« Sauvons nos forêts »… ou comment arroser le désert avec des larmes de crocodile…
Il y a quelques jours, Léa Salamé et Hugo Clément nous ont encore offert depuis 2022 (*) , leur grand-messe télévisée. Deux heures et demie de spectacle écolo-charitable sur France 2. Des images de flammes, des pompiers héroïques, des animaux en détresse, des experts bien peignés et, toutes les quinze minutes, le même refrain : « Vous pouvez agir ! Donnez ! ».
Résultat annoncé : 700 000 euros pour France Nature Environnement. Bravo. On applaudit. On se sent bien. On a « fait quelque chose ».
Sauf que non…
Ce n’est pas une émission d’écologie. C’est une opération de communication soigneusement calibrée. Un show de bonne conscience pour téléspectateurs fatigués qui veulent racheter leur impuissance à prix réduit (défiscalisé, s’il vous plaît). On vous montre les forêts qui brûlent, on vous explique que c’est grave, très grave, puis on vous tend la sébile. Comme si le problème principal était le manque d’argent dans les caisses d’une association, et non le modèle économique qui continue de transformer les forêts en bois de chauffage pour la croissance.
Hugo Clément, producteur de sa propre émission via Winter Productions, sait parfaitement ce qu’il fait. Il a trouvé le ton : ni trop politique, ni trop radical. Juste assez d’émotion pour faire couler les dons, pas assez d’analyse pour déranger les annonceurs et quels annonceurs ! Lors de la précédente édition (*), on avait déjà vu défiler Leroy Merlin, Carrefour, Intermarché et même Dior. Cette fois encore, la « pub solidaire » a fait son apparition. Les mêmes groupes qui bétonnent, qui déforestent, qui vendent du jetable et du superflu, viennent laver leur image en reversant quelques miettes. On appelle ça du greenwashing. À la télévision publique, on appelle ça « engagement ».
Léa Salamé, elle, joue parfaitement son rôle de grande prêtresse de l’émotion. Elle s’adresse même aux enfants pour qu’ils poussent leurs parents à sortir la carte bleue. Touchant. On transforme la colère légitime face à l’effondrement en geste de consommation éthique. On individualise la responsabilité pendant que les vrais leviers – fiscalité, réglementation, interdiction des pesticides, sortie des énergies fossiles, remise en cause de l’agro-industrie – restent soigneusement hors-champ.
700 000 euros. C’est beaucoup pour une association, la FNE. C’est dérisoire face aux milliards d’euros de profits des industries qui brûlent la planète. C’est une goutte d’eau dans un océan de cynisme. Et c’est surtout une façon de dire aux citoyens : « Vous avez donné ? Parfait. Vous avez fait votre part. Maintenant, continuez à consommer. »
On a le droit d’aimer les arbres. On a même le devoir de les défendre mais a-t-on le droit de transformer l’urgence écologique en émission de téléshopping solidaire, où le don remplace le combat, où l’émotion remplace la politique, et où les stars du service public se drapent dans la vertu pendant que le système continue de tourner à plein régime ?
Aux arbres, citoyens ? Très bien.
Mais aux racines du problème, aussi et là, on attend toujours que Léa et Hugo osent vraiment y aller.
(*) En novembre 2022, Hugo Clément a co-présenté avec Léa Salamé l’émission spéciale de France 2 « Aux arbres citoyens ! », en partenariat avec FNE (et France Inter). L’émission, centrée sur les forêts, a permis de collecter environ 1,8 à 2 millions d’euros de dons destinés à des projets de protection/restauration forestière sélectionnés et suivis avec FNE.











