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samedi 8 août 2026

Ingérences : victimes et opportunistes – ou comment la démocratie française joue à la bananocratie en 2026

Ingérences : victimes et opportunistes – ou comment la démocratie française joue à la bananocratie en 2026

À huit mois de la présidentielle 2027, de quoi parlait-on en fin de semaine sur certains plateaux télés plus particulièrement sur France Culture (Les matins d’été), le 7 août 2026 ? D’ingérences extérieures (surtout russes) visant la campagne présidentielle française 

Selon la radio publique et quelques titres de presse, plusieurs candidats déclarés ou pressentis auraient été ciblés par de telles opérations de désinformation….

Raphaël Glucksmann (Place publique) : faux reportage usurpant l’identité du média Blast, accusant sa compagne Léa Salamé d’avoir « soudoyé » des journalistes (dont un faux Edwy Plenel) pour favoriser sa candidature. Attribué au groupe Storm-1516 (lié au GRU russe). Le parquet de Paris a ouvert une enquête. (à lire dans Le Monde soutien indéfectible de l’ex-Orange)

Édouard Philippe (Horizons) : fausses informations sur son état de santé.

Gabriel Attal (Renaissance) : faux contenus (usurpant des logos de médias français, dont BFMTV) l’accusant notamment de signes de la maladie de Parkinson ou d’autres calomnies. Attribué au réseau Matriochka. Il a dénoncé une volonté russe de « voler » l’élection aux Français et a porté plainte. (A lire dans lesoir.be)

Ces opérations restent relativement peu visibles grand public, mais elles sont détectées et caractérisées par Viginum (service de lutte contre les manipulations en ligne) et le SGDSN.

Le jour même, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot déclarait sur X que la France « ne tolérera aucune tentative d’ingérence étrangère dans son débat démocratique, à plus forte raison dans ses processus électoraux », soulignant que ces processus « sont la propriété exclusive et inviolable des citoyens français ».

Il distinguait cependant sur BFM TV les véritables manipulations coordonnées (promotion de messages construits depuis l’étranger pour fausser le débat, faux reportages, usurpation de logos de médias, calomnies sur la santé ou la vie privée de candidats) des simples opinions exprimées par des responsables étrangers.

Les noms de sites et autres experts de la désinformation sonnent sérieux, les services de l’État confirment, les plaintes pleuvent. Tout cela est documenté mais regardons de plus près qui hurle le plus fort, et pourquoi. Il y a ceux pour qui l’étiquette « victime d’ingérence étrangère » est un cadeau politique presque trop beau.

Un candidat centristes ou social-démocrate un peu pâle dans les sondages, un profil « raisonnable » qui peinait à faire parler de lui en plein été : soudain, le voici cible de l’Est. Les médias s’emballent, les plateaux s’ouvrent, la posture de défenseur de la démocratie s’impose toute seule. On dénonce, on porte plainte, on exige des lois plus dures, on pointe du doigt les plateformes. Résultat ? Une exposition médiatique gratuite, une image de victime courageuse face aux agresseurs et un petit boost de notoriété au moment où la campagne commence à peine. Pratique, non ? 

Certains ont tout intérêt à amplifier, à dramatiser, à transformer une opération de désinformation (souvent peu virale) en preuve absolue qu’ « une  puissance étrangère veut voler l’élection ». Ça permet de se poser en rempart, de coller l’adversaire hors de nos frontières et de faire oublier un peu son propre bilan ou son manque de souffle. L’ingérence devient alors un outil de communication comme un autre.

Il y a ensuite ceux qui pourraient l’être vraiment. 

Quand les mêmes réseaux ciblent, de manière répétée et coordonnée, des personnalités clairement hostiles à Moscou, avec des contenus calqués sur des modes opératoires déjà identifiés en Roumanie ou ailleurs, on n’est plus dans le simple hasard. Là, l’opération n’est pas forcément destinée à « booster » le ciblé : elle vise à salir, à semer le doute, à polariser, à préparer le terrain pour pouvoir imaginer contester le résultat le jour J. Et c’est là que le danger devient concret. Si l’ingérence est massive, prouvée, et qu’elle a réellement faussé le débat ou le scrutin, on ouvre la porte à l’annulation. Comme en Roumanie. 

Sauf que, une fois le précédent établi, qui décide ce qui est « suffisant » pour annuler ? Selon le résultat qui arrange qui ? Une élection serrée, un outsider qui surprend, un camp qui refuse de perdre… et voilà la « bananocratie » : on annule au nom de la pureté démocratique, jusqu’à ce que le « bon » vainqueur sorte des urnes.

Le vrai problème n’est pas seulement l’ingérence extérieure (réelle et méprisable). C’est le cynisme qui s’y greffe.

Certains y voient un booster de candidature. D’autres un levier pour contester le verdict des urnes. Et le citoyen, lui, se retrouve coincé entre des opérations de désinformation étrangères et des politiciens trop heureux de les instrumentaliser.

Quand la démocratie commence à jouer avec l’idée que l’élection peut être « invalidée » selon le résultat et selon qui crie le plus fort à l’ingérence, on n’est plus très loin de la république bananière ! Sauf que les bananes, au moins, on sait d’où elles viennent.

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