« Nous aurions dû être plus clairs » : le chef-d’œuvre d’auto-absolution de France Télévisions
Ah, les excuses de France Télévisions… Ce moment magique où le service public, pris la main dans le sac du montage anxiogène, sort le grand jeu de la contrition molle. Après avoir servi aux Français, en pleine heure de grande écoute, un joli bout-à-bout d’images de chaos sans commentaire digne de ce nom, voilà que Philippe Corbé, directeur de l’information, nous gratifie d’un mea culpa digne d’un collégien pris à tricher : « Nous aurions dû être plus clairs. »
Plus clairs ? Vraiment ?
Plus clairs dans le bandeau. Plus précis dans le montage. Plus contextuels dans le commentaire. On se croirait face à un stagiaire qui s’excuse d’avoir oublié de mettre le lait dans le café. Pendant que des milliers de téléspectateurs ont vu, en direct ou en différé, l’amalgame subtil entre manifestants pacifiques et casseurs, France Télévisions se contente de regretter de n’avoir pas assez souligné, du bout des lèvres, que « deux histoires parallèles » se déroulaient. Deux histoires. Comme dans un joli roman. L’une « bon enfant », l’autre « pure violence ». Sauf que le montage, lui, n’avait rien de littéraire : il collait les images les unes aux autres avec la délicatesse d’un marteau-piqueur.
Et bien sûr, Laurent Delahousse avait bien précisé que c’était « en immersion ». Immersion dans quoi, exactement ? Dans le flou artistique ? Dans la confusion savamment entretenue ? Dans cette vieille habitude du service public de noyer le poisson dès qu’il s’agit de violences urbaines un peu trop gênantes ?
Le médiateur a été saisi. Les critiques ont été très nombreuses.
LCI met à pied, d’autres chaînes tranchent. France Télévisions, elle, publie un communiqué d’auto-flagellation soft où l’on apprend que « cela n’était pas suffisant » et que « nous ne pouvons que le regretter ». On en frémit d’émotion. Un vrai mea culpa d’État : on reconnaît à moitié l’erreur, on pointe du doigt le bandeau et le commentaire, et on repart comme si de rien n’était, la conscience légère et le monopole public intact.
« Nous aurions dû être plus lisibles. »
Traduction : on a fait un sujet qui prêtait volontairement à confusion, on s’est fait griller, et maintenant on regrette d’avoir été trop transparents dans notre opacité.
Avec des excuses aussi corrosives que de l’eau tiède, on peut continuer longtemps à servir de la bouillie anxiogène le dimanche soir. Après tout, le service public a le droit de se tromper. Il a même le droit de le reconnaître… à condition de le faire avec assez de flou pour que personne ne s’aperçoive vraiment qu’il a, une fois de plus, choisi son camp.
NB: Choisir les images, les juxtaposer et créer un parallèle, c’est déjà produire un récit et orienter le regard. Le montage implique des choix qui construisent le récit et orientent l’interprétation du public. C’est précisément pour cela que le travail de montage exige une vigilance accrue afin de construire un récit le plus objectif possible. Le monteur n’est pas un presse-bouton.
Et le parallèle lui-même est un choix éditorial délibéré.
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