Un point sur la procédure judicaire initiée par une lanceuse d’alerte et ancienne haute fonctionnaire, s'agissant de la gestion de la Cité numérique du Havre.
L'un des premiers articles à révéler l'affaire date du 23 juin 2025 et est signé France Info et relayé par France 3 Normandie (*)
Il s’appuie sur des révélations croisées avec France Inter, l’AFP et Le Monde.
Il porte sur des soupçons d’irrégularités dans la gestion de la Cité numérique du Havre (un équipement public de la Communauté urbaine Le Havre Seine Métropole, présidée par Édouard Philippe), où est installée l’École 42 Le Havre (propriété du milliardaire Xavier Niel).
(*)
• La lanceuse d’alerte (prénommée Judith, ancien prénom modifié pour anonymat) est une ancienne haute fonctionnaire (diplômée de l’ENA) recrutée par la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole.
• Elle dénonce des dysfonctionnements graves dans la gestion de la Cité numérique du Havre (projet impliquant une association privée, LH French Tech).
• Elle pointe notamment plus d’un million d’euros de subventions publiques versées à une structure privée pour animer des salles souvent vides, avec des soupçons de favoritisme et de conflit d’intérêts.
• Elle a alerté sa hiérarchie et les élus, sans réponse satisfaisante selon elle, et a été reconnue comme lanceuse d’alerte par le Défenseur des droits (décision contestée par la communauté urbaine).
Où en est-on et quid de cette plainte ?
L’article date du 23 juin 2025 et s’appuie sur des révélations croisées avec France Inter, l’AFP et Le Monde.
Contexte de l’École 42 au Havre
L’École 42 est une école de code gratuite, sans professeurs ni diplômes, fondée par Xavier Niel (actionnaire de Free/ Iliad). Le campus du Havre a ouvert en 2023 dans la Cité numérique, un bâtiment public porté par la communauté urbaine.
Dès le départ, le projet a reçu un soutien public :
• Subventions annuelles de la collectivité (ex. 80 000 € en 2023, votées mais contestées par une partie de l’opposition locale qui y voyait un financement public d’une école privée appartenant à un milliardaire). [paris-normandie.fr]
• Financement mixte : majoritairement privé via des entreprises locales et mécénat, mais avec une contribution publique significative (locaux, subventions, matériel).
L’opposition locale a régulièrement critiqué ce montage, estimant que des fonds publics servaient à financer une initiative privée sans réelle mise en concurrence. [paris-normandie.fr]
Le rôle de la lanceuse d’alerte (appelée « Judith »)
Judith (prénom modifié), recrutée en septembre 2020 comme directrice générale adjointe pour suivre le projet de Cité numérique, a alerté en interne sur des dysfonctionnements entre 2020 et 2022. Elle dénonce notamment :
• Une convention pluriannuelle signée en juillet 2020 entre la communauté urbaine (Édouard Philippe) et l’association Le Havre French Tech, dont la présidente n’était autre que Stéphanie de Bazelaire (adjointe de Philippe chargée de l’innovation et du numérique, et élue communautaire). Cette convention confiait l’animation/gestion de la Cité numérique à l’association, avec des subventions publiques importantes (environ 2,1 M€ sur plusieurs années, dont 1,7 M€ sur 2020-2022). france24.com
• Un conflit d’intérêts évident et un contournement des règles de passation des marchés publics (pas de mise en concurrence réelle pour l’exploitation du site public).
• Une situation « irrégulière » voire « préférentielle » pour l’École 42 installée dans la Cité numérique : absence de titre ou droit justifié, masse salariale généreuse par rapport à une activité faible, salles souvent vides malgré les subventions, et même des mises en scène d’activité pour les visites de journalistes. lemonde.fr
• Des faits de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d’intérêts et harcèlement moral (elle dit avoir été ostracisée, harcelée et son contrat non renouvelé après ses alertes).
« Judith » a été reconnue comme lanceuse d’alerte par le Défenseur des droits (janvier 2025), une décision contestée par la communauté urbaine. [judithcontregoliath.org]
Les procédures judiciaires
• Septembre 2023 : plainte déposée auprès du Parquet national financier (PNF).
• Décembre 2023 : enquête préliminaire ouverte pour prise illégale d’intérêts, favoritisme, détournement de fonds publics et harcèlement moral. Vise Édouard Philippe, Stéphanie de Bazelaire et Claire-Sophie Tasias (directrice générale des services de la CU). lemonde.fr
• Avril 2024 : perquisitions à l’hôtel de ville du Havre et au siège de la communauté urbaine.
• Juin 2025 : Judith dépose une plainte avec constitution de partie civile pour obtenir la saisine d’un juge d’instruction (afin d’accélérer et d’indépendantiser l’enquête). [franceinfo.fr]
• L’affaire continue en 2026 : elle apparaît dans plusieurs procédures et fait l’objet d’articles récents [¤ comme celui du Poulpe du 17 avril dernier - lepoulpe.info ]
[¤]
Réponse d’Édouard Philippe et de la collectivité
Édouard Philippe et son entourage ont toujours réfuté ces accusations, les qualifiant de « vendetta personnelle » liée au non-renouvellement du contrat de Judith. Ils assurent avoir respecté les règles et que le projet (Cité numérique + École 42) a été validé par les instances de la communauté urbaine. tendanceouest.com
À ce stade, il s’agit d’une enquête en cours (préliminaire, puis potentiellement instruite). Personne n’a été mis en examen ni condamné ; la présomption d’innocence s’applique.
L’affaire mêle donc plusieurs dimensions : utilisation de fonds publics pour une école privée, gestion d’un équipement public (la Cité numérique), soupçon de conflit d’intérêts et protection des lanceurs d’alerte. Elle reste sensible politiquement, du fait de la candidature d'Édouard Philippe (ancien Premier ministre, réélu maire) à la présidence de la République pour 2027.



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