Public Sénat ou comment transformer l’argent du contribuable en billets d’avion et autres dépenses...
Ah, Jean-Emmanuel Casalta ! Président de Public Sénat depuis 2025 et digne héritier d’une tradition bien française : celle qui consiste à confondre joyeusement la caisse de l’État avec son portefeuille personnel.
Pendant que les journalistes de la chaîne s’échinent à couvrir les élections sénatoriales, le grand manitou, lui, s’occupe de choses autrement plus essentielles : faire payer par l’argent public ses trajets vers la Corse (environ 12 000 euros de billets d’avion, soyons précis), des nuits d’hôtel aux dates élastiques, parfois suspicieusement longues ou généreuses, et même une location de voiture à 1 000 euros. Rien que ça. L’outil interne de notes de frais était apparemment devenu un self-service ouvert à tous… jusqu’à ce que Mediapart vienne gâcher la fête.
Quelle défense ! « Je règle moi-même mes trajets familiaux, mais certains déplacements professionnels sont pris en charge. » Comprenez : j’ai mélangé allègrement le personnel et le pro sur la plateforme, mais rassurez-vous, je fais des « régularisations semestrielles » tout seul, dans mon coin. Semestrielles ? Ou plutôt un seul gros chèque de dernière minute, en septembre, quand l’enquête de Mediapart était déjà en cours ? On ne saura jamais, puisque la direction se contente de proposer un audit et de renvoyer tout le monde au conseil de questure du 20 octobre. En attendant, le président lance une enquête interne sur… tous les déplacements de tous les collaborateurs depuis trois ans. Ah, le classique : quand on vous attrape la main dans le pot de confiture, on menace de fouiller les tiroirs de tout le monde. Subtil.
Pendant ce temps, les journalistes de la maison se font scruter leurs propres notes de frais « à la loupe ». Certaines émissions disparaissent (adieu la matinale du vendredi), le budget progresse enfin un peu (150 000 euros de plus en 2026, première hausse depuis neuf ans)… et cette manne est aussitôt engouffrée dans les coûts, pendant que le président, lui, trouve le moyen de financer sa mobilité insulaire et ses nuits d’hôtel douteuses. On a même droit à l’argument des « partenariats utiles à la chaîne » pour justifier des déplacements en province. Bien sûr. Les partenariats, ces grandes causes qui nécessitent impérativement des hôtels parfois hors de prix et des dates qui ne collent pas.
Deux sénateurs ont eu le courage de demander la transparence totale et la saisine de la commission de contrôle des comptes. On les comprend : à force de « régularisations » opaques, certains commencent à murmurer l’article 40 du code de procédure pénale...et pourquoi pas ? Quand l’argent public finance les allers-retours vers la résidence familiale et des prestations dont on ignore si elles ont bénéficié à une tierce personne, on n’est plus dans la petite légèreté administrative. On est dans le mépris le plus crasse pour ceux qui paient.
Public Sénat n’est pas soumis aux coupes budgétaires qui touchent l’audiovisuel public. Tant mieux mais ce privilège ne donne pas le droit de transformer la chaîne parlementaire en agence de voyages privée pour son président. Les salariés se réunissent en assemblée générale ce lundi. Ils ont raison. Ils ont même le droit d’être écœurés.
Que le conseil de questure fasse son travail. Que la lumière soit faite, sans filtre, sans « régularisation » de dernière minute. Et que ceux qui considèrent encore l’argent public comme une extension de leur compte en banque comprennent enfin que l’indignation n’est pas une option : c’est une obligation.
Assez.

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