producteurs privés et une opacité comptable qui empêche même de savoir précisément ce que coûte chaque chaîne.
La commission a qualifié ça de « système de gabegies largement assumé » quand de son côté Ernotte a dénoncé un rapport « à charge » et a même oser rappelr que le groupe « coûte moins cher qu’il y a dix ans » en euros constants. Classique : on conteste les chiffres, on invoque la mission de service public, on crie à l’attaque politique… pendant que les comptes restent dans le rouge et que la confiance du public fond.
Le parallèle avec le Pays dont seulement 10 % de gens croient encore que ça va dans le bon sens, est presque parfait. France Télévisions : l’institution qui, pour beaucoup de téléspectateurs, incarne exactement la même déconnexion – argent public, résultats contestés, défense agressive du statu quo et un sentiment diffus que « ça ne sert plus à grand-chose d’autre qu’à se perpétuer » et à servir ce petit monde de l’entre-soi qui gangrène la France. Quand neuf Français sur dix disent que le pays dérive, ils regardent aussi leurs écrans et voient la même dérive en version audiovisuelle : une usine à gaz financée par tous, qui se prétend neutre et exemplaire, mais dont la gestion est épinglée pour les mêmes travers que ceux qu’on reproche à l’État lui-même (gaspillage, rigidité, déconnexion des attentes).
Ernotte et sa garde rapprochée (de plus en plus clairsemée) ont beau crier au « plus grand plan social de l’histoire culturelle » face aux propositions de fusion de chaînes et de coupes budgétaires préconisées, le message populaire est déjà passé. Les Français n’ont pas attendu la commission pour sentir que la télévision publique, comme le pays, fonctionne selon une logique de reproduction des élites et de protection des rentes plutôt que d’efficacité et de résultats.
Même posture : on défend le modèle avec des grands mots (« démocratie », « pluralisme », « culture pour tous »), on minimise les dérives, et on s’étonne que la confiance s’effondre…
Résultat ? Le tableau Ipsos et les conclusions de la commission se répondent parfaitement. Le pays est jugé hors piste par 90 % des gens. Sa télévision publique, sous Ernotte, est perçue comme l’illustration parfaite du pourquoi : mêmes gabegies, même incapacité à se réformer en profondeur, même sentiment que l’argent public sert d’abord à entretenir la machine plutôt qu’à servir le public.Neuf Français sur dix l’avaient déjà compris. La commission n’a fait que mettre des chiffres et des auditions sur ce que le moral collectif disait déjà tout bas.


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